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    15 octobre 2013

    De l'arrière saison. (Poème)


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    De l'arrière saison.


    Automne

    Parce que les bouleaux effeuillent sur la route
    De jaunes petits cœurs et parce qu'au matin
    La toile d’araignée en capturant les gouttes
    De la blanche rosée éblouit le jardin.

    Parce qu'une aile noire à côté d’une autre aile
    En s’ajoutant toujours change en fils d’hirondelle
    Les fils du téléphone au-dessus des maisons ;
    Parce qu’un brouillard mauve habille l’horizon.

    Automne

    Et parce que les pas sur le chemin montant
    Froissant le serpolet ne chassent plus autant
    De papillons cendrés, qui sont bleus s’ils s’envolent ;
    Parce que les enfants retournent à l’école.

    En longs tabliers neufs, j’entendrai dire un jour
    D’un certain air songeur : « l’Automne est de retour !... »
    Et d’avoir entr’ouvert mon cœur à son attente,
    A l’heure où les moutons ennuagent les sentes
    Il fera sur le soir, doux et triste à la fois
    Comme si le ramier roucoulait dans le bois.

    Automne

    Je pense à la montagne, au calme cimetière
    Où vont finir un soir les rêves paysans
    Sous le tassement lourd des glaises nourricières,
    A deux pas des labours aux couleurs de bruyère,
    A deux pas des forêts aux couleurs de safran.

    Sous la brume d’argent et sous le ciel d’étain
    Je pense au cimetière en ce soir de Toussaint,
    Où n’entre plus d’un bond la chèvre aux yeux de folle
    Depuis qu’aux jeux du vent, les feuillages s’envolent
    Et ne peuvent offrir la saveur des sureaux
    Par-dessus le mur bas chargé de leur fardeau.

    Automne

    Sous la brume d’argent et sous le ciel d’étain
    Je revois ce mur fait comme un mur de chemin
    Qu’une mousse livide a rongé de sa lèpre.
    Sous l’essor de la cloche, appelant pour les vêpres,
    La porte qui miaule en dérouillant ses gonds
    Pareille à la chouette aux ruines des maisons ;
    Les croix ouvrant leurs bras en un geste qui prie
    Et les petits talus sous l’herbe et sous la pluie.

    Automne

    Sous la brume d’argent et sous le ciel d’étain
    Je songe au cimetière aussi vert qu’un jardin ;
    Au doux orphelinat que la sœur Blanche endeuille
    Comme un rang de fourmis étiré sous les feuilles ;
    Aux vieilles, dos voûtes sous le châle et qui sont
    Des regrets sans révolte à côté des sillons,
    A la procession qui moutonne et moutonne
    Derrière un prêtre en noir, berger de ces bergers ;
    Aux deux enfants de chœur, visage en fruits d’automne
    Dont les surplis sont comme du carton gaufré
    Sur les doigts violets ; au chantre sacristain
    Clamant au fil de l’heure un barbare latin
    Sous la brume d’argent et sous le ciel d’étain…

    Marguerite Sapy





    Source: L'Auvergne Littéraire, Marguerite Sapy, 1934.
                  Photos © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
               Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne et de ceux qui ne la connaissent pas.





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