La grande crue de l'Allier de janvier 1889, partie 1.

 La crue de l'Allier, " La Dépêche "

mardi 1er janvier 1889. Première partie.

CPA Allier à Mirefleurs
CPA Allier à Mirefleurs

Inondations.

Soudaineté de la crue. Sa violence. L'alarme. A Pont-du-Château, à Mirefleurs, à Sainte-Marguerite, à Issoire, à Jumeaux, etc. détails complets par dépêche.


    Hier soir, une dépêche d'un de nos correspondants particuliers, insérée dans la plus grande partie de nos éditions, annonçait une crue subite de l'Allier.
   Aussitôt nous avons télégraphié à nos correspondants des localités avoisinant l'Allier, ils nous ont transmis les détails qu'on trouvera ci-après.
   En outre nous avons envoyé sur les points les plus menacés trois de nos rédacteurs.

A Pont-du-Château :

CPA Allier à Pont-du-Château
CPA Allier à Pont-du-Château.

   Dans la journée d'hier, l'Allier était à l'étiage ordinaire de 1m.30.
Une dépêche de Langeac annonça une forte crue pour la nuit. En effet, cette nuit, entre trois heures et trois heures et demi, l'Allier grossit avec une extrême rapidité et atteignit 2m30.
   Depuis il n'a fait qu'augmenter, et à l'heure actuelle (midi) il marque 3m40.
L'Allier roule des eaux jaunâtres très agitées qui se brisent en écumant contre les piles du pont. Elles font là un terrible remous, et, après avoir franchi le pont, elles continuent leur course furieuse.
   Les vignes du bas de la Ribrette sont inondées. Le terroir du Buisson, les Brouères, le champ Rial, ensemencés de blé, sont aussi couverts par l'eau.
Les semences vont donc être pourries, et la récolte sera perdue.
   Les terres de ces différents endroits, qui sont sablonneuses et légères vont être enlevées et emportées au loin.
Les talus ne sont pas atteints encore. Mais une nouvelle crue est annoncée, et il est à craindre alors qu'ils ne soient à leur tour inondés.

A Mirefleurs :

Les Martres, 31 décembre, 10h du matin.
   La chaussée du pont de Mirefleurs est gravement menacée. Depuis le milieu de la nuit dernière, l'Allier roule une énorme masse d'eau, qui produit un bruit épouvantable. 
   Ce matin on entendait les appels des propriétaires riverains qui demandaient du secours pour mettre leurs bestiaux à l'abri de l'inondation. La situation est périlleuse.

A Parentignat :

Issoire, 31 décembre, 9h du matin.
   A Parentignat, la rivière, sortie de son lit, inonde les deux rives. L'eau continue à monter de 50 centimètres par heure.
   On mande (télégraphe) de Jumeaux et de Brassac que la crue est terrible, l'eau touche déjà quelques maisons, et la route de Brassac à Jumeaux est coupée.

Issoire, 31 décembre, midi :

La crue de l'Allier a augmenté de deux mètres cette nuit.
L'Allier marque 3 mètres 80 à l'étiage du pont de Parentignat.
La Plaine de Lavore est inondée.
La crue est toutefois inférieure à celle de 1875.
Pas d'accident de personnes.
Les semailles sont perdues.

La pluie, à Clermont (aussi) :

   Depuis samedi soir, à part quelques intermittences, la pluie n'a pas cessé de tomber. Aussi, la journée d'hier a-t-elle été d'une tristesse navrante.

   " C'est toujours le dimanche, disait-on, jour de promenade et de concert militaire, que le temps choisi pour se mettre au noir, comme si l'Observatoire, qui a prédit juste, ne pouvait pas se montrer moins impitoyable et plus encourageant !"

Il est de fait que voilà deux dimanches de suite qu'il fait un temps affreux à Clermont.
Le Jardin Lecoq et la place de Jaude étaient d'un vide désespérant, les cafés, en revanche, regorgeaient.
    Toutefois comme nous nous trouvions à l'avant-veille du premier de l'an, nos rues ont été assez fréquentées pendant toute la soirée d'hier. Tous les magasins, brillamment illuminés, avaient fait assaut d'élégants étalages.
   La rue des Gras, comme chaque année, était bordée à droite et à gauche de marchands d'oranges, de bonbons et de petits jouets d'enfants. Les recettes ont été moins abondante que la pluie.

La Revue Agricole : la pluie et le beau temps :

   Une violente bourrasque s'est abattue l'avant dernière nuit sur la ville de Clermont et dans les communes environnantes. Le vent qui soufflait en tempête, l'atmosphère chaude et humide que nous ressentons en ce moment, nous en laisse pressentir de nouvelles. C'est là, du moins, une opinion émise par nos cultivateurs.
   Les frimas promis ne se décident pas à montrer le bout de leur aile, nous en restons décidément aux temps de douceur et d'humidité.
   Cette situation est peu propice à l'agriculture, car l'état actuel des terres, dans nos contrées et surtout dans la plaine, est qu'elles sont profondément détrempées.
   Voici ce que nous disait, hier un cultivateur des environs, "L'homme des champs" celui qui confère avec la nature, qui étudie chaque jour le tempérament et le langage des plantes et des animaux de la ferme, voici, disons-nous, ce qu'il racontait à l'"agriculteur en chambre" qui écrit ces lignes :

  " Cette température si bénigne que nous subissions depuis trop longtemps, car quelques nuits froides et des gelées anodines n'ont modifié en rien la situation, entrave, dans une large mesure, les travaux agricoles et de l'horticulture. Et cependant, ce serait l'heure de conduire les engrais dans les terrains maigres et partout où ils sont devenus nécessaire, mais la voiture qui s'y hasarderait risquerait fort de rester embourbée jusqu'aux moyeux.
   Combien un mois de décembre, franchement sec, avec son alternative de neige, aurait été bien accueilli, comme cela aurait été favorable à nos récoltes en terre, qui sont exceptionnellement belles.
   Et puis, il ne faut pas seulement songer aux céréales, nous avons nos vignobles, qui ont un pressant besoin des premières "façons" hivernales, et ce n'est pas toujours facile d'opérer dans des terrains bourbeux, dans lesquels on s'enfonce jusqu'à mi jambe.
   Je vous vois d'ici, nous disait-il, citadins que vous êtes, vous livrer à vos critiques, toujours injustes, dirigés contre le "paysan" qui "geint" constamment, dites-vous !
Je voudrais bien vous y voir !
   Ah si ! pourtant, nous vous voyons bien dans nos champs, à la vigne, dans les vergers, au moment de l'enlèvement des ces belles récoltes, qui nous ont causé tant de soucis, tant de sueurs et d'appréhensions !
Vous êtes dans votre rôle, et nous dans le nôtre.
   Quand mai arrivera, nous vous verrons anxieux de savoir si la période critique : la "lune rousse", les "Saints de glace" de détruiront pas, dans une nuit, nos plus belles espérances.
   La gelée a tout ravagé, direz-vous ce sera votre oraison funèbre à la récolte qui se sera évanouie dans une brume glaciale ...
   Vos caves sont garnies, un désastre régional n'entraine pas une hausse générale, l'augmentation se produit insensiblement, tandis que nous, pauvres vignerons que nous restera-t-il si la récolte nous fait absolument défaut ?    
   Qui paiera nos fermages, la main-d'œuvre et l'entretien de notre matériel agricole et viticole ?
  Vous voyez donc bien que nous avons raison de désirer que l'hiver se fasse en son temps !...

   Quant à nous, chers lecteurs, nous sommes absolument de l'avis de l'inspirateur de cette chronique. Nous souhaiterions avec lui, pour les besoins de la culture, la sécurité des récoltes futures et pour le commerce de villes, dont les intérêts sont intimement liés à ceux de l'"homme des champs", que le thermomètre ne tarde pas trop à descendre à 4° au dessous de zéro, avec une toute petite addition de neige, pendant une partie de ce mois de janvier dans lequel nous allons entrer. 31 décembre 1888.  Jacques.

Source : texte extrait du Journal quotidien régional La Dépêche du Puy-de-Dôme 1889.


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