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mercredi 7 décembre 2016

Le Rouge-gorge, conte de Noël.

Le Rouge-gorge

Rouge-gorge
Rouge-gorge

   Dans les rigueurs de l'hiver, un Rouge-gorge vint frapper à la fenêtre d'un bon paysan, comme pour lui demander la permission d'entrer.
   Le paysan ouvrit la fenêtre, et reçut amicalement dans sa demeure la confiante petite bête. Alors le Rouge-gorge se mit à becqueter les miettes de pain qui tombaient de la table, et les enfants du paysan se réjouissaient de le voir.
   Mais lorsque le printemps apparut dans la contrée et que les arbrisseaux se couvrirent de feuilles, le paysan ouvrit sa fenêtre, et son petit hôte s'envola dans la forêt voisine, et chanta sa joyeuse chanson.
   Puis, voilà qu'au retour de l'hiver, le Rouge-gorge revient au foyer du paysan, amenant avec lui sa petite compagne. Et le paysan et ses enfants se plaisaient à voir comme les oiseaux les regardaient avec confiance :

" Ah ! Dit l'un des enfants, ils nous regardent comme s'ils voulaient nous dire quelque chose !"

" Oui, répliqua le père, et s'ils pouvaient parler, ils nous diraient : la confiance éveille la confiance, et l'affection produit l'affection ! "



Houx



Sources : texte : l'arbre de Noel contes et légendes de X. Marmier, 1873.
Photos : © Regards et Vie d'Auvergne.
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vendredi 2 décembre 2016

Émeute de Mardogne, Gergovie sous la Révolution 2/2.

Eglise  saint Jean-Baptiste de Mardogne, Gergovie Puy-de-Dôme
Eglise saint Jean Baptiste de Mardogne, Gergovie, Puy-de-Dôme.


Emeute de Mardogne, Gergovie. Suite et fin.


   Le même jour, de Riom, Couthon publie l'arrêté complémentaire que voici:

   " Les Représentants du peuple envoyés dans différents départements de la République,
   " Ordonnent que le Tribunal criminel du département jugera tant le dénommé Rouzet et ses complices que tous ceux qui sont prévenus des mêmes délits, révolutionnairement, sans juré, ni recours au Tribunal de cassation.
   " Autorisent le Tribunal à faire imprimer et afficher partout où besoin sera, les deux arrêtés. Le présent arrêté sera imprimé et envoyé dans toute l'étendue du département.
   "A Riom, le 6 du mois de frimaire, l'an II de la République une et indivisible. 

(signé) : Arist. Couthon, Maignet.

   C'est un véritable affolement. Des Commissaires du département sont expédiés d'urgence sur les lieux pour faire une enquête. Le malheureux curé Rouzet est empoigné et ligoté. Deux citoyens, François Raynaud et André Mezeix, découvrent la cachette où l'on avait enfoui les objets du culte soustraits aux ravisseurs, on les arrête sous prévention de recel et on les emprisonne à Clermont.

    L'état des accusés poursuivis devant le Tribunal criminel est ainsi composé :

1) Rouzet, ci-devant desservant de Mardogne.
2) Gabriel Roux, domestique de Chauchat.
3) François Raynaud, propriétaire.
4) André Mezeix, dit "Larbot".
5) Suzanne Chardat, femme Montaigne.
6) Marie Chosson, femme de Gilet, tisserand.
7) Henri Ameil Coudert, domestique de Raynaud, au lieu de Fontfreyde.
Tous habitant Mardogne, tous accusés présents, à l'exception d'Ameil Coudert, contumax.

   Contre ces accusés pris isolément, une poursuite criminelle était absolument inconsidérée et manifestement injuste. Et toutefois, à l'époque critique que traversait le pays, on est obligé de considérer comme un acte d'indépendance la décision de mansuétude et de vérité rendue par le Tribunal criminel du Puy-de-Dôme, le 24 frimaire an II, après plusieurs jugements préparatoires.

   " Le Tribunal criminel, après avoir entendu le défenseur officieux des accusés présents et l'accusateur public, par jugement en dernier ressort,
" Déclare : Qu'il n'est pas constant que le sieur Rouzet, ci-devant desservant de l'église succursale de Mardogne, soit l'auteur, le provocateur ni le complice de l'émeute qui a eu lieu à Mardogne, le 5 frimaire.
   " Qu'il résulte au contraire de la déposition du maire de la Roche que ledit Touzet a dit à une bailesse qui était dans l'église et qui paraissait affectée, que la mission du maire était assez pénible, qu'il fallait obéir à la loi.
   " Qu'il résulte de la déposition orale des officiers municipaux de la Roche que ledit Rouzet n'a point refusé de délivrer les effets servant à l'église de Mardogne, qu'il avait remis au Maire la clef qu'il avait en son pouvoir dans le moment qu'ils entraient dans ladite église.
   " Qu'il résulte des dépositions de la majeure partie des témoins que ledit Rouzet, en arrivant à Mardogne, invita des femmes qu'il rencontra d'avertir les bailesses de porter les clefs, et qu'il exhorta dans un autre moment les femmes rassemblées au devant de l'église à obéir à la loi.
   " Qu'il résulte de la déposition de quelques autres témoins que ledit Rouzet a toujours mené une bonne conduite et manifesté des principes républicains.
   " Qu'il résulte enfin de la déposition des deux membres du Comité de surveillance de Clermont que ledit Rouzet, plusieurs jours avant ladite émeute, les avait priés ainsi qu'un autre citoyen, membre du Conseil général du département, de s’intéresser pour le faire rentrer dans le régiment ci-devant Bretagne où il avait déjà servi, voulant défendre sa patrie en portant les armes contre ses ennemis, puisqu'il ne pouvait plus lui être d'aucune utilité dans le poste ecclésiastique qui lui était confié.
   " Déclare qu'il n'est point suffisamment constant que Gabriel Roux, domestique de Chauchat, ait été vu dans ladite émeute, ni qu'il ait frappé les officiers municipaux.
   " Déclare qu'il n'est pas constant que François Raynaud et André Mezeix, dit "Larbot", aient pris part à ladite émeute, qu'il est au contraire reconnu qu'ils étaient à Clermont le jour de cette émeute, qu'il n'est pas constant qu'ils aient participé en aucune manière à l’enlèvement des effets que les officiers municipaux avaient pris dans l'église de Mardogne, ni qu'ils aient caché lesdits effets, qu'au contraire il est constant qu'ils en ont facilité la découverte.
   " Déclare qu'il est constant que, lors de l'arrivée des officiers municipaux au lieu de Mardogne, Suzanne Chardat, femme Montaigne, étant avec plusieurs personnes rassemblées, a crié :
" Attends, je vais faire un tour dans le village et rassembler tout le monde !"
Ce qui a engagé quelques officiers municipaux à courir après elle et à la faire arrêter, qu'à cette époque les officiers municipaux n'avaient crié :
" Obéissance à la loi !"
Qu'il est aussi constant que l'attroupement qui s'est formé devant l'églises de Mardogne a outragé par paroles, gestes et menaces les officiers municipaux dans l'exercice de leurs fonctions.
  " Que Marie Chosson, femme Gilet, est violemment soupçonnée d'avoir participé à l'enlèvement qui a été fait, par force ou violence, des effets en cuivre dont le secrétaire-greffier de la municipalité était porteur, qu'il est constant que ladite Chosson faisait partie de l'attroupement qui a encouragé par paroles, gestes et menaces les officiers municipaux dans l'exercice de leurs fonctions.
   " Qu'il est constant qu'Henri Ameil Coudert, du lieu dit Fontfreyde, domestique de Raynaud, accusé contumax, faisait partie de l'attroupement, qu'il a poursuivi à coups de pierres le procureur de la commune revêtu de son écharpe sans néanmoins le frapper, ce qui l'a contraint ainsi de laisser au milieu du chemin l’argenterie de l'église de Mardogne qu'il portait.
   " Qu'il est constant  que ledit Ameil Coudert est un de ceux qui a caché les effets en cuivre qui avaient été enlevés au greffier de la municipalité et les effets en argent que le procureur de la commune fut forcé d'abandonner en fuyant, n'ayant pu les réintégrer dans l'église, attendu que la porte était fermée.
   " Déclare lesdits Rouzet, Gabriel Roux, François Raynaud et André Mezeix acquittés de l'accusation contre eux intentée.
   " Condamne Suzanne Chardat, Marie Chosson, par forme de police correctionnelle, à 3 livres d'amende et un mois de prison dans la maison de correction de cette commune, Henri Ameil Coudert, contumax, à 10 livres d'amende et deux ans de prison.
   " Ordonne que ledit Rouzet sera élargi de la maison de justice près ce Tribunal, et lesdits Roux, Raynaud et Mezeix de la maison d'arrêt près cette commune où ils avaient été déposés provisoirement.

   " Ordonne que le présent jugement sera imprimé au nombre de mille exemplaires, aux frais de la République, et envoyé dans toutes les municipalités du département pour y être affiché.
Fait et prononcé.... 
Siégeaient : Prévost, président, Guyot, Morin et Asteix juges.


Autre article sur le même sujet : le procès de Mardogne sous la révolution




Sources :texte  Le tribunal criminel du Puy-de-Dôme, Marc Vissac 1897.
Photo :© Regards et Vie d'Auvergne.
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mardi 29 novembre 2016

Émeute de Mardogne (Gergovie) sous la révolution.

Eglise de Mardogne, Gergovie en Auvergne
Eglise de Mardogne, Gergovie en Auvergne, de nos jours.

Émeute de Mardogne 1/2.

24 frimaire an II ( 14 décembre 1793)


   Mardogne ou plutôt Merdogne, n'avait encore reçu la visite que d'un seul César, celui qui avait lutté avec ses légions romaines contre Vercingétorix, le défenseur de l'indépendance Arverne. Le second César qui la visita plus tard, et qui devait transformer son nom en celui plus euphonique de "Gergovie", était encore à naître.
   C'était une riante petite bourgade, gracieusement assise, dans sa robe d'épis et de pampres, au flanc sud-est du plateau légendaire qui, lui sert aujourd'hui de vocable.
   Elle formait une simple section de la commune de la Roche-Blanche, canton de Veyre-Monton, district de Clermont.
   Son église du Xe siècle au porche assez curieux, anciennement desservie par un religieux à la nomination du couvent de saint André de Clermont, l'était maintenant par un prêtre constitutionnel, le citoyen Rouzet, qui avait remplacé l'abbé Pazagnes, réfractaire au serment civique.
   Le desservant Rouzet, jadis enrôlé dans le régiment de Bretagne, vivait dans sa paroisse en bon républicain, en communauté d'idées avec ses confrères, le curé et le vicaire de la Roche-Blanche, assermentés comme lui.
   Mais à quoi servent les concessions de conscience ? Les prêtres constitutionnels, choyés par le pouvoir quand le pouvoir avait eu le désir de créer un clergé laïque, étaient à leur tour devenus suspects depuis que la Révolution ne voulait plus de clergé du tout.
   Devançant d'instinct l'oeuvre de la convention, Couthon venait, à son retour de Lyon, le 24 brumaire an II (14 novembre 1793), de publier son fameux arrêté sur la suppression des cultes. Désormais tout titre de curé, de vicaire ou de ministre d'un culte était aboli ; supprimés aussi les costumes et les traitements ecclésiastiques, supprimés encore tout signes extérieurs, clochers, cloches, croix, images, statues. Aux termes de l'article 3 :

 " Tous les effets et ornements précieux contenus dans les églises, en nature de cuivre, fer, plomb et argent, devront être retirés sur le champ par des commissaires pris partie dans l'Administration du district, partie dans la Société populaire, pour être envoyés ensuite à la Convention."

   C'est en exécution de cet "ukase" (1) du proconsul Auvergnat que, dix jours plus tard, le dimanche 5 frimaire, les commissaires délégués et la municipalité de la Roche-Blanche se présentèrent à l'église succursale de "Mardogne", pour l'expurger de tous les objets consacrés au culte. La population presque entière du village était sur la place, bourdonnante, houleuse, hostile, mais encore convenue. S'attaquer à leur ancien curé, ç'avait été dur, s'attaquer à leur église, c'était trop. La dépouiller, la voler, voir emporter en plein jour, par des bonnets rouges couvrant des têtes avinées, calices, saints ciboires, ostensoirs, patènes, chandeliers... N'était-ce-pas commettre un sacrilège ou le permettre ?

   Le curé Rouzet envoie chercher la clef du temple chez une bailesse (2). On pénètre, on inventorie, les officiers municipaux en écharpe fouillent le tabernacle, les tiroirs et les crédences, catégorisent par métal leur butin, et, leur besogne terminée, veulent se retirer en cortège. Le secrétaire-greffier porte dans ses bras les effets en cuivre, le procureur de la commune, plus élevé en dignité, a la garde des objets en argent.
   Mais la "majesté de la Loi" ne peut pas en imposer plus longtemps à la foule indignée. Suzanne Chardat a battu le rappel dans toutes les maisons. Les huées, les injures, les outrages tombent comme grêle sur les commissaires ahuris d'une imprécation aussi unanime. Puis ce sont les coups et les horions. On se précipite sur le secrétaire-greffier qui est obligé de lâcher ses reliques, sur le procureur de la commune auquel on arrache les objets sacrés, et qui est contraint de prendre la fuite à toutes jambes. Le cortège entier est mis en pleine déroute, jusqu'aux limites de la section, la population lui fait à coups de pierre une mémorable "conduite de Grenoble" (3).

   Qu'on juge de l'irritation des Représentants du peuples en mission ! Couthon ! Maignet ! Ainsi bafoué, ainsi provoqués chez eux ! Si la première exécution de leurs ordres relatifs au culte entraînait de pareils scandales, qu'en adviendrait-il, grand Dieu ! Ou du moins grand Etre Suprême !

   Aussitôt, le 6 frimaire, Maignet édicte de Clermont l’arrêté suivant :

" Les Représentants du peuple, députés de la Convention nationale près l'armée des Alpes et dans divers départements de la République, 
" Considérant que c'est en frappant les premiers coupables qu'on parvient à répandre la terreur et à arrêter le crime,
" Considérant que c'est à trouver l'auteur de l'émeute qu'il faut s'attacher, que l'auteur du délit est celui qui profitait de l'abus qu'on réforme, que tout indique que c'est Rouzet qui est le provocateur de assassinat commis contre les officiers municipaux dans la commune de la Roche, dans l'exercice de leurs fonctions, puisqu'il est desservant de la ci-devant église que l'on purifiait.
" Considérant que la tranquillité publique a été troublée à Mardogne et qu'il est à craindre qu'elle éprouve à chaque instant de nouvelles atteintes.
" Ordonnent que les Administrateurs du département du Puy-de-Dôme y enverront sur le champ cent citoyens de la garde nationale de cette ville, qui seront logés et nourris aux dépens des habitants du lieu de Mardogne, et que toutes dépenses de cette expédition seront supportées par cette commune, en raison de la part plus ou moins active que chacun a eue à cette émeute, et, dans le cas où l'on ne pourrait parvenir à acquérir les connaissances, que cette somme sera répartie en raison des contributions.
" Chargent expressément l'Accusateur public, auquel sera envoyé par l'Administration du département tant le présent arrêté que le procès-verbal dressé par les officiers municipaux, d'instruire contre le nommé Rouzet, ci-devant desservant de Mardogne, et ses principaux complices la procédure pour fait d’assassinat commis sur des magistrats du peuple dans l'exercice de leurs fonctions.

" Ordonnent que le dit Rouzet sera mis, par les soins du Procureur général syndic sur le champ en arrestation et traduit au Tribunal criminel du département."

" A Clermont-Ferrand, le 6 du mois de frimaire, l'an II de la République une est indivisible. "

  Signé : " Maignet. "


1) Ukase : ou Oukase mot russe pour désigner un décret, un arrêté, une décision.
2) Bailesse : administratrice de l'église  
3) Conduite de Grenoble : vieille expression pour indiquer une exclusion, une reconduite à la sortie de la ville à coups de pierres.

 A suivre dans le prochain article : l’Arrêté de Couthon.


Sources : texte : Le Tribunal criminel Révolutionnaire en Auvergne, Marc de Vissac 1897.
               Photos : © Regards et Vie d'Auvergne.
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