Pas de visite ministérielle dans le Cantal, à Mauriac en janvier 1923.

 Visite ministérielle.

CPA Cantal, Mauriac, 15
CPA Cantal, Mauriac, 15


   "Le Réveil du Cantal" (1) a publié ces jours derniers un communiqué de la Société d'Agriculture du Cantal où est exprimé le regret que M. Chéron (2), Ministre de l'Agriculture, ait négligé notre département à l'occasion de la randonnée qu'il a faite dans quelques départements voisins.
   M. Chéron ne manquera pas de répondre à la Société d'Agriculture du Cantal pour lui dire, avec des trémolos dans la voix, combien il a été ému et touché du témoignage de confiance et de sympathie qui lui a été exprimé par les agriculteurs Cantaliens. Il promettra, si la Chambre
 lui prête vie encore pendant quelques mois, de venir spécialement dans le Cantal à l'occasion de quelque fête agricole comme le concours spécial de la race Salers.
   M. Chéron  n'est chiche, en effet, ni de ses visites, ni de ses compliments, ni de ses promesses. Demandez lui la lune, il vous répondra qu'il tachera de la décrocher. A l'inverse de M. Lefèvre du Prey qu'avait offusqué, dit-on, la robe rouge de nos bêtes de Salers, et qui sitôt débarqué, s'était rendu  l'église, M. Chéron lorsqu'il viendra à Mauriac, à Salers ou à Aurillac, ne manquera pas, dès sa descente du train ministériel, de demander une tranche de fourme.
   C'est ainsi que partout où il est passé, en qualité de Ministre de l'Agriculture, il s'est intéressé dès son arrivée, aux produits du pays, surtout lorsque ce sont des comestibles.
   Dans la Gironde, il ne tarissait pas d'éloges à la gloire des vins de Bordeaux, dans le Lot, il glorifia les vins de Cahors et les pâtés de foie gras, dans le Cantal il proclamera, après notre regretté Lintilhac, notre forme le roi des fromages, et notre race bovine de Salers, la plus belle des races, après la race normande, naturellement. Il tapera volontiers sur le ventre de nos fermiers, boira et mangera tout ce qu'on lui offrira, sans faire le difficile, se proclamera le père de l'Agriculture et promettra tout ce qu'on voudra. Il demandera à nos agriculteurs de faire du blé, beaucoup de blé pour que la France puisse se suffire sans recourir à l'étranger. On l'applaudira, pour lui faire plaisir, mais on n'en sèmera pas un grain de plus.
   Et quand M. Chéron nous aura dit : au revoir, et merci de la réception, tout ce qui restera de la visite ministérielle, ce sera une carte de quelques milliers de francs, à payer par les communes qui auront eut l'insigne honneur de le recevoir.
   Les ministres se suivent et se ressemblent, leurs discours aussi se ressemblent comme des frères. Tous chantent les beautés de la vie champêtre et font l'éloge du paysan de France pour arriver à dire dans une habile périphrase que l'homme des champs qui a sauvé la Patrie au prix de son sang, pendant la guerre, doit la sauver une autre fois en pleine paix au prix de sa sueur, ce qui en langage clair signifie : "Ami paysan prépare-toi à casquer !"
   Quant aux promesses, elles s'envolent, emportées aux quatre vents, dans le remous du train ministériel. ( Le Réveil du Cantal) 
D. Bouny.
1)- Le Réveil du Cantal, journal hebdomadaire régional d'annonces, de faits divers et de sujets politiques.  
2)- Henry Frédéric Chéron, né à Lisieux en 1867, Maire de Lisieux, Ministre de l'Agriculture de 1922 à 1924 sous Georges Clémenceau, sénateur de la IIIè république, 

Source : journal régional : " Le Réveil du Cantal " Organe d'Action Républicaine et de Relèvement National. vendredi 12 janvier 1923.

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