"Vieux temps," de Marie-Aimée Méraville.
Vieux temps. J'étais sauvage ! Ah ! Il y en a aujourd'hui qui sont trop faciles, trop douces. De mon temps on était plus sévère : celui qui tient à vous revient. Un bon s'en va, un meilleur se prépare, marche ! Je n'avais que dix-sept ans quand mon pauvre père mourut. Il fallait bien que je me "donne train" . L'argent ne venait pas comme maintenant à tire larigot. J'allais aux foires avec le bouvier. Ah ! Je savais bien me garder, il ne se risquait pas à me manquer de respect. Pauvre ! Celui qui m'aurait dit une parole déplacée, je lui aurais jeté mon sabot à la figure. Je n'étais pas bâtie de pâte molle comme les femmes d'aujourd'hui. Messieurs de Dieu ! Si quelque chose me contrariait, tout mon sang me portait. Si vous saviez ce que j'ai fait un jour ! Nous avions "Pierrette" pour bouvier (j'ai connu Pierrette depuis : il venait à la maison et cassait des noisettes sous son pouce) Pierrette avait de...