Le Bougnat d'Auvergne.
Il vient de la Lozère, de l’Aveyron ou du Cantal.
Il a les yeux bruns, la peau brune, les cheveux bruns.
Les premiers brouillards froids d’octobre l’amènent à Paris. Dans un réduit sombre, sans air, où voltigent les dangereuses poussières de charbon, il trie l’anthracite, le belge, l’anglais, celui de la Ruhr le « flambant », les boulets, et prépare méticuleusement les sacs de cinquante kilos.
Puis, le chef couvert d’une grosse toile et portant son lourd fardeau, il parcourt les rues du quartier et monte des étages et des étages. Ses fortes
semelles cloutées claquent sur le bitume et dans l’escalier des maisons modestes.
semelles cloutées claquent sur le bitume et dans l’escalier des maisons modestes.
Il arrive au cinquième étage, point essoufflé.
-« Bonjour, c’est le charbonnier »
Et il pose là sa charge. Délicatement.
Si vous lui offrez un verre, il s’excuse :
-« Merci, j’ai trop l’occasion… »
Et puis, il a encore un grand nombre de fois cinq étages à monter : le temps presse et il ne veut pas avoir le souffle court, ni les jambes lourdes.
Demandez-lui d’où il est.
-« D'Auvergne », vous répondra-t-il.
-« Mais de quel endroit d'Auvergne ? »
-« Du Cantal ! Vous connaissez ? »
Dame, il se méfie ! Il n’est point bavard. Mais si « l’on connaît », sa figure s’éclaire :
-« Adounca, moussur, parlas patois ? »
Et la prochaine fois, quand il vous livrera l’anthracite, il vous dira, à mi-voix, d’un air entendu :
-« Je vous ai mis "de la bonne " ! »
Vous avez un ami de plus ;
Quand il s’éloigne, son pas redevient léger et, trois marches par trois, il « dégringole » l’escalier, le sac vide sous le bras. Un saut marque chaque étage : boum, boum, boum. Troisième étage, deuxième, premier…
Lorsque vous le rencontrez dans la rue, il ne vous voit pas ; il ne voit que le trottoir, sa tête étant inclinée par le poids du fardeau qu'il porte sur sa nuque. Il a l’air, avec son capuchon de toile grossière fait d’un vieux sac, d’un pénitent noir, tout noir, de peau, de cheveux, d’habits. Seules ses dents font une jolie tache claire dans son visage : confetti blancs dans un bol d’encre.
Quand les beaux jours sont revenus, il retourne au pays où les travaux de la terre l’attendent.
Il a l’air heureux.
Et il l’est.
Ses vêtements sont propres, sa peau claire, ses cheveux bien peignés ; il est méconnaissable.
Et, dans une poche de son portefeuille, dorment bien sagement des billets de banques pliés avec soin qu'il rapporte à la vieille maman ou à la jeune épouse, restées là-bas, quelque part, dans la Lozère, l'Aveyron ou le Cantal.
Sources: Auvergne littéraire, 1934.
© Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne, et de ceux qui ne la connaissent pas.
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