mardi 14 mai 2013

L'Auvergne sous la Révolution : à Montferrand, Puy-de-Dôme.

Cris et propos séditieux : à Montferrand.



Le 16 fructidor, an IV (2 septembre 1796)
 

Montferrand
   -Marguerite Degrange, veuve de Jean Bouchet, cultivatrice à Montferrand, âgée de 80 ans.
Est prévenue de : provocation au rétablissement de la royauté par des cris de : « Vive le Roi ! »
Mon Dieu ! Durant 60 ans de sa vie elle a était habituée à proférer et à entendre ce cri de : « Vive le Roi ! » C’était le cri populaire aux jours de fête, dans les réunions publiques, aux solennités nationales. Autour de son berceau on avait crié : « Vive le Roi ! » pour l’avènement du jeune monarque Louis XV ; sa première communion, son printemps de jeune fille, l’épanouissement de ses 20 ans s’étaient accomplis au son de ce cantique dynastique. Toutes les poitrines françaises criaient «  Vive le Roi ! » lorsque, à l’époque de la victoire de Fontenay, elle avait ceint sa couronne de fiancée. L’avait-elle assez acclamée Louis le Bien-Aimé ! Il y a quatre ans à peine n’avait-elle pas, avec la Nation toute entière, acclamé Louis le Père du peuple ! Et personne n’avait trouvé à y redire.
Georges Couthon
Georges Couthon.
Elle ne fréquentait pas les Cours, la pauvre paysanne. Le Roi pour elle c’était celui qui gouverne. Peut-être aurait-elle criait « Vive le Roi ! » en voyant passer Couthon porté dans sa chaise curule (1) de cul-de-jatte.
Quoiqu’il en soi, elle avait criée : « Vive le Roi ! » le 29 germinal an IV, dans la rue Saint-Pierre, à Montferrand ; le lendemain, elle avait répété cette exclamation devant l’hospice de l’Humanité souffrante. On radote à son âge. Pour avoir commis un pareil forfait, il fallait qu’elle fût folle, ou ivre ou scélérate.
   C’était l’avis de Pierre Varton, commissaire de police de la section de la Liberté ; C’était celui de Charles Gorce, prêtre assermenté, qui avait entendu le blasphème. Ce fut celui de Benoit-Hector Chapsal, directeur du jury, qui l’envoya reposer, sur la paille de la maison d’arrêt, sa tête chauve.
Heureusement qu’une lueur de raison brillait encore sous son crâne dénudé, car, trouvant la porte de la prison ouverte, soit par mégarde, soit à dessein, elle en profita pour aller faire un tour à la campagne.
 
  Ce fut donc par défaut que, le 16 fructidor an IV, le Tribunal criminel, déclarant que l’octogénaire avait agi dans une intention criminelle, la condamna à deux ans de réclusion.

    Siégèrent : Prévost, Président,
                      Tournaire, Rougier, Fayard et Baret, juges.


1) Chaise curule, croisement de deux bras pliables  incurvés, symbole de la magistrature





   Sources : Le Tribunal Criminel du Puy de Dôme, Marc de Vissac, 1897.
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