dimanche 6 mars 2016

L'histoire diabolique d'un bouc en Auvergne.

Comme quoi il se peut bien que le diable ait des pieds de bouc.


Le bouc et sa maîtresse.
    Le bouc de la "Mîon" de chez Lardi s'était acquis une certaine célébrité en gagnant un prix au concours cantonal. Il ne s'en tint pas là. Le chemin qui mène à la gloire vous entraîne diablement ! (Ou je me trompe, ou ce chemin-là ne monte pas, car enfin, il est de toute évidence qu'on se sente guère entraîné pour gravir des pentes, arriver à des sommets et autres altitudes; comme il ne s'agit que du bouc de la "Mîon" de chez Lardi  et que vous seriez peut-être gênés de cette promiscuité sociale, nous ferons pour lui, que le chemin de la gloire descende). Aussi par quelle fatalité n'y fut-il pas poussé ! Après-tout, était-ce ambition ou prédestination ? Des esprits très distingués n'ont
pas encore résolu ce problème, malgré le secours de toutes les philosophies, les américaines y comprises...
 Ah ! Tiens. Je vous laissais entendre que le bouc de chez Lardi fut appelé à la gloire : je vous dirai bien comment. Je voudrais que vous connaissiez Saint J...., mais si vous ne le connaissez pas, ça fera tout de même.
   Ce n'est pas bien grand ? Mon Dieu, il y a un hôtel, mais vous ne tiendriez guère à vivre ici. Il y a des bois ? Vous avez raison, mais regardez les tourbières...
 Suivons cette mauvaise rue, vous allez voir le troupeau de chez Lardi. Tenez, voilà le bouc qui sort de l'étable, fier comme un pou sur une robe rouge. Oh ! Rien de remarquable. Il a de la barbe au menton comme ceux de son espèce et ne sent pas l'encens. Au fait, pourquoi sentirait-il l'encens ? Mais n'anticipons pas.
   Il faut aller à l'église, ce n'est pas une cathédrale, non. Entrons. L'escalier de la chaire est quelque peu endommagé : c'est qu'avant-hier, M. le Curé étant allé vendre son poulain, l'église ne se trouvait pas très surveillée et la porte, d'ailleurs souvent ouverte, ne le resta pas sans accident.
Petite église d'un village Auvergnat.   Regardez les bêtes de chez Lardi qui passent devant l'église. Avant-hier, elles y passèrent comme aujourd'hui. Eh bien ! Le bouc, capitaine du troupeau, au lieu de suivre son chemin comme à l'ordinaire, entra dans l'église et vous pouvez m'en croire, je n'en reviens pas ! Une bête grasse et paisible qui jamais n'avait fait parler d'elle, ni n'aurait donné un coup de corne !  C'est bien tout seul (Il n'y eut pas de Tistet Vedène là-dessous) que le bouc se promena de long en large dans un appartement qu'il trouva plus beau que le sien. Après la juste part faite à l'admiration, il chercha ses commodités (Remarquez combien l'ordre de ces sentiments est honorable !).
Point de litière. Il ne trouva pas de fourrage dans le confessionnal. Mais il ne fut pas longtemps sans voir des "raves" et des "choux" dresser leur délicieuse apparence dans des sortes d'objets qu'il ne reconnut ni pour des paniers, ni pour jardin... Et qui se trouvaient au-dessus d'une table comme il n'y en avait pas la pareille chez Lardi...
Il goûta à cette nourriture inattendue, juste assez pour provoquer une bruyante chute de porcelaines et de cuivres devant l'autel de la petite église romane Auvergnate.
   Comme il n'était pas une bête mauvaise, il était une bête craintive. Sa retraite précipitée ne le mena pas à la grange, mais à la chaire.
   C'est là que le trouva Nanette, la servante du Curé, ou plutôt qu'elle trouva le "diable". Elle ne l'avait jamais vu, mais elle le reconnut tout de suite et faute d'être habituée à un semblable partenaire, elle faillit mourir de terreur dans des cris suraigus. Le "diable", pour ne céder en rien à une simple mortelle, ce "diable" qui avait des pieds et des cornes de bouc, se mit à bêler affreusement. Suivit le concert le plus épouvantable qu'il soit donné à des oreilles d'entendre. Le "diable" se démenait dans sa chaire, la servante : lui jetait de l'eau bénite...
   Les voisins accoururent, d'abord Catherine, puis Françoise, puis Toinelet, puis Nanot, puis d'autres. La fatalité voulut que la "Mïon" de chez Lardi arrivât la dernière, jute au moment où l'eau bénite faisait enfin sortir le diable de la demeure du bon Dieu.
   La pauvre femme ne comprenait rien à ce qui se passait et grondait le mauvais sujet. Qui comprenait moins encore, c'était Nanette. Je suppose d'ailleurs que Nanette, Catien, François et Nanot étaient un peu fâchés de n'avoir pas eu affaire au "diable", tant l'issue de ce combat difficile, eût été glorieuse...
   Ah ! Bien oui ! La gloire ! Savez-vous pour qui elle a été ! Mais pour le bouc ! On le regarde avec un coup d’œil significatif:

   "Tu nous as bien fait rire, hein !". Brave bête, songez-donc ! Tout le monde n'a pas joué un pareil rôle..."

  Et puis, la gloire est quelque peu héréditaire. Les descendants de ce célèbre bouc seront honorés jusqu'à la cinquième génération au moins.
   C'est d'ailleurs ce qui est arrivé. L'histoire est vieille. Cependant, il y a toujours un bouc chez Lardi, et quand on en parle, chacun sait de quoi il retourne.







Sources : Auvergne Littéraire Artistique et Félibréene, 1926.
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