vendredi 31 mai 2013

Le vieux père Jean. ( Patois Auvergnat)


Lou Vé Piare Juan

  
CPA vieux paysan Auvergnat
Le père Jean
Judà d’uen grifou de sorto
Lou vé Juan s’is vengu seta
Au souleu endavans sa pouorto ;
Raseba mai se vet cata
Soun chi que branlo no quoua  torto

Que trasse d’ome ragani
Retrais ‘no garoulo d’és doro,
Ouonte pus grand-cad li demoro
Ma tapau de rucho en defouoro
De soun cadabre digarni.


Quant a ? Quatrevient…mai beliau :
Un bounichou de lano muso
Que nen sourtis de ralipiau :
No brayo vel janu qu’ils vueo
E petassado en de mourciau.


D’uen é las viso pé la liuènto
Ouont, dau biais que fason vès nous,
An cacha lous proumeis planjous,
E, biauseni, io se souvènto
Quouro se mai fasio missous.

Es sous vient ans se tourno vire,
(Ce que devenon menimi !)
Gas que boujavo dau chami
Lous que li troubavon à dire…
Ho ! li valio mai ètre ami.

Ero le plus fouort que lhi’aguèsse
Mai que dès lègas, pèr ma fe !
Pas’ nautre gas que le tenguèsse…
Io levavo en quen lio siguèsse
Un char de douas motras de fe.

Quand èro tèms de la sejado
Cé n’avio pas uen pèr acai,
Coumo se, pèr le cop de dai :
Vesion ma l’erbo pé la prado
Que voulavo…e re pus pas mai !

Brave paret pé le vialage,
Se e sa fénno, la Françon
La pauro, anu davans Diu siage !
Quouro , le jour dau maridage,
Musicavo lou Catillon.

Davans se vet chès la Gratouno
CPA vieux paysan Auvergnat
le père Jean et la Françoise.
Ouont vengué, pèr fare l’amour,
Eufri un riban de coulour
Embei sa drolo, la Françouno,
Que tritous voulion diens le bourg.

  E dire, en la tira de caire
 «  Pèr quet riban… chau doux poutous ! »
Mas, Juan, aco se diéut pas faire..
Dé basto, dermissio la maire,
E nen prengué prou mai que dous !

Le tèms fussis nadas pèr nadas
Coumo fussis l’aigo dau riéu :
Un cop l’eivar, un cop l’eitieu
D’a-pèr- teiro fan liours passadas
En nous biela chacu co sièu…


Tourno de flours totas las primas ;
Prè’vi pleugu co s’eiclargis.
Prè de penas an de plasis,
E de reire sét de lagrimas…
De jouinessou ? nen tourno gis !

…E Juan fa le tour de sa vido,
Coum’aco, en se souventa
Dipus le cop que se marido
Juco anu sa pauto eimarfido
Que le pouot quasi pus pourta.


Mentre, le souleu, dès la pouorto
S’is divira tot bellamèn.
Ouro, le sero qu’is pus liuen,
Juan se draisso padidamèn
E Labri sét’bei sa quoua torto.



     Le Vieux Père Jean. (Traduction)                                                                                                 
Aidé d’un bâton de houx pour cet usage,   
Le vieux père Jean a voulu s’asseoir
Au soleil sur le devant de sa porte ;
Tout près aussi, se vient accroupir
Son chien qui agite une queue tordue.

Ce petit homme ratatiné
Rappelle une vieille souche d’arbre des bords de la Dore,
Où plus grand-chose ne reste
Qu’un peu d’écorce rugueuse à l’extérieur
De son corps vidé.

Quel âge a-t-il ? Quatre-vingt ans…peut-être plus ;
Un petit bonnet de laine brune
Dont il s’échappe de rares cheveux ;
Un pantalon usé vers le genou,
Et rapiécé avec des morceaux.

D’un œil fatigué il scrute le lointain.
CPA vieux paysan Auvergnat
Le père Jean
Où, à la mode de chez nous
On a dressé les premières meules de gerbes ;
Et le pauvre, il se rappelle
Lorsqu’il faisait lui aussi les moissons.

Vers ses vingt ans il se revoit,
-Oh ! (Comme on devient tout de même !)
Gars qui « ôtais » de son chemin
Ceux qui voulaient le contredire…
Certes, il valait mieux être son ami.

C’était le plus fort qu’il y eut !
A plus de dix lieues, par ma foi !
Aucun autre gars qui pût en venir à bout…
Il soulevait, aussi engagé qu’il fût,
Un char de deux montres de foin.

Lorsque c’était le temps de la fauchaison,
Il n’en était aucun aux environs
Comme lui pour « lancer » le coup de faux :
On ne voyait plus que l’herbe dans le pré 
Qui volait…je ne vous dis que ça !

Joli couple au travers le village,
Lui et sa femme, la Françoise,
Que la pauvre, aujourd’hui, devant Dieu, soit !
Lorsque, le jour de leur mariage
Les menait en musique le Catillon !

Un peu avant, il se voit chez la mère Gras,
Où il vint, pour faire sa cour,
Offrit un ruban de couleur,
A sa fille, la jeune Françoise,
Que tous convoitaient dans le bourg.

Et lui dire, en la prenant à part :
 Pour ce ruban…il faut deux baisers ! »
-« Mais Jean ! Cela ne se doit pas faire… »
Bah ! La mère dormait…
Et il en prit, bien plus de deux !

Le temps fuit années par années
Comme fuit l’eau du ruisseau :
Tantôt l’hiver, tantôt l’été
Régulièrement accomplissent leurs périodes
Nous apportant chacun ce qui lui est particulier.

Il revient des fleurs tous les printemps ;
Après avoir plu, le temps s’éclaircit.
Après des peines, on a des joies,
Et du rire, suit des larmes…
De la jeunesse ?... Il n’en revient pas !

…Et Jean, fait la revue de son existence
De cette manière en se remémorant
Le jour où il se marie
Jusqu’à aujourd’hui que sa jambe raidie de froid
Ne le peut presque plus porter.

Pendant ce temps, le soleil, de la porte
S’est éloigné lentement.
Maintenant que le soir n’est plus loin
Jean se relève péniblement
Et le Labri le suit avec sa queue tordue.


R. Michalias, Juin 1910.




Sources : Au Pays d'Artense, Léon Gerbe,
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