mercredi 8 avril 2020

Les Trompettes du Roi, d'Auvergne.

Une famille de Trompettes.


Marchastel Cantal, Auvergne.
Marchastel Cantal, Auvergne.

   La commune de Marchastel ( Cantal) a fourni au roi ses plus fameux trompettes.
   Depuis François 1er, la Cour possédait deux corps musicaux : ceux de la chambre du Roi et ceux de l'écurie, plus tard, le régiment de la Reine eut aussi les siens.
   Les musiciens de la chambre du roi étaient admis dans ses appartements et jouaient, pendant les repas, du luth, de la harpe, du violon, de la flûte, etc.
Trompette du Roi.
Trompette du Roi.
   Les musiciens de l'écurie faisaient aussi partie des officiers du roi et jouaient du fifre, du cornet, du
tambour, de la trompette.
   Les musiciens de la chambre et de l'écurie n'étaient point nobles, mais en vertu de leur dignité et comme officiers de la maison du roi, ils jouissaient d'une noblesse toute particulière. Ils étaient fort jaloux de leur titre, car dans les actes publics, on les traitait de noble homme.
   Un grand nombre de ces trompettes naquirent dans la paroisse de Marchastel, et principalement aux villages de Lagarde et Terrou.
   Audigier dit dans son manuscrit : " Pouzols a fourni les plus célèbres trompettes du monde, il en a donné à la Maison royale et à nos généraux, quelques-uns s'y sont retirés et y ont bâti de coquettes villas. "
   Le malheur est qu'Audigier ne cite pas un seul nom à l'appui de son dire, les registres paroissiaux non plus. Les si coquettes villas qui auraient abrité les derniers jours de ces illustres vétérans sont aujourd'hui introuvables. Il existe, il est vrai, les ruines du vieux fort de Pouzols, perdues au milieu des bruyères et des forêts de chênes, c'est là que naquit, dit-on, Guérin de Pouzols, évêque de Senlis et chancelier de France. Mais ces ruines sont trop anciennes et rien n'indique d'ailleurs que ce fut le séjour des trompettes royaux. Au contraire, ce château fut le siège d'une baronnie, qui des Pouzols passa aux Gimel, de ceux-ci au comtes d'Amboise, le dernier titulaire était, en 1790 Barbat du Clauzel.
La patrie des trompettes fut Terrou, petit village posé en éventail au font d'un verdoyant vallon. Il y avait jadis un château. Aujourd'hui on ne distingue que trois jolies maisons, sans grande architecture, un toit se prolongeant de chaque côté en auvent, les croisées à meneau, les plafonds à poutrelles. Ces petites maisons sans étage sont ensevelies au milieu de grands arbres et forment un contraste charmant avec l'aridité des coteaux environnants et des gorges profondes de la Graule et de la Rhue.Ce fut ce nid paisible et solitaire qui fournit à nos plus grands rois leurs meilleurs trompettes.
   Pendant deux siècles, la famille Roddes de Terrou donna au roi et aux généraux de l'armée des trompettes.
  En 1600, la famille Roddes se subdivisait en cinq grandes branches encore existantes : 1 les Roddes, sieurs de la Fagette; 2 les Roddes sieurs de la Tourre; 3 les Roddes sieurs de la Voulte; 4 les Roddes sieurs de la Garde; 5 les Roddes sieurs de Soudeilles.
   En 1700, le chef de la branche de la Fagette est : Noble homme Blaise Roddes. Peu de ses membres furent trompettes. Les sieurs de la Tourre n'embrassèrent pas la carrière musicale, tandis que les sieurs de la Garde, la Voulte et Soudeilles furent presque tous trompettes.
   Le plus ancien des trompettes connu est Gratian Clislavide, qui avait épousé une Roddes. Il fut envoyé en 1635 à Bruxelles par le Roi Louis XIII pour y déclarer la guerre à la Maison d'Autriche, il était accompagné de Jean Gratiole, auvergnat comme lui et héraut d'armes du duc d'Alençon.
   En 1637, Jean Roddes, sieur des Soudeilles, est doyen des trompettes du roi. Il s'était allié à Marguerite d'Auzolles. Au baptême de sa fille, nous trouvons la signature d'un Roddes, trompette de la reine.
   En 1638, Julien Roddes, marié à Anne la Visbrie, est trompette du roi.
A la même date, Charlot Roddes est trompette du roi.
   Pierre Roddes, et non Redon, ainsi que l'écrit par erreur le Dictionnaire statistique du Cantal, neveu et héritier de Gratian Clislavide, lui succéda dans sa charge, devint doyen des trompettes et mourut en 1646.
   Jean Roddes, sieur de la Garde, trompettes du roi, reçu ses lettres de vétéran en 1656.
Jean Roddes, fils de Julien, l'est en  1669.
   Noble Frisquet, époux de Jeanne Roddes, fille de Jean, sieur des Soudeilles, fut aussi trompette du roi et se retira à Champagnac en 1670.
   Pierre Guillaume Roddes, sieur de la Garde, succéda à son père Jean Roddes, sieur de la Garde, il fut vétéran en 1677.
   Yves Roddes succède à Pierre-Guillaume Roddes en 1680 dans la charge de trompette ordinaire du roi.
   En 1696, Antoine Roddes, sieur de la Voulte, est trompette du roi. Ces sieurs de la Voulte s'allièrent aux Neyrat et aux Tournemire.
   En 1698, Pierre Roddes, sieur des Soudeilles, est trompette du roi.
   En 1700, noble Guyot Roddes, sieur des Soudeilles, marié à Gabrielle Lemmet, est trompette du roi.
   Noble François Pélissier, sieur de Beaupré est trompette du roi.
   En 1706, Antoine Pélissier, sieur de Beaupré, est trompette du roi.
   Jean Vernuéjols, gendre des Roddes, comme les précédents est trompette du roi en 1720.
   La liste des trompettes royaux habitant Terrou est loin d'être complète, les archives de Marchastel en indiquent bien d'autres, néanmoins, si restreinte qu'elle soit, elle suffit à prouver que, pendant près de deux siècles, les Roddes fournirent à la chambre du roi de nombreux Trompettes. Ils durent sonner des charges formidables et fêter de nombreuses victoires en ce siècle de grandes choses !
   Qui avez amené les trompettes de Terrou à la cour des rois de France ?
Es-ce Artaud III d'Apchon, neveu du maréchal de saint-André, ou Claude d'Apchon, conseiller du Roi ? Je ne sais pas. il est toutefois à supposer que c'est l'un des grands seigneurs d'Apchon.
   Lorsque les de Chabannes eurent la baronnie d'Apchon en 1708, les Roddes  cessèrent de fournir les trompettes au roi. Avec les Chabannes-Curton (1750), on ne trouve plus dans les registres paroissiaux le titre de trompette, ce qui semblerait indiquer que la branche cadette des Apchons amenait les Roddes aux régiments du roi et les enrôlait parmi les officiers de l'écurie.
   Les Chabannes de Curton, trop grands seigneurs, demeurant peu dans le vieux fort d'Apchon, déjà miné par l'âge et tombant en ruine, durent oublier et peut-être ignorer les Roddes, qui depuis deux siècles se transmettaient de père en fils la charge de trompettes du roi ou de la chambre du roi, comme plusieurs se qualifiaient, pour marquer qu'ils approchaient de bien près celui qui incarnait le pouvoir absolu.
   Les Roddes, sieur de la Garde, de la Fagette et de la Tourre, habitent encore la commune de Marchastel, mais les autres branches de cette tribu se sont dispersées dans l'arrondissement de Murat.
Hippolyte Bouffet.

   

  Sources : Extrait de l'Auvergne Historique Littéraire et Artistique, 1897 © Textes et Photos Regards et Vie d'Auvergne.Vous pouvez laisser un commentaire au bas de l'article.



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