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samedi 11 avril 2020

Jadis les Auvergnats de Paris : les porteurs d'eau.

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Porteurs d'eau Auvergnats.

Porteur d'eau
Porteur d'eau.
   L'Auvergne, on sait cela, se divise en deux régions, tout comme l'Arabie : la Basse, qu'on pourrait appeler Auvergne Heureuse, et la Haute, qui pourrait se nommer Auvergne Pétrée.    On ne quitte guère la première, parce que la Limagne est un vaste jardin, ce fut donc l'autre, celle qui n'a plus que la peau sur les os, qui fournit, avec le nord du Rouergue et le Gévaudan la quasi totalité des porteurs d'eau de Paris. On les trouvait partout : à Montmartre et à Vaugirard, au Marais, aux Halles, à la Bastille...
   Certaine ordonnance de police imposait alors aux Parisiens d'avoir chez eux une fontaine de grès contenant de vingt à cinquante litres suivant l'importance de leur famille. Tout le problème consistait à remplir ces fontaines : c'est assez simple à énoncer.
Il y avait trois catégories de porteurs d'eau. Certains possédaient une "tonne" d'une contenance de 800 à 1200 litres, montée sur roues et attelée d'un cheval. On emplissait cette "tonne" à des fontaines spéciales munies d'un gros manchon, il en coûtait une redevance à la ville de quinze à vingt sous. D'autres n'avaient qu'un tonneau de 300 à 400 litres, monté sur un chariot que tirait un homme dans les brancards, on emplissait le tonneau pour six ou huit sous.
   Enfin, l'infanterie des porteurs d'eau n'avait pour tout matériel que deux seaux et un bâton sculpté selon une certaine forme (ça existe encore à la campagne) où s'encastraient les épaules et qui les aidait à porter leur charge : deux fois dix à quinze litres. Les seaux étaient remplis aux fontaines publiques. Il suffisait d'attendre son tour pendant un temps interminable, en laissant la priorité aux particuliers. Même lorsqu'il gelait à pierre fendre. Et les porteurs d'eau ne se faisaient guère de politesse. Ces rudes gars barbus, vêtus de blouses, chaussés de gros souliers ferrés, et coiffés d'un large feutre qui en avait vu de dures, n'hésitaient pas à échanger à l'occasion quelques vigoureux coups de poing donnés à toute volée comme on sait le faire chez nous lors des fêtes votives.
   Puis il fallait porter l'eau à deux ou trois cents mètres, monter des étages et des étages, par un escalier souvent incommode avec une charge de plus de trente kilos, ensuite, enlever le couvercle de la fontaine, souvent après l'avoir débarrassé de divers objets qui l'encombraient, vider l'eau, remettre tout en place et courir vers d'autres clients qui avaient leurs heures et dont on devait tenir compte des exigences.
   Dam, il ne fallait pas que la clientèle, conquise à force de patience, de ponctualité, de politesse, s'effritât.
   Les porteurs à tonne avaient une vie moins difficile : il leur suffisait de passer dans les rues avec régularité et de jeter leur cri vers les fenêtres :
" A l'eau ! Voilà le porteur d'eau ! "
   Mais les pauvres porteurs à bras avaient bien de la peine. Et ils ne faisaient pas fortune, tant s'en faut : un voyage comportant vingt-quatre litres environ, soit deux seaux, se payait trois sous dans le quartier des Halles. Pourtant, ces extraordinaires Arvernes parvenaient, sur les étrennes attendues avec patience, à faire quelques économies pour leurs vieux jours.
   M. Vieuchamps, membre de la Solidarité Aveyronnaise, et qui fut porteur d'eau, raconte :
   " En 1874, je portais un voyage d'eau tous les jours pour toucher au premier de l'an 20 sous d'étrennes. Donc, pendant 365 jours, j'avais attendu à la fontaine publique, fait le trajet de la fontaine au domicile du client, monté 2,4 ou 6 étages avec une charge respectable, attendu derrière la porte qu'on veuille bien m'ouvrir, vidé l'eau dans la fontaine, dans d'autres récipients quand celle-ci était pleine, remis tout en place, redescendu les étages, pour 20 sous de pourboire et je n'avais plus à attendre que 364 autres jours pour toucher une semblable rétribution "
Puissent les jeunes méditer là-dessus !
Mais que faire quand on est pas assez payé de ses peines ?
   Changer de métier ou en exercer un second de surcroît. C'est ce que firent les porteurs d'eau qu'on ne peut accuser d'avoir choisi une solution paresseuse : ils adjoignirent à leur profession celle de charbonnier. Idée de génie, car l'été on consommait moins de charbon et davantage d'eau, alors que l'hiver c'était le contraire. La somme de travail était ainsi à peu près constante, mais double le profit.
Et puis un jour l'eau monta seule dans les maisons.
Alors, demanderont les naïfs, que devinrent les porteurs d'eau ?
   Parbleu ! Ils vendirent du vin.

 François-Paul Raynal.


   Sources :extrait de : les Auvergnats de Paris, de François-Paul Raynal © Textes et Photos Regards et Vie d'Auvergne.Vous pouvez laisser un commentaire au bas de l'article.

2 commentaires:

  1. Ah c'est auvergnats

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  2. La plupart des grandes brasseries parisiennes étaient tenues par les Auvergnats ba oui ils sont solidaires je ne suis pas Auvergnat

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