mardi 5 août 2014

Clermont-Ferrand, bombardements de l'usine Michelin de Cataroux en 1944.

Clermont-Ferrand, Mars 1944.


Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.
Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.

 Les jours étaient encore froids et courts, le printemps n'était pas encore là. Les habitants de Clermont-Ferrand comme tous les Français de cette époque, vivaient durement cette cinquième année de guerre. Principale industrie, les usines Michelin avaient dû elles aussi se plier aux ordres de l'occupant et consacrer l'essentiel de leurs activités à la fabrication de pneumatique pour équiper le matériel allemand. Des bruits circulaient depuis déjà pas mal de temps que les alliés voulaient absolument détruire ces installations pour affaiblir la logistique de l’ennemi lors d'un débarquement. Aussi un soir, quand la population entendit vrombir  les moteurs d'avions ils s'attendaient au pire, puisque la totalité des usines Michelin : les Carmes, Estaing et Cataroux sont en zones urbaines. Mais les premiers vols n'étaient que l'annonciation d'un déluge de bombes imminent. Dans la soirée du 16 mars 1944 la capitale auvergnate et son agglomération ont été la cible de largages bien pacifistes. Du ciel tombaient des milliers de tracts, que les gamins amusés de cette pluie s'empressaient de ramasser, avertissant les habitants du danger et les invitant à évacuer les zones sensibles au plus vite. Les maisons et immeubles près des usines devenaient des cibles faciles, la défense passive organisa donc rapidement l'évacuation et la mise en sécurité des habitants contraints de partir avec le minimum de bagages. La ville de Clermont-Ferrand étant construite sur d'anciens vestiges moyenâgeux transformés en caves sur plusieurs niveaux,  ils servirent souvent et très efficacement d'abris pour de nombreuses familles.

Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.Dans la nuit après 22 h, commencèrent comme prévu les opérations tant redoutées par les uns, attendues par d'autres. Premier signe que le fameux jour J et l'heure H étaient arrivés, les sirènes hurlèrent dans toute la ville et une activité anormale était visible dans toutes les rues.  Second épisode,  l'aviation anglo-américaine dans un ballet incessant commença par inonder le ciel noir de centaines de fusées éclairantes, donnant au site un ton blafard et fantastique. Le bruit grandissant  des avions qui grondaient comme le tonnerre, les fusées tombaient du ciel comme des éclairs de feu. L'atmosphère soudain était devenue étrange, irréelle, les derniers habitants incrédules d'abord, puis affolés, se précipitèrent pour  se mettre aux abris. L'armée allemande en alerte envoya aussitôt ses "Messerschmitt" venant d'Aulnat pour contre-attaquer. Les bases de défenses avec leurs "Flak" batteries antiaériennes sur les hauteurs de Clermont furent elles aussi mises en oeuvre et arrosèrent le ciel en tous sens par des tirs de barrage d'obus de 88 mm. 

Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944. Cette fois, c'était du sérieux, qu'allait-il rester de Clermont après ce déluge de mitraille, la bataille ne faisait que commencer. Soudain,  un grondement assourdissant fît tout vibrer, sortant des nuages, une escadrille de bombardiers britanniques de la Royale Air Force, RAF,  les Avro-Lancaster énormes forteresses volantes pilonnèrent la cible de Cataroux. Avec leurs 4 moteurs Rolls-Royce Merlin de 1280 chs, équipés de 8 à 10 mitrailleuses, ils pouvaient emporter des bombes de 500 kgs à 1 tonne.  Ces 21 avions appartenaient en partie à l'"escadron 106" et au fameux   "617 Squadron"  les célèbres "Dam-Busters" "briseurs de barrages". Ils étaient les seuls capables de tirs de grande précision, pouvant détruire l'usine au milieu des bâtiments civils. Les passages à basse altitude pour larguer leurs bombes incendiaires ou explosives n'étaient pas faciles car la ville est adossée aux pieds des monts de la chaîne des Dômes, et du plateau de Gergovie. Encore une fois,  les aviateurs Anglais ont montré tout leur talent dans cet exercice pour lequel ils étaient spécialement formés.

Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.

   Au petit matin, les premiers badauds découvraient avec stupeur l'étendue des dégâts. De folles rumeurs couraient, "les Allemands ont rasé Michelin", "les Allemands ont rasé la moitié de la ville..." Sous leurs yeux incrédules, l'usine de Cataroux construite en 1907 sur 50 hectares est pratiquement rasée.Tout n'est que ruines, fumée, ferrailles tordues, murs renversés, eau et vapeur qui giclent de conduites béantes. Tous les stocks, matières premières, machines et outils  sont détruits, des milliers de pneus sont partis en fumée.  Les ouvriers qui ont travaillé durement toute leur vie dans ces ateliers parfois noirs et insalubres ont des larmes dans les yeux, "leurs" ateliers : Z ou OPK ...ne sont plus que ruines et poussière.


Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.


   Malheureusement pour les civils aussi les pertes sont importantes,  certains vont  découvrir avec stupeur au milieu des routes et rues défoncées, les dégâts sur  leur maison, immeuble,  environ  300 seront touchés voire détruits complètement.
Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.  Les quartiers populaires voisins pour la plupart des "cités Michelin" aux si jolis noms : Chanteranne, Chanturges, Champfleuri et le vieux Montferrand tout proche ont été touchés par quelques bombes "perdues". A plusieurs kilomètres de là, on retrouvera même une poutrelle métallique dans le clocher de l'église  sainte Anne de Montjuzet.

  On devait déplorer hélas,  aussi des victimes, officiellement 19 morts, 30 blessés, plusieurs centaines de sans domicile. Le Maréchal Pétain se rendra lui-même sur les lieux pour soutenir les victimes et rendre visite aux blessés à l'Hotel-Dieu de Clermont-Ferrand, ainsi que se recueillir à la chapelle ardente dressée pour les victimes. 



Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.

Les immeubles voisins de l'usine sont eux aussi touchés, éventrés, des toits soufflés et des pans de murs restent à peine debout.


Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.

Les murs sont tombés, le spectacle est partout bien visible.

Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.

Tas de ferrailles et de bois, il ne reste plus grand-chose de ce géant de la technique industrielle, seuls au loin les fantômes des ateliers.



Usine Michelin de Cataroux le 17 mars 1944.

Charpentes tordues, murs effondrés au loin les fameux toboggans "va-et-vient". où les pneus montés sur des chariots sont testés en faisant des allers et retours incessants jour et nuit.



Sources: Photos exclusives et textes : © Alain Michel Regards et Vie d'Auvergne.
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