vendredi 3 avril 2020

Épidémie de peste noire à Riom, chapitre 4.

Riom, la peste noire poursuit ses ravages, chapitre 4.

CPA Riom faubourg de Mozat.
CPA Riom faubourg de Mozat.
   Chères lectrices et chers lecteurs, nous arrivons à notre 18 ème jour de confinement ici en France, la pandémie suit son mortel chemin par le monde, pour vous changer un peu les idées, tout en restant sur le même sujet, voici le dernier chapitre de la série sur la peste noire de 1631 qui fit des ravages chez nous en Auvergne, ici à Riom, comme dans de nombreuses régions.
Restez bien chez vous, soyez prudents et bonne lecture.



   Les membres du corps de ville avaient lutté jusqu’àlors contre la désertion des habitants et les principaux citoyens étaient restés dans la cité malade, pour donner l'exemple du  courage et du dévouement. Les Sirmond, les Murat, les Regin, les Charrier, les Mangot, les Bas-Maison, avaient envoyé leurs familles dans les villages circonvoisins, notamment à Loubeyrat et à Chazeron qui avaient été préservés de l'invasion, quant à eux, ils étaient restés dans la ville comme à un poste d'honneur. MM. de la Sénéchaussée avaient persisté à tenir leurs audiences et avaient même refusé d'avancer d'un mois l'époque des vacations, comme l'avis en avait été ouvert. Le médecin La Framboisière fit prévaloir d'autres idées. Il expliqua au conseil que l'agglomération des habitants dans une ville étroite, resserrée de tous côtés et comme étouffée par les remparts, présentait, pour la santé publique, le plus grand péril. Dès lors ce fut à qui partirait le plus vite, les Consuls firent autant
d'efforts pour dépeupler la ville qu'ils en avaient faits jusqu'alors pour retenir les habitants.
   Le 11 du mois d’août, ils se rendirent officiellement au palais de la Sénéchaussée où ils étaient attendus. Introduits dans la grande salle, toute la compagnie se trouvant réunie, ils exposèrent le danger qu'entraînerait la tenue des audiences, à cause des allées et venues du grand nombre d'étrangers que les procès attiraient et demandèrent de nouveau que le temps des vacations fut avancé. Il fut fait droit à leurs réquisitions. L'assemblée décida que la Sénéchaussée serait transférée à Sauxillanges et, sur la demande des Consuls, elle ordonna que deux juges du siège Présidial resteraient à Riom à tour de rôle pour rendre justice aux habitants et contenir le peuple dans son devoir.
   Cette dernière précaution n'était point superflue car la situation devenait chaque jour plus critique. Les vivres commencèrent à manquer et le conseil avait interdit de laisser sortir de l'enceinte le blé et le vin, bientôt il avait fallu opérer des perquisitions dans les maisons des personnes absentes et les dizeniers avaient transporté dans les greniers de la ville toutes les denrées qu'on y avait trouvées. Malgré cela la viande et le pain avaient atteint des prix inusités et chaque matin des artisans, des laboureurs, qui jusque-là avaient vécu de leur travail, se présentaient devant la maison du St-Esprit pour demander l’aumône.
   Les consuls en firent arrêter trois cents qui reçurent l'ordre de sortir de la ville pour n'y plus rentrer et on leur donna pour logement une grange au Gay-Déduit, à la charge pour eux de se nourrir comme ils pourraient.
   En même temps les consuls prirent une autre mesure plus rigoureuse encore. Quantité de paysans, d'artisans et d'étrangers au nombre de huit cents, s'étaient réfugiés à Riom depuis environ deux ans sans y posséder aucune propriété. Ils logeaient un peu à l'aventure, les moins pauvres avaient loué quelques maisons dans les bas-quartiers, les autres couchaient dans les étables. A la réunion du conseil de santé du 16 août, les consuls émirent l'avis qu'il fallait purger la ville de " ce tas de fainéants. " Sans qu'il s'élevât dans cette assemblée, que la douleur rendait implacable, une seule protestation, on arrêta que dans la huitaine tous les étrangers désignés dans la requête des consuls videraient la ville et comme beaucoup de propriétaires étaient liés par les baux, l'Assemblée décida " qu'au moyen de la même ordonnance, tous les baux demeureraient sans effet pour non faits et non avenus ".
   Ces déterminations exceptionnelles redoublèrent chez tous l'épouvante et la consternation. Chaque jour voyait s'éclaircir les rangs des personnes dévouées qui avaient donné l'exemple du courage et de la fermeté.
   Trois des Consuls étaient encore à leur poste, le quatrième avait été transporté aux cabanes. Quant aux commissaires de santé, tous avaient disparu, les uns étaient morts, d'autres étaient malades, d'autres enfin étaient partis avec leur familles, seul le bourgeois Soubrany était resté à son poste.
   On procéda à d'autres élections, mais les nouveaux commissaires étaient loin d'avoir l'autorité de ceux qu'ils remplaçaient. Aussi de graves désordres se produisirent-ils dans la ville pendant les derniers jours de septembre. Le peuple, irrité contre ceux qui l'abandonnaient au lieu de souffrir avec lui, excité par la privation des vivres, par les douleurs de toute nature, se mit en pleine révolte.
   La nuit, les maisons étaient pillées ouvertement, les hallebardiers chargés de maintenir l'ordre étaient frappés et les malades des cabanes, profitant du désordre, entraient par bandes dans la ville.         Enfin le mal était à son comble, lorsque le syndic de l'importante corporation des tanneurs, nommé Escole, s'offrit à remplir gratuitement la charge de chevalier du guet et à maintenir le peuple dans son devoir. C'était un homme déjà avancé en âge, mais il était connu pour son énergie peu commune et il jouissait de la vénération publique.
   Le conseil lui donna donc de pleins pouvoirs.
   Sans perdre de temps, Escole réorganisa la milice urbaine, l'augmenta et se mit en mesure de repousser la violence par la violence. Désormais, contre tous ceux qui enfreignaient les ordres du conseil, contre tous ceux qui se livraient au pillage, il n'y avait plus qu'une seule peine appliquée : la mort. Quelques rebelles assemblés en bandes furent traqués dans une maison du bourg de Mozat, où ils voulaient tenter de se défendre, et passés par les armes. Les malades échappés des cabanes, qu'on rencontrait dans les rues de la ville, étaient également mis à mort sur-le-champ.
   Grâce à cette énergique attitude, l'ordre fut promptement rétabli et la ville reconnaissante expédia au sieur Escole des lettres de remerciements, les mois d'octobre et de novembre furent les plus douloureux pour la malheureuse cité. Les décès se multipliaient au point qu'on ne trouvait plus d'ouvriers pour faire les fosses et on enterrait les cadavres dans la neige.
   Au milieu de toutes ces calamités le premier consul tomba malade et fit transporter au château de Chazeron, presque en même temps les consuls Dallemaigne et Bernard furent atteints et succombèrent.
   En leur absence quelques citoyens dévoués consentirent à s'occuper des affaires publiques, mais leurs décisions ne laissèrent aucune trace. Les secrétaire de la ville étaient morts, on ne tenait plus de registres de délibérations et de fait on ne délibérait plus, on agissait selon les exigences du moment.       De même que les offices divins se célébraient sur les places publiques, de même les rares réunions du conseil de santé avaient lieu au milieu du carrefour des Taules ou dans la basse-cour du palais et celles du corps de ville, dans les vastes prairies au devant de Bonnefille, à mille pas environ des remparts.
   Tout portait évidement l'empreinte sinistre d'un découragement général : les églises étaient pleines d'ex-voto, des cierges brûlaient nuit et jour aux lanternes de toutes les madones, mais, voyant tant de vœux inexaucés, les plus fervents sentaient la prière se glacer sur leurs lèvres et tombaient dans une langueur mortelle.
   Cependant, dans les premiers jours de décembre le fléau diminua subitement d'intensité et, le 15, les rapports présentés au conseil de santé indiquaient une amélioration tellement sensible que peu à peu les mesures de rigueur furent presque toutes supprimées et les derniers habitants des cabanes furent autorisés à rentrer dans leur logis.
   La Framboisière avait déjà quitté la ville. Les portes furent ouvertes aux étrangers et, les marchés reprirent leur cours ordinaire.
   Toutefois la misère était grande et les impositions se payaient avec peine même avec les plus riches.
   Le 21 décembre les consuls convoquèrent l'Assemblée générale à Bonnefille et exposèrent qu'ils n'avaient pu lever que le quart des impôts. Il y fut décidé que M. le Président Combes ferait un voyage en cour au plus tôt pour obtenir du Roi la décharge des tailles de l'année 1631 et de deux ou trois autres.
    " Mieux que personne, disait la délibération, il sait les misères de la ville pour les avoir vues par ses yeux, il sait le nombre des corps morts(1) et peu seul rendre compte de ce qui est arrivé durant la maladie en cette ville, où il est demeuré très-utilement pour le bien public et particulier des habitants " 
Hippolyte Gomot.

1) 3500 personnes sont décédées en 7 mois soit un tiers de la population.



   Sources : extrait de  : Chroniques de Riom par Hippolyte Gomot le 10 août 1874  © Textes et Photos Regards et Vie d'Auvergne.Vous pouvez laisser un commentaire au bas de l'article.

1 commentaire:

  1. Très intéressante fin de série, à comparer avec ce qu se passe actuellement avec le Covid-19.

    Savez-vous si à l'époque d'autres villes ou bourgs ont été touchés Par la peste noire ? Je pense à Clermont-Fd, Montferrand, Aigueperse ou Artonne par ex

    RépondreSupprimer

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