mercredi 6 mai 2015

La Lande du pays d'Artense en Auvergne.

la Lande.

Auvergne, le pays d'Artense, la Lande.


Sœur celtique de la Bretagne, l'Auvergne possède aussi sa Lande.



   L'humble parure des granits et des schistes croît avec vigueur sur les terres primitives, elle affectionne les durs socles hercyniens que n'entamèrent pas, au cours des âges, les mers et les fleuves aux alluvions fertilisantes.
Et parmi tant de forêts, de prairies et de vignes que porte la rude Auvergne, se cache, odorante et sauvage, la lande de bruyères, de fougères et de genêts.
Elle déploie, avec des gestes d'une filiale douceur, les plis de son manteau troué sur notre rocheux pays.
Ses genêts drapent les collines et les fougères couronnent les têtes ruinées des monts.
   Charitable, elle dissimule, sous ses bruyères, l'usure des hauts plateaux, la déchéance des puys effondrés, l'horreur des cicatrices millénaires.
Soumises à de maléfiques enchantements, elle s'attarde dans des tourbières noires, aux bords des étangs rouillés de l'Artense.
Elle est envahissante comme la mer, ses flots de bruyères, de fougères et de genêts battent les villages.
   Elle dispute à l'homme des parcelles de territoire, mais, malgré sa ténacité, elle recule peu à peu devant les champs de seigle et de sarrasin.
Elle renferme, en son sein, la source des impérissables sèves: le feu réduit en cendre ses bruyères, la serpe mutile ses genêts, la faucille coupe ses fougères, l'araire extirpe ses racines...opiniâtre, elle lutte toujours et se révolte encore au moment où elle paraît domptée !
Il suffit, en en effet de laisser tomber en jachères, pendant une année, le champ péniblement conquis pour qu'aussitôt surgissent de plus belle, irrésistibles les genêts verts !
   Sauvageonne en haillons, la lande court de la forêt à la prairie, du village au désert de pierres, en secouant de fauves parfums.
Elle n'est pas faite pour être serve ! Les paysans le savent trop bien et souvent au lieu de la combattre, ils l'utilisent comme une alliée.
Les brebis et les chèvres viennent brouter, dès le printemps, l'herbe aromatisée qui pousse entre les touffes de bruyères parmi les ronces, les fougères et le thym.
Les genêts géants abritent de fraîches coulées d'herbes fleuries et maintes sonnailles s'égrènent dans la lande par les journées d'été.
Mais où sont les vaches rouges de Salers ?
   Les petits pâtres allongés sur de larges pierres plates que rongent les lichens ne s'en inquiètent guère. Ils ne peuvent compter les cornes de leurs troupeaux, mais autour d'eux la lande est vivante; les genêts frémissent, des clochettes tintent et l'odeur des bouses se mêle dans l'air à la verte odeur des fougères.
Inculte et quand même nourricière, la lande se rend encore précieuse par ses produits.

genêts
 Ses fougères fournissent des litières odorantes pour les étables et ses genêts servent à de multiples usages.
Ils couvrent avec le chaume les toitures des hangars et des bergeries. Ils s'amoncellent en tas broussailleux au bas des granges et une fois secs, ils deviennent indispensables à la fermière pour allumer dans la cheminée noire le feu journalier. Les vieilles bergères qui filent la laine à leurs pieds, n'oublient pas de couper quelques-unes de leurs tiges les plus souples et de confectionner ces rustiques balais qui seuls, raclent à souhait, le plancher rugueux de "l'Houstal".
Dès que les châtaignes sont tombées, c'est encore à la lande que l'on recourt, car rien ne vaut une pétillante flambée de genêts verts pour griller à point les fruits farineux.
   Misère et providence de l'Auvergne, la lande est aussi enchanteresse. Et qui a connu son sourire usé et respiré le parfum vieilli de ses bruyères ne peut s'empêcher de l'aimer pour toujours...
Pourtant, ce n'est que lentement qu'agit son sortilège.
Elle inspire, tout d'abord, une instinctive crainte, non pas qu'elle soit peuplée comme la lande Bretonne de sorcières et de Korrigans, il y a longtemps que les "Fades" Auvergnates ne la hantent plus, mais ses solitudes soupçonneuses engendrent l'ennui et vous laissent trop seuls avec vous-mêmes.
Puis, ensorceleuse, et inquiétante, la lande attire invinciblement.
Elle ne donne pas de suite et veut être conquise.
Il faut plonger ses jambes, jusqu'aux genoux, dans des fougères coupantes, recevoir les gifles des genêts, se déchirer les mains aux ronces avant de la découvrir, rose et parfumée, dans son lit de bruyères.
   Dès lors, la lande opère sa secrète magie : le soleil paraît plus vieux et la terre plus primitive que partout ailleurs.
Le sol embaume, il exalte des senteurs vierges et fortes, des arômes subtils et grisants que les bruyères distillent des granits depuis que l'Auvergne est.
Comme il sied aux berceuses de rêves, la Lande est silencieuse ou chantonne tout bas.
Les guêpes bourdonnent, les gousses de genêts éclatent avec un bruit sec en répandant leurs graines, les clochettes des bruyères s'entre-choquent avec des sonorités de cristal : une musique discrète enveloppe la lande.
Il n'en est pas toujours ainsi. Et lorsque les vents d'écir la fouettent sauvagement de leurs lanières glacées, elle pleure, geint, siffle, hurle, s'apaise soudain et se lamente de nouveau comme une damnée.
Chaque saison la montre différente.
Sous les pluies d'automne, dans les brouillards, elle élabore des songes taciturnes. Dans l'isolement des neiges elle se révèle perfide : l'hiver, ses congères sont funestes aux voyageurs égarés.
   Au printemps, elle oublie sa gravité séculaire et trouve des sourires. Coquette, elle se pare d'oripeaux dont les ors tapageurs ne sont que feux de paille et, bien vite, elle revient fidèle aux roses et violets timides de ses bruyères.
En été, sous le soleil de midi, elle flamboie. Nul arbre n'allonge le fuseau de son ombre, les bruyères rigides comme des crins de fer n'ont pas un frisson. Et sous le ciel de cuivre jusqu'aux horizons pourpres, l'éblouissement de lumières se prolonge.
La nuit est lente à venir... Le violet des bruyères se confond au violet du crépuscule, un parfum de miel flotte dans l'air et aux chants des cigales la lande s'endort.
Et, du plus loin que se souvienne notre mémoire, la lande surgit ainsi avec ses immuables aspects.
   Elle est mêlée à nos premiers pas, elle servit de stade à nos jeux d'enfants, nos jeunes corps, ivres de forces neuves, se roulèrent dans les bruyères, s'imprégnèrent des sauvages odeurs de ses fougères et de ses genêts; et nos yeux éblouis ont gardé la vision féerique de ses printemps tout en or et de ses automnes violets.

   Notre enfance, l'Auvergne !
C'est la Lande surtout, la vieille amie au visage cher et ridé qu'à chaque retour au pays l'on va revoir et dont la chanson grise ne lasse jamais.




Sources: Au Pays d'Artense, Léon Gerbe.
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