jeudi 5 janvier 2017

Les Rois mages, conte de Noel, 2/2 suite et fin.


Les Rois mages.

 2/2 suite et fin. 

Fleuriot, les Rois mages
Fleuriot

   ... Alors, à la place de la hutte à demi effondrée, il fit construire un superbe château qu'il remplit de meubles précieux et de tapisseries, et le jour ou la construction et l'ameublement furent achevés, il donna une grande fête pour inaugurer sa nouvelle demeure.
   Autour d'une table richement servie, étincelante d'argenterie et de lumière, il avait réuni tous les gros bonnets de l'endroit. Lui même se tenait au haut bout avec sa femme parée comme une châsse, tandis que des musiciens installés dans une galerie supérieure régalaient les convives de leurs joyeux airs. Afin que le festin ne fût pas troublé, il avait ordonné à ses gens de ne laisser sous aucun prétexte les fâcheux et les mendiants entrer dans la cour, et même il avait préposé à la porte deux grands diables de valets armés de bâtons, qui avaient pour consigne d'écarter tous les loqueteux et porteurs de besace des environs.
   Aussi, sûrs de n'être pas dérangés, les invités s'en donnaient à cœur-joie, jouant des mâchoires, humant le bon vin et s'ébaudissant à ventre déboutonné.
Or, ce soir-là, les Rois mages, ayant déposé leurs présents au pied de l'enfant Jésus, revenaient de Bethléem. En traversant la forêt, ils reconnurent le village où ils avaient
couché, virent le château tout illuminé, et Gaspard dit en goguenardant à Balthazar :

" Je serais curieux de savoir si notre homme n'a pas mésusé de ta petite flûte et si, depuis qu'il est riche, il a tenu sa promesse d'être doux envers le pauvre monde.

" Voyons, répondit laconiquement Balthazar"

   Ils s'accoutrèrent en mendiants, changèrent leurs belles robes contre des haillons et se présentèrent à la porte du château en demandant l'hospitalité pour la nuit, mais on les reçus fort mal, et comme ils insistaient, menant grand bruit, Fleuriot mit la tête à la fenêtre et, apercevant des mendiants, commanda qu'on lâchât les chiens à leurs trousses, de sorte qu'ils détalèrent au plus vite, non sans avoir les jambes fort endommagées.

 " Je m'en étais douté ! Maugréa le septique Gaspard, qui avait été mordu au mollet"

" C'est bon, répliqua le géant Melchior, il ne l'emportera pas au paradis ! Il saura ce que pèse la rancune des rois mages ! ...

   Cependant les convives continuaient à banqueter joyeusement. On était arrivé au dessert, et Fleuriot, un couteau à la main, était en train de découper une colossale brioche, quant on entendit dans la cour les grelots d'une chaise de poste traînée par quatre chevaux fringants, caparaçonnés d'or. Fleuriot mit de nouveau le nez à la fenêtre et, voyant qu'il lui arrivait encore de nobles invités, ordonna qu'on les fit monter en toute hâte. Lui-même vint avec un flambeau les recevoir à la porte de la salle. Alors on vit entrer les trois Rois mages en pompeux appareil, couronne en tête, vêtus de pourpre et de pierreries. Fleuriot, qui avait reconnu ses anciens hôtes, fit bonne contenance et, avec force salutations, les pria de prendre place à table.

 " Merci ! Dit Balthazar sèchement, nous ne mangeons pas chez un homme qui reçoit si mal les pauvres gens."

" Je vous fais compliment de la façon dont vous tenez vos promesses ! Cria Melchior de sa grosse voix."

" Ah ! Tu lâches tes chiens sur les mendiants ! Ajouta Gaspard en se tâtant la jambe, attends, je vais te jouer un air que tu ne connais pas encore ! ..."

   Et tirant de sa poche une petite flûte pareille à celle qu'on avait donné à Fleuriot, il la fit raisonner terriblement. En un clin d’œil, la table, les convives, le château s'évanouirent, et le bûcheron se retrouva, seul et nu, sur la lisière du bois, devant sa hutte en ruine, avec sa femme et ses enfants en haillons...

 " Heureusement il me reste ma flûte ! Songea-t-il "

   Mais il eut beau fouiller ses poches percées, le talisman avait disparu avec les rois mages.

    Et c'est depuis ce temps qu'on a coutume, lorsqu'on coupe le gâteau des Rois, de mettre soigneusement de côté la part des pauvres.



   NDLR, et voilà chers lecteurs, un conte plein de sagesse, alors, puisque la fête de l’épiphanie (6 janvier) approche, vous aussi, pensez à ceux qui vivent dans le dénuement même si de nos jours ils ne portent plus besace mais plutôt sac à dos. Gardez leur une portion de la galette.
Et... bon appétit !
   


Sources : texte : Contes pour les soirs d'hiver, André Theuriet
               dessin : S. Rejchan
              ©Regards et Vie d'Auvergne le blog de ceux qui aiment l'Auvergne.


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