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jeudi 19 novembre 2020

Quelques réflexions sur les noms des rues et places publiques à Clermont-Ferrand.

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 Texte de Francisque Mège, 1865. (1/2)


Plan de Clermont-Ferrand


   En ce temps de grandes améliorations locales proposées, projetées, exécutées, ou en cours d'exécution, il paraîtra peut-être d'un bien mince intérêt de venir parler de la dénomination des rues et places publiques. A première vue la chose est de peu d'importance, c'est vrai. Si l'on n'envisage les noms des voies publiques que comme un moyen d'en faciliter l'indication, il importe peu qu'une rue s'appelle de tel ou tel nom, on pourrait même simplifier en désignant, comme en Amérique, je crois, chaque rue, chaque place, par un numéro ou une lettre de l'alphabet.
   Mais un nom de rue n'a pas seulement pour objet de servir d'indication et de faciliter les relations et correspondances. Comme toutes les villes ne sont pas assez riches pour ériger des statues ou des monuments commémoratifs aux hommes qui leur ont communiqué l'éclat de leur célébrité, il est passé dans l'usage de désigner les voies publiques par les noms de ces hommes. C'est un moyen à la fois plus facile et moins onéreux de payer une dette de reconnaissance, d'honorer le mérite et de rappeler en même temps à toutes les classes de la population le souvenir des illustrations locales.
C'est en se plaçant à ce point de vue que le Conseil municipal de Clermont-Ferrand ferait bien, à mon avis, d'opérer une révision des noms des rues et places de notre ville. Déjà en 1820 un arrêté municipal avait changé les noms d'une quinzaine de nos voies publiques. Mais depuis on avait négligé presque totalement cette partie pourtant intéressante de la voirie.
   Ce n'est pas cependant que tout soit pour le mieux sous ce rapport, dans notre bonne ville de Clermont.
   Il y a d'abord à dénommer les rues et places qui n'ont aucun nom : ce sont, sauf erreur :
1° La place neuve où aboutissent la rue Blatin, la route de Chamalières et la rue du Bois-de-Cros.
2°La rue où se trouve la chapelle évangélique, qui va de la rue Blatin à la rue Fontgiève.
3° La place où ce tient le Marché au bois de chauffage.
4° La rue qui part de la rue Fontgiève, près la maison Bonnabaud, et se dirige dans le quartier Saint-Alyre, on la désigne quelquefois sous le nom de Rue des Hospices.
5° Le tronçon de rue qui de la Place Désaix débouche sur la rue Ballainvilliers en face du Marché au blé.
6° Le nouveau boulevard qui, partant de la route d'Issoire, passe sous le Jardin des plantes et l'Hôtel-Dieu et arrive à la route de Bordeaux en face du nouveau Marché des Salins.
7° L'avenue, en cours d'exécution, qui de la barrière de la Croix-Morel se dirige directement sur l'entrée de la Gare du chemin de fer.
8° La rue ou chemin qui de l'avenue de la Croix-Morel va aboutir à l'entrée de la nouvelle caserne de cavalerie sur l'avenue centrale.
Puis il y a des noms des anciennes rues à revoir, et, s'il est nécessaire à changer.
Ainsi, vérification faite, je supprimerais d'abord les fautes d'orthographe. Je ne laisserais plus s'étaler sur des écriteaux des noms comme ceux-ci :

Rue des Petits-Tueries.
Place Dezaix.

   Remarquons à ce propos que Désaix est réellement malheureux à Clermont. On a estropié son propre nom, et l'on a, sur le piédestal de sa statue, à Jaude, tronqué le nom d'une des victoires qu'il a remportées. On devait écrire Kehl et non pas Kelh.
   Il y a beaucoup de noms qui ne sont aujourd'hui compris de personne. Ce sont des noms respectables, sans doute, qui ont eu leur raison d'être. Mais ils n'ont plus cours et dès lors, il faut les retirer de la circulation et les classer à part comme des médailles linguistiques bonnes à êtres consultées par ceux qui s'occupent de l'histoire de la langue. Je citerai dans cette catégorie les noms suivants : la rue Barnier, jadis Barmet, la rue Forosan, la rue des Aises, la rue de l'Ente, la rue Cadène, la rue Prévote, la rue Neyron, la rue Barbançon, etc.,etc.
D'autres noms, quoique ayant une signification compréhensible en eux-mêmes, n'ont actuellement aucune raison d'être appliqués à une rue, tels sont :
La rue de la Treille, La rue des Bons-Enfants, la rue de la Truie-qui-File, la rue du Billard, la rue Couronne, la rue des Quatre-Passeports, la rue de la Sellette, la rue des Trois-Moineaux, la rue du Cheval-Blanc, etc.
A tous ces noms je donnerais sans regret des successeurs.
   Maintenons, si vous le voulez, la plupart des noms de saints. Beaucoup rappellent de grandes vertus ou des services rendus dans des temps déjà loin de nous. Maintenons aussi certains noms qui sont incrustés dans la mémoire des habitants et qui servent à désigner tout un quartier :
La place de Jaude, Fontgiève, les rue des Gras, la place du Champgil, la rue saint Eloy, Saint-Alyre, etc.
   Mais débarrassons-nous des appellations bizarres et énigmatiques. Qu'il n'y ait plus :
De place Devant-Clermont et de place Derrière-Clermont, plus de rue des Bohèmes, rue du Sauvage, rue de l'Ange, rue du Chapon, plus de rue de l'Enfer et de rue du Paradis : l'enfer est plus peuplé et le Paradis plus beau. Qu'il n'y ait plus de rue des Aimés : nous ne sommes pas au pays du Tendre, plus de rue des chats : Clermont, que je sache, n'a pas eu de Capitole préservé par des matous.
   Pourquoi conserverions-nous une rue des Peigneurs, une rue de la Coifferie, etc. puisque les peigneurs et les perruquiers n'y sont plus groupés ?
Changeons encore des noms comme ceux-ci :
Rue de l'Ancien Cimetière, rue du Cimetière Saint-Adjutor. Les vivants n'aiment pas à se souvenir qu'ils habitent le séjours des morts.
   Ne laissons plus de rue ou Place Royale. Je n'aime pas ces rues girouettes qui, à chaque secousse politique, laissent envoler leur nom.
   Evitons les noms doubles, que la même dénomination ne serve pas à désigner deux rues distinctes et séparées, comme, par exemple, la rue de l'Etoile et la place de l'Etoile, la rue Villeneuve et le cul-de-sac Villeneuve.
   Evitons aussi d'avoir pour une même place deux appellations différentes, comme cela a lieu pour le Marché au poisson, qui porte à la fois le nom de place du Mazet et celui de place du Marché-au-Poisson.
   Supprimons enfin, pour empêcher des erreurs faciles à commettre, les noms rappelant des établissements qui ont changé de quartier. Qu'il n'y ait plus devant la caserne d'infanterie de boulevard du Grand-Séminaire, puisque le grand séminaire est établi à Montferrand. Qu'il n'y ait plus, près de l'Hôtel-Dieu, de rue du Bon-Pasteur, puisque le couvent du Bon-Pasteur est actuellement près de la rue de l'Oratoire. Qu'il n'y ait plus, près de la rue Pascal, de rue des Ursulines, du moment que les Ursulines sont allées s'établir dans l'ancien couvent des Bénédictins à Saint-Alyre.
   Voilà bien des noms à terre. C'est un vrai 93. Nous avons débaptisé bien des rues. Reste à leur reconstituer un état civil. Cela ne sera pas difficile, je l'espère. Cherchons dans nos annales, et nous trouverons d'illustres parrains. Cherchons depuis les temps reculés jusqu'au moment qui nous touche, mais arrêtons-nous là. Ne prenons pas les noms d'hommes vivants, quelque grand que soit leur mérite. On n'érige pas habituellement de statues aux vivants, la postérité n'a pas commencé par eux. 
   Bornons donc notre choix aux noms des célébrités qui ne sont plus, nous serons assez riche encore. Nous n'aurons plus, malheureusement, Pascal, Domat, l'Hospital, Désaix, puisque leurs noms ont déjà été donnés à quelques-unes de nos voies publiques. Mais au-dessous d'eux, et avec un éclat bien grand encore, bien de rares talents, bien de grands esprit se sont fait jour en Auvergne, bien des noms ont mérité de survivre.
   Pour moi, si j'avais mission de choisir des désignations dans ce Panthéon de l'Auvergne, parmi les hommes célèbres des époques antérieures à la notre, j'emprunterais leur nom à :
Jean Deschamps, l'architecte de notre belle Cathédrale.
Aycelin de Montaygut, le chancelier de France.
Pierre-le-Vénérable ou de Cluny, de la famille de Montboissier, un des hommes et écrivains les plus remarquables du douzième siècle.
Clermont-Ferrand la fontaine d'Amboise
Clermont-Ferrand la fontaine d'Amboise


Pierre d'Auvergne, évêque de Clermont et frère du cardinal-ministre de Louis XII. C'est à lui que nous devons cette belle fontaine aujourd'hui placée au croisement du cours Sablon et de l'avenue centrale du chemin de fer. Pourquoi cette avenue ne s'appellerait-elle pas Avenue d'Amboise ?
A Rigault d'Aurelle, seigneur de Villeneuve-Lembron, qui fut tour à tour capitaine des francs archers Auvergnats, ambassadeur du Roi de France en Allemagne et à Venise.
Anne Dubourg, qui préféra la mort au sacrifice de ses convictions.
Basmaison, Mazuer, deux jurisconsultes éminents.
Guillaume Duprat, 81ê évêque de Clermont, qui consacra une partie de son immense fortune à la construction et à la dotation d'un hôpital dit de Saint-Barthélemy, qui occupait l'emplacement compris aujourd'hui entre la rue Saint-Louis, la rue Neuve et la rue Saint-Barthélemy. Le nom de rue Duprat devrait, ce me semble, être substitué à celui de rue Neuve. Ce serait rappeler le bienfait sur les lieux mêmes où il a été accompli.
A Génébrard, de Riom, archevêque d'Aix, un des érudits les plus distingués du seizième siècle.
Au Maréchal d'Effiat, qui, sous Louis XIII, occupa successivement les plus hautes fonctions du royaume : celle grand maitre des mines et minières, de maréchal de France, de surintendant des finances, d'ambassadeur en Angleterre, etc. C'est lui qui fonda l'école militaire d'Effiat, où fut plus tard élevé Désaix.
Au jésuite Sirmond, un des maitres de l'érudition.
A Antoine Arnauld, le grand philosophe.
A Cordemoy, de Royat, un des premiers membres de l'Académie Française.
Bourzeis, de Volvic, un des plus habiles théologiens du dix-septième siècle. Il passe pour avoir été un des rédacteurs du Testament politique de Richelieu.
Jean Soanen, l'illustre prédicateur.
Michel Rolle, l'algébriste, un des membres les plus remarquables de l'ancienne Académie des sciences, mort en 1719.

Ndlr : fin de la première partie, à suivre dans le prochain article.



   Sources : Texte de Francisque Mège, 1865.  © Article et Photos Regards et Vie d'Auvergne. Vous pouvez laisser un commentaire au bas de l'article.


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