lundi 1 juillet 2013

Visitons Les Lacs d'Auvergne.


  Lacs d’Auvergne.

 
Lac d'Auvergne : le Pavin
Le lac de Guéry.
"C’est au-dessus des vallées où grondent les torrents que les lacs, ces clairs et humides regards de l'Auvergne, brillent."

   "Près des nuages, ils tremblent au fond des cratères des volcans éteints, dans le creux des prairies aériennes et les replis des landes venteuses.
Ils sont les très lointains cousins des lacs élégiaques (1), classiquement voilés de frémissants feuillages, dont les rives s’incurvent avec des élégances mignardes.
Les grâces mièvres sont bannies de leur coupe et, dans leur onde austère, les frondaisons fastueuses, les chalets, les villas blanches, les jardins, les charmilles ne se mirent pas.
D’une beauté plus mâle, en lacs montagnards, farouches, taillés robustement en pleine pierre, ceux d'Auvergne offrent avec un geste brusque, leur eau vierge au large baiser du ciel."


 
lac d'Auvergne : le Gour de Tazenat
Le Gour de Tazenat.
    "Animant d’un persistant reflet de métal, les cratères où bouillonnaient jadis les laves, ils dorment, fiers de leur servage, dans d’étroits colliers de scories, de ponces, de phonolites : roches aux teintes de cendre, de flamme et de fumée que des bulles d’air en crevant criblèrent de trous. Et ces lacs de cratères, sont une synthèse saisissante de l’Auvergne, terre de contrastes, puissamment frappée au coin de la rudesse et de la douceur.


  Cependant, tous les lacs d'Auvergne n’ont pas élu la gueule noire d’un volcan.
Certains, d’humeur pastorale, se rident dans les boutonnières de roc dont la peau verte des pâturages est crevée ; d’autres, hirsutes, barbus, couverts de joncs et de roseaux croupissent dans les landes, sur le granit.
La plupart logent dans d’anguleuses coquilles de basalte, sous la lumière du ciel : tout nus !
Et si, d’aventure, quelques arbres les vêtent de feuillages, ce ne sont pas les bouleaux graciles en gaines d’argent ou les saules éplorés, mais plutôt les hêtres, les sapins bardés d’écorce dure, qui guerroient sur les cimes balayées par les vents. Sous cette double couronne de pierre et de ramures, les lacs chargés de ténèbres, luisent sinistrement…
Quel que soit le décor dans lequel leur liquide orient(pierre précieuse) est enchâssé, les lacs d’Auvergne, loin des vallées humaines, des villes fumeuses, des bourgs et des villages, s’enivrent du silence des solitudes montagnardes."


 
lac d'Auvergne : le lac d'Aubusson.
Le lac d'Aubusson.
   "Seul le vent des monts qui souffle, gémit, gronde, hurle autour des Puys et des Plombs (2), apporte aux lacs, à ces reclus des Thébaïdes (3) de pierre, les odeurs et les bruits du monde. Inlassablement, il roule dans ces entonnoirs, les résineux et verts parfums des forêts, les arômes mielleux des prairies ; il jette dans ces conques tout le butin de ses lointains maraudages, meuglements des troupeaux, tintinnabulement de sonnailles, chants sonores de pâtres, appels de cornes d’autos, halètement de locomotives poussives en difficulté au flanc de quelques pentes.
Mais lorsque le vent rôdeur s’en est allé, on ne sait où, un silence pesant choit sur les lacs.
Nulle brise ne les ride, aucune ombre ne passe sur leurs surfaces polies comme celles des bains d’étain, car les nuages, ballons captifs à l’ancre, se reposent de courses effrénées.
Le voyageur, que ce silence et cette rigidité de l’eau, plus terrible encore que celle de la pierre, angoissent, se hâte de se soustraire à l’envoûtement de ces anneaux enchantés ; aussi est-ce avec un sentiment de délivrance qu’il retrouve la forêt, la lande, la prairie étincelante d’insectes et pleines de chants d’oiseaux.
 Pourtant, malgré leur apparente immobilité, les lacs vivent. Une force obscure en eux sommeille. Leurs eaux tourbillonnent, se creusent soudain, aspirées par d’invisibles suçoirs."


 
lac d'Auvergne : le lac Chauvet.
Le lac Chauvet.
   "Dans les profondeurs lacustres, longtemps réputées insondables, tout un monde mystérieux repose enseveli ; elles gardent jalousement les pierres de couleurs, les végétaux des ères géologiques qui lentement se carbonisent ; et puis, elles recèlent peut-être encore les palais merveilleux aux murs liquides, les cavernes rocheuses que hantent les « Fades  et les  Dracs (4) ».
   Chaque lac possède ses légendes terribles ou douces…on se les raconte toujours là-bas aux veillées…
Les enfants du voisinage, peureusement évitent ces eaux stagnantes ; plus tard, devenus de hardis adolescents, ils ne craindront pas de se baigner dans les lacs, mais ils ne pourront jamais vaincre la tenace survivance des terreurs anciennes, qui les poussera, la nuit, à se détourner de leurs bords.
L’homme trouble rarement la quiétude des lacs. De temps en temps, quelques chasseurs à l’affût surveillent ces mornes eaux où viennent s’abattre toute l’année les vols de canards et les oiseaux migrateurs, lors des passages saisonniers. Des pêcheurs tendent également des filets dans ces viviers naturels, mais le plus souvent, la barque massive reste immergée près de la vanne moussue dont les chaînes se rouillent ; les pâtres, durant les brûlantes journées d’été, y mènent boire les troupeaux par des pistes immuables marquées par les sabots des rouges Salers. L’hiver, ils sont pris par les glaces, et, hormis les hardes de sangliers, nul ne les visite."

lac d'Auvergne : le lac Chauvet.
Le lac Chauvet.

     " Tous les quatre ou cinq printemps, les écluses des lacs de faible volume s’ouvrent ; l’eau s’évade par le canal, déborde des « rases », ruisselle le long des prés et va se perdre dans la proche rivière, alors sur les roches gluantes parmi les grappes de grenouilles, les hommes raflent à pleines mains les poissons frétillants ; les lacs retentissent durant plusieurs jours de chants et de cris, et, vidés, sales, honteux, retombent dans un funèbre silence ; le soir, on dirait qu'ils pleurent leurs eaux échappées et leurs hôtes, car une plainte s’élève de leurs rives : le chœur des grenouilles coasse les Amours Nouvelles…
Malgré leur rudesse, une timide douceur persiste dans les lacs d'Auvergne ; ils sont de la couleur changeante de certains yeux gris de femmes et rendent sensibles la teinte des jours et des saisons.
Dans les nuits sereines, ils égalent en profondeur violette, en scintillement, les firmaments les plus étoilés. A l’aube, ils semblent respirer ; une haleine blanche ternit leur surface à l’instar des vapeurs qui obstruent le ciel. Les soleils allument de rouges incendies dans leurs eaux. Et du sommet de quelques Puy, par les après-midi de canicule où l’air surchauffé danse, les yeux, hallucinés, voient bouillir, dans les cuves étincelantes comme les cuivres du Cantal, les laves ardentes des volcans réveillés.

   Mais les lacs ne reflètent pas toujours les soleils, les lunes, les étoiles, les nuages en marche ; souvent, des brumes pluvieuses les enveloppent ; alors, ils n’ont même plus au-dessus de leur coupe, le rond, lumineux comme un nimbe, du ciel familier."






 1-Elégiaque: mélancolique, plaintif.
  2- Plomb: en Auvergne, massif de montagne de forme arrondi, le Plomb du Cantal: 1855m.
  3- Thébaïde: solitude profonde, lieu désert, de Thébes lieu désert d'Egypte.
  4- Fades et Dracs: en Auvergnat fous, démons, malins, farçeurs, moqueurs.


Lien vers article similaire dans ce blog : Le lac d'Aubusson.



Sources: texte: Auvergne littéraire, au Pays d'Artense.
               Photos: © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
                Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne et de ceux qui ne la connaissent pas.





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