Les Vendanges en Auvergne autrefois.
Les vendanges en Auvergne.
" Les vendanges ! "
La proclamation des bans, qui se faisait huit jours à l'avance, était déjà pour nous, les gamins de la ville, comme un avant-goût de la fête. Solennellement, par les rues, le crieur public allait, précédé d'un tambour. Nous le suivions pas à pas. Il s'arrêtait aux carrefours principaux, et, de sa voix nasillarde, lisait l'arrêté municipal qui fixait à chaque propriétaire de vignes son jour pour vendanger.
-" Ceux du canton de...vendangeront le..." telle était la formule.
La bachoue :
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| Les vendanges et l'ivresse de Noé, au Campo-Santo. |
La bachoue n'est pas un ustensile moderne, non plus qu'un
ustensile particulier à tel ou tel pays. Au Campo-Santo, de Pise, dans la merveilleuse fresque de Henozzo-Gozzoli représentant les
vendanges de Noé, figure une bachoue.
Est-il besoin de dire que nous aussi nous nous mettions avec
ardeur à la cueillette ? Mais pour aller trop vite, nous
nous lassions bien vite aussi. Alors, jetant là paniers et serpettes, nous
nous mettions à courir, à nous poursuivre dans les allées, brisant les ceps,
foulant les feuilles sèches qui criaient sous nos pas. Et puis, suprême
bonheur ! Nous dérobions de temps en temps une grappe à la vigne du voisin !
Bien meilleur le raisin volé du voisin !
Le repas !
L'heure du déjeuner approchait. Nous ignorons à Paris ces appétits formidables qui poussent au grand air, après cinq heures de course, d'exercice et de mouvement, et bien souvent, il m'arrive d'évoquer, avec un soupir de regret, ces solides déjeuners des jours de vendange, à base de lard et de jambon.La table dressée dans la cabane était étroite, mais longue, et tous y prenaient place sur des bancs de bois, maîtres et serviteurs. Couverts d'étain pour tout le monde, et pas d'assiettes de rechange. Chacun se servait du couteau qu'il avait apporté, tant pis pour qui n'avait pas eu la précaution de se munir d'un Eustache à l'avance.
Le vin était servi dans des pichets de grés. Quelques-uns buvaient dans des verres, d'autres dans des tasse en étain, d'autres dans des écuelles de terre ou de bois.
Jambon, omelette, gros pain de froment, mêlé de seigle, par exemple, un plat de résistance invariable autant qu'inévitable, si bien qu'on l'appelait chez nous le "plat des vendanges".
Monselet, mon maître, dressez l'oreille : dans une vaste terrine, large et profonde, libéralement tapissée de beurre au préalable, une épaule de mouton s'étalait sur un lit et sous une couche de pommes de terre coupées en tranches plates. On fourrait ça dans le four et on laissait cuire longtemps. Les pommes de terre à la surface sortaient de là, grillées, dorées, croustillantes. Il n'y en avait pas pour tous de celles-là, les maîtres se les adjugeaient sans vergogne. Au-dessous, elles étaient grasses, imbibées du suc de l'épaule, mais blanches et molles, excellentes, néanmoins, est-il besoin de le dire ?... et chaudes !
Ah ! Dieu... !
Que de cris ! Tous les goulus s'y laissaient prendre, et c'étaient des rires sans fin.
Au dessert, on apportait la tourte aux pommes gigantesque. Les vendangeurs, que nous avons vus travailler lentement, mangeaient plus lentement encore, à la façon des ruminants.
Bien avant eux, nous avions quitté la table et repris nos ébats... chasser les grenouilles aux bords de la citerne, abattre les pommes à coup de pierres, faire des armes avec des échalas en guise d'épées, puis redescendre aux bachoues, aider à presser le raisin de nos mains et de nos pieds.
Vers deux heures, les invités arrivaient. Dames et grandes filles aux toilettes élégantes, petits messieurs musqués. On faisait cérémonieusement un tour de vigne. Du bout des doigts, on cueillait une grappe que l'on mangeait du bout des dents. On causait de la récolte.
-Aurez-vous autant de bacholes que l'an passé ?
- Plutôt moins.
- Vraiment ?
- Oui, les gelées de mai nous ont fait bien du tort. Et voyez un peu le voisin là, juste tout à côté, n'a presque pas souffert
- Ne m'en parlez pas, ces gens-là ont de la chance dans tout.
A quatre heures, on collationnait, on goûtait le vin doux. Cette fois, les travailleurs n'en étaient pas.
Cependant à mesure que les bachoues allaient remplir la grande cuve à la ville, les hommes robustes, plongés dans cette cuve profonde, foulaient le raisin de leurs pieds vigoureux.
C'était pour nous le plaisir du soir.
Quand l'approche de la nuit nous chassait de la vigne, nous courions au hangar où la cuve se dressait, et nous assistions au foulage, quelquefois même nous y prenions part.
A sept heures, la cueillette était finie. Les vendangeurs, chacun portant son panier de raisins qui ne devait rien à l'octroi, reprenaient le chemin de la ville et venaient dîner à la maison.
Et après le dîner, comme couronnement de cette journée de fête et de fatigue, les plus intrépides dansaient.
Mais je m'aperçois que j'ai parlé tout le temps au passé, comme si ces choses n'existaient plus !
Si, vraiment ces mêmes choses existent toujours, et tous les ans se passent de même. Les mêmes vieilles bachoues servent encore là-bas, je le gagerais. Et il y a, chaque année, des enfants jeunes comme nous l'avons été, qui s'amusent de ce qui nous a amusés.
Je les envie...
-Pourquoi les envier, me direz-vous ? L'enfant a ses plaisirs, l'âge mûr a les siens.
-Oui, mais je n'ai pas retrouvé dans l'âge mûr l'équivalent de ce plaisir des vendanges. "

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