Robert Heyrauld, un Auvergnat remarquable vers 1740.

1780, L'Assemblée provinciale du Puy-de-Dôme honore   
Robert Heyrauld, du Crest.

CPA Le Crest, 63
Auvergne, Le Crest, près de Saint-Amand-Tallende, l'église et le village.

   Pour couronner dignement ses résolutions bienfaisantes, l'Assemblée, obéissant aux vœux de la province entière, voulut rendre hommage à la charité éprouvée et reconnue d'un de ses membres les plus modestes : Robert Heyrauld (1), bourgeois du Crest. Par un vote d'acclamation, elle décida qu'elle solliciterait pour lui, le cordon de l'Ordre de Saint-Michel.

   Après avoir été pendant quelques temps intendant du seigneur d'Opme, Robert Heyrauld (né à Clermont vers 1712) était venu s'établir au village du Crest. Là, dans uns maison qu'il avait fait bâtir et qui existe encore, il donnait libre cours à son humeur charitable et bienfaisante. Rebouteur des plus habiles, expert dans l'art de guérir les luxations et les foulures, de raccommoder les membres cassés, aussi désintéressé qu'humain, il ne se contentait pas de courir les campagnes et d'aller où on l'appelait. De sa maison, il avait fait un Hôpital où il soignait gratuitement et nourrissait à ses frais autant d'éclopés que ses appartements pouvaient en contenir.
   De toutes les extrémités de l'Auvergne, dit Legrand d'Aussy qui avait pu s'en convaincre, on vient au Crest implorer ses soins, et très-souvent on y a vu cinquante ou soixante personnes à la fois, qui toutes lui disaient comme jadis les malades à Jésus :
" Maître, guérissez-nous !"
Et, quand sa maison ne suffisait pas, il les logeait dans d'autres maisons du village.
" Jamais, dit Legrand d'Aussy, il n'a refusé un pauvre. Sa femme et son fils le secondent dans son inépuisable bienfaisance. On croirait voir une famille d'anges sur la terre.
Appuyée sur un pareil dévouement à l'humanité, la popularité de Robert Heyrauld était immense. Aussi en se l'adjoignant comme collègue, et ensuite en demandant pour lui une distinction honorifique, les membres de l'Assemblée provinciale n'avaient-ils fait que subir l'ascendant de l'opinion publique.
   Quel fut le sort de cette demande formulée par l'Assemblée provinciale ? Nous avons le regret de le dire, la demande n'aboutit pas.
   A plusieurs reprises, après la session terminée, la Commission intermédiaire sollicita instamment du Gouvernement une solution conforme au vœu de l'Assemblée provinciale (2). Plusieurs fois, le président, M. de Beaune, alla lui même recommander aux ministres cet homme qu'une province entière acclamait comme un bienfaiteur. Démarches inutiles, Robert Heyrauld était de trop basse extraction, et c'était déjà bien de l'honneur qu'on lui avait fait en l'appelant à siéger dans l'Assemblée provinciale. On ne soucia pas autrement de l'émotion populaire qu'un tel refus pouvait produire.
    Il a été fait lecture, dit le procès-verbal des délibérations de la Commission intermédiaire, séance du 25 août 1788, il a été fait lecture d'une lettre, de M. Laurent de Ville-Deuil du 23 du présent, par laquelle ce ministre annonce qu'il a rendu compte au Roi de la délibération que la Commission avait prise, le 24 juin dernier, au sujet du sieur Heyrauld, pour lequel l'Assemblée provinciale demande des lettres de noblesse. Sa Majesté a vu avec satisfaction le zèle avec lequel l'Assemblée provinciale et le Commission intermédiaire s'empressent d'encourager ceux qui se rendent utiles à leurs semblables, mais elle a considéré que, quelque recommandables que soient les services du sieur Heyrauld, ils ne sont pas de la classe de ceux qui méritent une distinction aussi précieuse que celle de la noblesse, et que l'Assemblée provinciale, après avoir admis ce vertueux citoyen au nombre de ses membres, ce qui est déjà très honorable pour lui, pourrait peut-être trouver, dans les moyens qui sont à sa disposition, celui de le récompenser encore en délibérant à chaque tenue la remise qui lui serait faite d'une somme quelconque pour ajouter aux actes de bienveillance qu'il exerce. Ce ministre prie la Commission de communiquer sa lettre à l'Assemblée provinciale, afin de lui faire connaitre les intentions de Sa Majesté. Arrêté que la lettre demeurera déposée aux archives, et qu'elle sera communiquée à L'Assemblée provinciale lors de sa prochaine tenue.

1) Robert Heyrauld, né en 1712, il est mort en 1795 dans sa propriété des Domeries, commune de Flat, près d'Issoire. 

2) L'Assemblée provinciale de la généralité de Riom siégeait à Clermont, elle pris fin en décembre1787 sur ordre du Roi, elle laissa la place à la Commission intermédiaire.

 


   Sources : texte extrait de  : Chroniques et essais de la Révolution dans la ci-devant Basse-Auvergne, de F. Mège 1867. © Textes et Photos Regards et Vie d'Auvergne. Vous pouvez laisser un commentaire au bas de l'article.


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