Regards et Vie d'Auvergne, le blog.: Poème d'Auvergne : Vieux Noël de chez nous.
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samedi 23 décembre 2017

Poème d'Auvergne : Vieux Noël de chez nous.



Vieux Noël de chez Nous.

CPA Noêl en Auvergne.
CPA Noêl en Auvergne.

C'est un soir gris et sale, il neige sur la ville ; 
On entend dans Paris rire de gais passants,
Des bandes de fêtards qui vont d'un pas agile
Vers des lieux de plaisir, vers de tristes beuglants.

Les restaurants de nuit, les cafés, les tavernes,
Où de pâles beautés aux vieux font les yeux doux,
Ont allumé ce soir leurs nombreuses lanternes,
Car on fête Noël, Noël aimé de tous !

Mais les cloches soudain, du haut des cathédrales,
Lancent aux quatre vents leur hosanna joyeux,
Notre-Dame là-bas, aux tours monumentales,
Répond au Sacré-Cœur qu'avoisinent les cieux. 

Alors, me sentant seul, dans mon étroite chambre, 
Je referme aussitôt le livre que je lis.
Devant l'âtre où me tient la bise de décembre
Mon cœur, très chers parents, pense à vous, au pays !

Je me revois enfant, sous votre toit, Ô mère !
Sous le toit paternel où nous aimions jadis
A nous retrouver tout près de la flamme claire
Quand les travaux des champs étaient partout finis.

Un jour, comme aujourd'hui, j'ai suivi mon grand frère
A travers nos grands bois où seuls les houx sont verts ;
Dans les arbres tout nus le vent gronde en colère ;
Les chemins, les sentiers de neige sont couverts.

Les bois frileux, déserts, me plaisent davantage ;
Les ruisseaux sont bordés de colliers de cristal
Les ronces que le flot atteint à son passage
Se couvrent de joyaux sous le vent glacial !

Nous rentrons en portant une très vieille souche
Où devaient s'abriter la fouine et le renard.
A travers nos landiers tout entière on la couche :
Car ce soir de Noël nous devons veiller tard.

On doit faire un grand feu, car la Vierge Marie,
D'après les vieilles gens, doit rentrer en passant,
Et pour qu'elle n'abîme sa robe fleurie
Nous avons balayé le foyer proprement.

La Vierge peux passer sans nous rendre visite,
Nous ne serons pas seul ! De partout, à grand bruit,
Les gens viendront chez nous, se réchauffer très vite
Avant de rentrer tous à l'église à minuit.

Je les revois d'ici, ces fermiers, ces fermières
Qui viennent en sabots par les mauvais chemins,
Où les guident ce soir, quelques faibles lumières
Vers notre pauvre église où rayonnent les saints !

Ils m'ont tous rapporté des pommes, des noisettes ;
Les vieux me font sauter parfois sur leurs genoux.
Tandis que peu à peu je remplis mes pochettes,
Les gens de saint-Rouffet me parlent de grands loups.

Les veilleurs sont nombreux, assis autour de l'âtre ;
Devant la flamme claire, au bruit des carillons
Nous écoutons émus les contes d'un vieux pâtre,
Parlant de revenants dans les chemins profonds.

Qu'importe, qu'à Paris les fêtards réveillonnent
Que Jésus naisse aussi dans les temples dorés
Et que du haut des tours des cloches carillonnent 
Aux murmures des orgues et des chants sacrés !

Ce soir, je suis là-bas sous le toit solitaire
Où, tout petit bambin, j'ai tant joué jadis ;
Je revis un instant avec ceux qui naguère,
Venaient à la Noël dans notre vieux logis.

Et j'ai tant regretté ce passé plein de charmes,
Les Noëls de chez nous, mes Noëls d'autrefois
Que mes yeux tout à coup se sont remplis de larmes
Tandis que dans le ciel semblaient chanter des voix !

Etienne Marcenac(1) 
Paris, décembre 1908.


1) Etienne Marcenac, poète, écrivain originaire de la commune d'Arnac dans le  Cantal, "A l'ombre des bouleaux", " L'Aurillacoise", "Poèmes d'Auvergne", " Offrandes à l'absente".



 Sources :  Etienne Marcenac, La Musette, organe de la société des originaires du Massif-Central.
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