samedi 14 avril 2018

Orcines vu par G. Desdevises du Dezert.

CPA Orcines Puy-de-Dôme, Auvergne.
Orcines, Puy-de-Dôme.

Orcines, Puy-de-Dôme.


   Si l'on m'offrait une villégiature à mon choix dans le Puy-de-Dôme, je ne choisirais ni Royat, ni la Bourboule, ni le Mont-Dore, trop brillants, trop bruyants, trop mondains pour mes goûts, mais j'irais chercher l'ombre, la paix, le bon air et les vastes horizons, au pied du Puy-de-Dôme, dans le joli et blanc village d'Orcines, dont le nom rappelle peut-être les ours, anciens habitants de nos bois.
   La plaine d'Orcines est un piédestal grandiose sur lequel s'élève, comme une statue gigantesque, le Dôme puissant et vénérable qui porta jadis la statue du dieu Mercure Dumias et que couronne aujourd'hui la tour de l'observatoire fondée par Alluard en 1874. Sur cette plaine, longue de six kilomètres, entre la Font-de-l'Arbre et la fontaine du Berger, on respire un air aussi frais que celui de la Bretagne, l’œil se repose sur des allées de frênes, sur des seigles aux reflets bleuâtres, sur de noires pinières, sur des brandes violacées. Ce serait à se croire en pleine Armorique, n'était la muraille crénelée des Puys qui se dresse à l'occident et protège la plaine des grands souffles venus de l'ouest.
   Construit au bord d'une pente regardant le levant, le village mêle les pavillons des citadins, aux rudes maisons paysannes. Des bosquets fleuris de lilas, des arbres fruitiers, des haies verdoyantes encadrent presque chaque maison. Une blanche église, à la petite flèche drôlichonne et campagnarde, domine les demeures et ouvre ses fenêtres à tous les vents. Sur une place ombragée de vieux arbres, une croix de fer forgé est plantée dans un chapiteau archaïque provenant on ne sait d'où. Sous l'araire reparaissent au jour des tuiles romaines, des poteries rouges de Lezoux, des poteries blanches plus anciennes encore. Dans la resplendissante lumière d'été, qui tombe comme une averse d'azur sur la plaine verdoyante, le passé se révèle à chaque pas, l'antiquité de notre race s'affirme sous l'éternelle jeunesse de la nature.
   La vieille Gaule, notre mère, rit à nos cœur dans les fleurs des prés, dans les yeux des femmes et sur le front des enfants, Ave Gallia Nutrix !


G. Desdevises du Dezert


 Sources : texte de G. Desdevises du Dezert, 1924.

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