mercredi 23 mars 2016

Rameaux, Pâques, Avril par Maurice Thiolas.

CPA Pâques

Avril.

  Voici Avril !
    Frais comme des rigueurs de l'hiver, il s'en souvient dans un frisson léger et dans un rire, avide des ardeurs du soleil d'été, vers lui, déjà, un souffle l'emporte, réchauffé par ses premiers rayons. 
   Avez-vous remarqué la bonne odeur du buis ? Rameaux parfumés, chargés de friandises, palmes joyeuses de l'enfance, puissiez-vous ne jamais devenir des lauriers sanglants, mais au contraire, de fécondité la tresse bienheureuse de pampres, d'oliviers et de houx.
   Avril débute dans une farce qu'on se renvoie de l'un à l'autre sous la forme d'un poisson, car Avril est le mois de la pêche, de la tranquille attente sous les saules, auprès d'un bouchon immobile et que, plus vaste que notre chance, demeurera toujours notre crédulité.
   Puis vient la semaine sainte, dans un bruit de crécelles exaspérant l'oreille qu'il écorche, laissant, au cœur plus vide, le souvenir des cloches qui, vers Rome, la ville éternelle, par-delà les monts, se sont envolées.
   C'est aussi l'ombre fraîche des fontaines sacrées, l'odeur subtile des sanctuaires recueillis, sous les voûtes desquels flottent encore des vapeurs d'encens.
C'est lorsque les ombres de la nuit viennent, se mélangeant à la fumée des toits, une à une s'amonceler sur la plaine, l'enveloppant de la brume plus grise du soir, le spectre géant de nos clochers romans devenus muets.


Eglise saint-Jean, Ambert
Ambert, Auvergne.
   Du sommet de la tour d'Ambert retentit la trompe, elle rappelle aux hameaux d'alentour les histoires endormies de la chasse royale que content encore, dans nos montagnes, les vieilles gens, assis, le soir, au coin du feu.
   Les chapelles s'ouvrent aux visiteurs. On y célèbre le curieux office des Ténèbres. Les chandelles soufflées, les fidèles jettent les Livres-saints, de leurs sabots ils frappent les dalles désirant imiter ainsi le bruit sinistre de l'orage qui éclata, il y a vingt siècles, au sommet du Golgotha.
   A saint-Paulien, dans le Velay, ville gallo-romaine, à Saugues, en Gévaudan, pays de la terrible bête, les pénitents vêtus de blanc, le visage recouvert d'une cagoule, chantent la Passion en parcourant les rues.
   Le passé ressuscite à nos yeux, dans la vie religieuses de nos aïeux et, quelles que soit nos convictions, également estimables, remonte à notre cœur le souvenir de "cette idylle sans pareille, qui, il y a deux mille ans, "ravit de joie quelques humbles comme nous"
Il me souvient d'avoir, par une soirée de jeudi-saint, contemplé, dans une salle des hospices de Brioude, un Christ d'un réalisme puissant.
   Sculpté, il y a bien des années, avec un méchant couteau, dans un tronc d'arbre, il est l'oeuvre d'un lépreux, artiste instinctif et anonyme.
Ce Christ apparaît saisissant de vérité, sur le corps qui s’effondre, crocheté, agonisant, aux clous de fer de la croix, ont été figurées les pustules de la lèpre. Ainsi, ce malheureux, sentant confusément, en son âme, la nécessité d'une rédemption par la souffrance, offrait la sienne à son dieu.
   Aujourd'hui la lèpre a disparu de nos contrées. Avec la peste elle a reculé devant la culture et l’hygiène. La fatalité de la nature s'est humiliée devant l'homme dont la force a grandi.
   Dans nos plaines déboisées, défrichées, la fièvre des marais demeure inconnue. L'époque est cependant peu lointaine qui gardait le souvenir affolant de ce tremblement étrange, qui, vous saisissant aux épaules, venait vous annoncer qu'avant que ne luise la prochaine aurore, de vie à trépas il faudrait passer.
   La mort, dont Malherbe a pu dire que :
"...La garde qui veille aux barrières du Louvre. N'en défend point nos Rois" était la faucheuse égalitaire qui frappait, au hasard, princes ou prélats sur les marches des trônes, manants penchés sur leur labour.
   Devant notre mémoire défile la fresque dite "de la danse macabre" ronde effrayante que, sur des murs séculaires, conserve encore l'abbaye de la Chaise-Dieu.
   Elle donne une idée de l'originalité des images que, dans l'imagination des hommes du Moyen-Age, suscitait la crainte du trépas.
   Dès lors, le sens de la vie toute entière était tournée vers la mort, on l'appréhendait, on cherchait  à en triompher en assurant son salut éternel, en se perpétuant par une trame solide d'hérédité familiale.
   Les actions, pour rares qu'elles étaient, se trouvaient ainsi consacrées à des œuvres durables, la vie moderne imprime sa frappe sur du ciment armé ou du carton pâte, celle de l'époque médiévale ciselait la sienne dans la pierre de Volvic, à l'effigie souvent gigantesque d'une cathédrale. L'âme plus disposée à des retours patients sur elle-même concevait, peut-être, de plus profonds élans vers l'infini.
   O passé ! Vision lointaine des êtres et des choses qui ont vécu, qui ont souffert combien tu sembles plus proche et palpable dans l'atmosphère tiède et sombre de la période des jours saints.
   Puis Pâques revient dans le bourdonnement des cloches, le bruit encensé des Muses de bronze dont l'envolée secoue les cieux et, avec lui, les œufs en chocolat brisent leur coquille pour laisser s'envoler un poussin imaginaire.

   Le mot "Pâques" signifie repas. Les bons mets réchauffent le cœur, les rires fusent, les réparties jaillissent, les confessions suivent, les amitiés sont nées. Communion des êtres qui trouvent leur pain de chaque jour sur la table, qui, peut-être, deviendra demain celle de tous les hommes qui trouvent le leur au sein de la même nature, dans un identique effort.
Enfin Quasimodo nous apporte, de l'humanité, l'image de sa déformation. Bouffon tragique et laid, monstrueuse création du grand poète, il s'échappe, traqué, vers les tours de Notre-Dame d'où il se jette pour Esméralda Frollo sur le pavé du parvis. De même ceux contraints de se retrancher dans la vie intérieure iront se briser contre la réalité des choses.
   Et le mois s'achève avec Saint-Eutrope, nom joli d'une jolie fontaine de mon pays, perdue aux confins des bois et des près.(Ndlr : Fontannes, Haute-Loire)
   Près d'elle, tous les chants d'Avril se succèdent, nous portant, dans le souffle de l’aquilon qui passe, les souvenirs et les espoirs, tandis que, dans le rayonnent limpide de l'aurore, l'alouette, de sa voix stridente, chante en planant sur les labours.


  Maurice Thiolas, 24 mars 1924 Clermont-Ferrand.





Sources : Maurice Thiolas, homme politique, avocat, né en 1901 à Brioude en Haute-Loire.
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