mercredi 2 octobre 2019

Les échos du Tribunal Correctionnel de Clermont-Ferrand en 1920.




Clermont-Ferrand, audience du 10 septembre 1920.


   Une de ces interminables audiences de vacation : près de 30 affaires. C'est la période des vacances, on ne le dirait pas. Il n'y a audience que tous les quinze jours, mais comme il faut mettre les bouchées doubles... C'est "kif kif mon z'ami" comme aurait dit un Sidi " Ben quelque chose " qui "passait" hier, auquel il fallut, d'ailleurs, fournir un interprète. Mais ce dernier parlait seulement petit nègre, ce qui était loin d'éclaircir la situation.
   Il y avait foule, mais les badauds étaient peu nombreux. Il faisait si beau ! Et, par moments, on pouvait fredonner le fameux air d'opéra-comique " la brise est douce et parfumée ", vraiment de circonstance. Et on se plaint de la crise du gaz...

Voyageur de commerce.

   L**** Georges, 50 ans, est voyageur de commerce. Il représente depuis de nombreuses années, une importante firme, bien connue sous le nom de "Régie d'Aubière " Ayant un important stock à écouler il rencontra, au cours de sa tournée habituelle, deux gendarmes qui, malheureusement ne sont pas de ses clients, tout au contraire.
   L**** a déjà été condamné plusieurs fois pour colportage d'allumettes de contrebande, 300 francs d'amende.

A la foire de Chignat.

   Chacun sait que Chignat est, chaque année, le rendez-vous de nombreux foireux, sans parler de non moins nombreux commerçants.
   Cette réputation n'était pas sans être parvenue aux oreilles du nommé P******* André, 27 ans, vannier ambulant. P******* résolut d'y aller faire un tour, mais pas seulement pour s'y amuser. Il comptait travailler et, en effet, il fit de la " belle ouvrage ".
Un brave paysan, venu de fort loin, s'était couché dans sa voiture, dans un champ, attachant son cheval à une roue. Avouons que ce n'était guère la place du noble animal. c'est ce que pensa P******.
Il le détacha, mais pas dans le but louable de lui rendre la liberté. Il cherchait tout simplement à le vendre lorsque arrivèrent des inspecteurs de la police mobile, qui, prévenus par le propriétaire de la bête volée, cherchaient le voleur.
   Pour faire un exemple, le Tribunal inflige à P****** un an de prison.

Petit cours de langues vivantes.

   Ahmed B******, 23 ans est un jeune marocain fort élégant. Il porte avec un chic particulier des pantalons forts courts et des chaussettes... russes du plus heureux effet. Mais, il parait qu'il est encore mieux dans une tenue que je ne vous décrirai pas, bien que la description n'en soit pas longue. Chacun sait que la peau de ... Marocain est fort belle.
   Des agents, passant un soir place des Carmes-Déchaux, furent étonnés de voir apparaître un particulier qui, par son costume, ressemblait vaguement au père Adam, et se parait d'une cuite à rendre jaloux le père Noé. Peu émus par ces liens de parenté avec de respectables personnages, les agents se saisirent du délinquant et l'emmenèrent au poste.
En langage fort pittoresque, il tente d'expliquer son acte. A quelques questions du président, Ahmed répond avec peine, il ne comprend guère.
-Avez-vous été condamné ?
Pas de réponse.
-Toi, pas condamné ? répète l'appariteur.
Ahmed a compris...
- De quelle région de l'Algérie êtes vous ? dit encore le président.
- Du Maroc !
Comme on le voit, on en apprend tous les jours. Le Maroc en Algérie ? Mystère et géographie ! Il est vrai que la guerre a tant bouleversé le monde...
- Mon z'ami, continu l'inculpé, moi jamais boire vin, première fois fois, je te jure, mon z'ami, puis soleil, etc...
   Il est condamné à un mois de prison et 5 francs d'amende pour ivresse. Le tribunal par indulgence, lui fait application de la loi de sursis. Cela laisse froid l'Algérien. Sursis, a-t-il l'air de se demander, est-ce une bête féroce, kif-kif chacal ?

Vol à la gare.

   G****, 31 ans, est brigadier d'équipe à la gare, il s'est laissé entraîner et a quelque peu chapardé. Il est depuis longtemps, employé à la Compagnie et l'on a qu'à se louer de ses services.
   6 mois de prisons avec sursis.

Une histoire de cochons.

   B******* Joseph, né en 1878, à Corunac (Haute-Loire), fait de l'élevage. Il occupait, depuis longtemps, un bâtiment appartenant à M. D*******, maire de Beaumont. Ce dernier, auquel B****** devait de l'argent, fit opérer une saisie chez l'éleveur. Il y avait 25 poules, des lapins, 28 cochons, du matériel... Au bout de quelque temps, lorsque l'huissier revint, il n'y avait plus rien. B****** et tous ses animaux avaient disparu. Une plainte fut déposée et c'est pour détournement que B****** est poursuivi.
   Mais, ce qu'a oublié d'ajouter le plaignant, et c'est ce que fait ressortir Me Robin dans sa plaidoirie, c'est que B***** ne doit plus rien à M. B******. En effet, B****** a versé à la Caisse des Dépôts et Consignations une somme couvrant largement la dette. De plus, il a été expulsé de la maison qu'il occupait et c'est forcé qu'il a dû déménager et " détourner " les objets saisis. Un débat s'engage autour du nombre de cochons saisis et retrouvés, puis l'accusation étant abandonnée, B****** est relaxé.

Que d'eau ! Que d'eau !

   B***** Jeanne laitière à la Bouboule, est condamnée à 300 francs d'amende pour vente de lait mouillé et écrémé, défenseur : Me Blanc.
   C****** Catherine femme B****, également laitière à la Bourboule, 200 francs d'amende, même motif.
   R***** Marie, 39 ans, laitière à Murat-le-Quaire, 180 franc d'amende, pour écrémage seulement, défenseur Me Planche.
   S**** Marie, laitière au Mont-Dore, 100 francs d'amende, a acheté et mis en vente du lait écrémé et mouillé sans porter la mention " lait écrémé " sur ses bidons.

Cris de mort.

   Par ces temps de fièvre aphteuse, on se méfie des ruminants. C'est sans doute pour cela que le nommé J*****, en état d'ébriété ce jour-là, a poussé des cris de mort contre eux. Comme à ce moment passaient deux agents, ceux-ci le prirent très mal et mirent J***** au violon.Un mois de prison avec sursis, 5 francs d'amende pour ivresse.
   Même aventure est arrivée au nommé F*****, un mois de prison avec sursit, 5 francs d'amende pour ivresse. Défenseur Me Robin.

Pub ancienne de Clermont-Ferrand Pigier
Pub ancienne de Clermont-Ferrand, Pigier


A suivre.

   Sources : Extrait du journal Le Moniteur du Puy-de-Dome 1920  Les Albums collections : CPA, Vieux Papiers, Photos originales et inédites, collections à voir dans la colonne de droite.© Textes et Photos Regards et Vie d'Auvergne.Vous pouvez laisser un commentaire au bas de l'article.

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