jeudi 5 mars 2015

Les Auvergnats de Paris : ceux de la ferraille.

CPA Ferrailleurs Auvergnats de Paris

Ceux de la ferraille.


"Aurillac est la reine du cuivre rouge aux chansons métalliques."

   Les Auvergnats ont toujours eu au cœur l'amour du métal. Ce sont eux qui ont appris aux Bulgares à battre le cuivre. Mais peut-être ne furent-ils pas contents de leurs élèves, puisqu'ils ont fait de "Bulgare", par une virile contraction, le mot "Bougre", qu'il faut entendre prononcer par un Cantalien en colère: c'est une explosion et un roulement, un tonnerre.
Et lorsque, au cours de fouilles,
on découvre des armes gauloises, on constate que le bouclier fut adroitement travaillé et que la large épée dut être bien solide, avant que les ans n'en vinssent à bout.
Il faut rechercher dans cet amour pour la métal un atavisme qui remonte peut-être à l'âge de bronze.
   Vers 1890, de rudes gars du Falgoux, du Vaulmier, de Saint-Vincent et de Trizac, de Moussages et de Riom-ès-Montagnes, arrivèrent à Paris, riches de leur seul courage. Ils couchaient à six, à dix, dans des chambrées à huit sous la nuit, et le dernier rentré devait enjamber trois ou quatre dormeurs avant de gagner sa place. A l'aube, ils étaient passage Thierré et allaient livrer à la fonderie de Saint-Denis de lourdes voitures de ferrailles chargées à en faire casser les roues, et qu'ils tiraient de l'épaule et du corps sur le pavé parisien, moyennant un salaire assez maigre, sur quoi ils trouvaient pourtant le moyen de faire des économies pour s'établir un jour. Ce jour vint pour les forts, c'est à dire pour beaucoup. Ils eurent une remise ou ils travaillaient, seuls avec leur femme, dans d'obscurs rez-de-chaussée, ou, parfois avec un jeune commis. Patiemment, les ferrailles étaient démontées, triées, empilées; les tas montaient chaque jour, comme une crue lente mais régulière, et, quand il y avait une certaine quantité de métal, ils allaient le vendre à la fonderie.
   Puis l'industrie métallurgique se développa, les déchets augmentèrent, et les ferrailleurs achetèrent la tournure de cuivre, l'aluminium, le laiton par tonnes aux usines, payant comptant et vendant à terme. Pour enlever, il fallait arriver le premier.
Et le petit ferrailleur qui dormait en chambrée eut des entrepôts, des camions poids lourds, des bureaux modernes et des courtiers. 
Mais croyez-vous que le succès le grisa ? Point du tout.
Un jour, l'un d'eux, et l'histoire est authentique, envoya un de ses représentants en province pour y traiter une grosse affaire (plusieurs centaines de milliers de francs). Fier de la confiance témoignée par son patron, l'envoyé lui dit:

"Je vous télégraphierai immédiatement le résultat !"

"Pourquoi, lui fut-il répondu, pourquoi dépenser inutilement de l'argent, alors qu'avec un simple timbre vous me le ferez aussi bien savoir ?"

  Après la guerre, un ferrailleur de Saint-Denis acheta toute la mitraille d'un grand nombre de champs de bataille; douilles d'obus en laiton, aluminium, cuivre rouge, acier, etc. Une nuée de récupérateurs travaillèrent pour lui. Or cet homme ne savait pas lire, et par le fait même, pas écrire. Mais il savait compter. Et il gagna, en quelques années, plusieurs dizaines de millions, en ayant su rester simple comme à ses débuts. Je n'écris pas là un conte Persan: tous ceux de la ferraille connaissent l'histoire.
   Et cet autre, établit dans le Nord, Son entreprise a une curieuse raison sociale. Il y a dix ans seulement, cet Auvergnat était bouvier dans la région de Murat; Il quitta sa  montagne et eut l'idée d'acheter les voitures hors d'usage. Après avoir retiré le cuivre, le bronze, l'aluminium, le nickel, il passe ces voitures au pilon, comme on fait, dans les imprimeries de journaux, pour les déchets de papier qui sont serrés en bottes compactes. Une automobile ainsi traitée est réduite en un parallélépipède plat d'un mètre de côté environ sur quelques centimètres d'épaisseur. Dix ou douze voitures ne représentent donc qu'un volume d'un mètre cube. Et dans le chantier, on peut en loger des centaines. 
Mais cet Auvergnat ne s'en est pas tenu là. Il y a quelques mois, il achetait les vieilles voitures pour des sommes variant entre dix et cent francs, et en vendait des neuves à la place. Histoire Américaine ? Mais non. L'industriel dont je parle emploie exclusivement des manœuvres non spécialisés, et a fait, dans son quartier, baisser le chômage dans des proportions telles que la maire de Lille l'a remercié au nom de la municipalité.


CPA Ferrailleurs Auvergnats de Paris


   Et encore celui-ci qui, à vingt ans, possédait mille francs et étudiait l'anglais dans une petite chambre meublée à huit francs par mois. Après la guerre, il importait en Belgique des minerais d'Indochine. Les transports manquaient. Pour ne pas se trouver grillé par les concurrents, il acheta une flotte qui fit exclusivement pour lui le trafic entre Haïphong et Anvers. Cet homme, il y a quelques années, avait à son service une centaine d'employés logés dans un vaste hall où il travaillait lui même, au grand jour, sous le regard de tous. Les ordres des courtiers étaient transmis par lettres, par téléphone, par câble, sans qu'il entrât un kilogramme d'antimoine ou de zinc chez ce commerçant génial. Swanze , non encore. cet homme, je le connais. il habite Liège.

   La crise, hélas, est venue pour les ferrailleurs comme pour tout le monde. Le cuivre dort dans le quartier de la Roquette, comme l'or dans les caves de la Banque de France. Mais ceux qui le détiennent pratiquent les vertus de leur race, si bien définies par Henri Pourrat:
"Se taire, attendre, et ne jamais lâcher. Il peut arriver n'importe quoi à un homme: la seule honte, c'est de perdre cœur"

   C'est avec de telles vertus qu'on vient à bout de tout. Et la crise elle même finira par se lasser.



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Ceux de la ferraille.





Sources: L'Auvergne Littéraire, Artistique et historique, 1924.
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