dimanche 14 décembre 2014

Minuit dans les campagnes, c'est la Messe de Noël.

 La Messe de Noël. (1ère partie)

Gravure, noël, village


     L’horloge a sonné… un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept-huit-neuf-dix-onze-douze…Minuit !


   A chaque coup un ange se détachait de la cloche et s’envolait au ciel Noël ! Noël ! L’enfant Jésus est né !...Noël !
Voici que de la tour de l’église monte un bourdonnement comme si des ruches s’éveillaient. Ce sont en effet les cloches, grosses abeilles du clocher, qui commencent à voltiger.

 Dig ! Ding ! Dong ! Noël ! Noël ! Dig ! Ding ! Dong !

    De très loin on entend leur carillon. Les corbeaux qui logent à côté, dans la charpente, s’envolent par les ouvertures en criant, et ils tournoient comme une couronne noire autour de la flèche pointue.

Dig ! Ding ! Dong ! Noël ! Noël ! Dig ! Ding! Dong ! 

   Les branches nues des arbres se balancent…les portes des maisons s’ouvrent…les sabots passent dans la rue.
Aux fenêtres les lampes s’allument, et par les cheminées s’échappent des fumées bleues, comme des filets de gaze à prendre les papillons l’hiver. Le feu pétille clair et joyeux sur la pierre du foyer.
Le vent roule la neige contre les portails des cours, et secoue au bord du toit le chéneau de fer-blanc.
Dans le grenier quel vacarme ! 

Noël ! Noël ! Dig ! Ding ! Dong !

    Écoutez au jour de l’étable. Les bœufs meuglent…les agneaux bêlent…les coqs chantent…les poules caquettes…Les voilà éveillés !
Ils ont tous pressenti l’anniversaire de la nuit où l’enfant Jésus est venu au monde. On avait garni de paille fraîche les râteliers, de feuilles mortes les mangeoires et de grains nouveaux les poulaillers.
Ayant entendu tinter minuit, lentement, pieusement, ils se sont agenouillés. C’est la seule nuit de l’année et l’heure bénie où ils fléchissent ainsi le genou dans la litière.
Demandez au vieux paysan de la plaine ; au montagnard fervent qui vit sur les montagnes, près du ciel.
Le maître de l’étable ne l’ignore pas, aussi va-t-il le long des crèches, son bonnet à la main, distribuer aux animaux des poignées de sel.

 « Et bien les grands bœufs ! …L’enfant Jésus est né…qu’il vous donne belle force et courage au travail… La terre gelée devient dure… il faut creuser profond les sillons, et le champ est vaste… A vous la bouchée de sel de l’enfant Jésus ».

   Les grands bœufs, toujours accroupis dans la paille, ont remué leur grosse tête et soufflé avec bruit leur haleine de vapeur ; puis, sérieusement, ils se sont mis à ruminer le sel, en remuant les oreilles.

  « Et vous, mes brebis, mes agneaux !... Les montagnes ne sont pas encore vertes. Étroite, humide est l’étable. Quand viendra le printemps, l’enfant Jésus fasse pousser beaucoup d’herbes et croître beaucoup de fleurs, pour que votre lait soit abondant et votre laine bien fournie…Voici la poignée de sel de Noël ! ».

  Les moutons ont prestement tendu la langue et, en bêlant de joie, léché la main du pieux paysan.

   « Et vous, mes poules, vous caquetez sur le perchoir…Le coq au milieu de vous, battants des ailes, a chanté avant le point du jour, parce que l’enfant Jésus est né. Qu’il vous donne le divin sauveur, d’abondants chapelets d’œufs…et des poussins en grand nombres pour réjouir la basse-cour…Descendez du perchoir, voilà les grains de Noël ! ».

Les coqs et les poules ont picoré l’avoine avec des gloussements et des sautillements.
 La terre est gaie : Noël ! Noël !
  Dans cette fête universelle, oubliera-t-on les petits chanteurs de la campagne, si pauvres en cette saison d’hiver, les petits oiseaux ? Le bon dieu leur a dit en les créant :

«  Vous n’êtes à personne qu’à moi, Allez ! Je vous donne les champs et la liberté. Mais comme il y a beaucoup de neige partout, le laboureur prend soin des oiseaux du bon dieu ; et voilà qu’à l’angle du hangar, au clair de la lune, il a couché la gerbe de Noël.
Le fléau ne l’a point battue sur l’aire, elle a été dorée par le soleil, et ses épis sont riches de grains.
Les oiseaux éveillés par les cloches, sortent de dessous les tuiles, des trous des murs et des troncs creux des arbres, ils viennent becqueter en foule, sur la gerbe du petit Jésus.
Bénit soit le petit Jésus qui apporte, cette nuit-là, tant de bonheur à tout le monde !

   Là-bas, l’église du village s’illumine. Les fenêtres brillent des quelques cierges de l’autel. Elle s’élève là dans l’ombre, la maison de Dieu, comme un château plein de reliques, et chacun y court rendre visite au petit enfant qui est né. Ne va-t-on pas visiter les grands seigneurs de la terre ?
Voyez descendre de la montagne les bergers avec leurs fifres qui rient et leurs cornemuses qui nasillent, chacun, ils s’annoncent là-bas.
Voyez remonter de la plaine, les bergères chantant des noëls. On entend leurs voix traînantes au lointain. Elles se rapprochent peu à peu.
Les enfants et les vieillards couvrent les sentiers, en suivant les haies blanchies par le givre. Les vieillards et les enfants, hélas ! Tremblent de froid aux deux extrémités de la vie.
Les lanternes fumeuses courent dans les champs et le long des chemins. Les gros chiens de bergers suivent, la langue pendante et le poil hérissé.
La terre gelée craque sous les sabots, et les arbres secouent la neige sur les habits, et quand on traverse les villages, les dogues des fermes aboient sous les portes des cours.
Où s’en vont-ils ? Où s’en vont-ils tous à cette heure ? A la petite église, comme autrefois les bergers de Madian à Bethléem.

  « N’entendez-vous pas là-bas les cloches qui disent : Allons les paresseux ! Hâtez-vous ! Allons ! Les endormis, réveillez-vous ! Venez ! Allons ! Allons ! L’enfant Jésus est né, il dort dans la crèche ! Allons ! Accourrez aux trois messes, à celle du Père, à celle du Fils, à celle du Saint-Esprit ! Noël ! Noël ! Les endormis, allons ! Réveillez-vous ! Les paresseux allons ! Hâtez-vous ! 

Noël ! Allons ! Ding ! Ding ! Dong ! Noël ! »

   L’église regorge de monde, et toutes les prières font un murmure comme celui d’un petit ruisseau invisible qui coulerait sous le pavé.
Il y a quelques pauvres gens qui dorment un peu, la tête contre le bénitier, il y a quelques vieilles femmes qui ferment les yeux en marmottant leur chapelet…
Mais Dieu juge les intentions et pardonne de grand cœur.
Voyez comme l’autel est magnifique avec ses dentelles blanches et ses chandeliers dorés !
Comme les tiges de roses sortent des vases !
Que la crèche est jolie toute de papier d’argent !
Comme les encensoirs fument !
Le prêtre a pris ses plus riches ornements !
La voilà qui dit la messe.
Dans un coin du chœur, devant un énorme pupitre qui gémit en tournant, sont les chantres.
Assis sur des escabeaux étroits, très hauts, ils chantent à plein gosier et à plein courage le « kyrié, éléison », et « l’Agnus Déi ».
Au milieu d’eux, le plus grand souffle dans un long serpent de cuivre qui beugle comme un bœuf… et par moments fait trembler toutes les vitres des fenêtres.
Les clergeots qui servent la messe, balancent les encensoirs, l’église est remplie de la sainte fumée douce à respirer. 

La petite clochette de temps en temps crie :
« A genoux ! A genoux ! »

   Les prières montent ensemble vers le ciel ainsi que des rangées de roses trémières.
Des anges volent sous les voûtes et se reposent dans les niches et sur l’autel, ils sont si fatigués pour avoir porté les jouets et les verges aux enfants !
Saint Nicolas revint sur son piédestal, quand le petit Jésus remonta au ciel, rentré dans son habit de chêne, il ne bouge plus. Le voilà de bois comme par le passé, avec sa longue barbe blanche. Son bâton à la main, il écoute, il regarde, il est joyeux tout bas, parce qu’il pense aux enfants qu’il protège, et surtout aux bûcheronnets qui seront si heureux demain en s’éveillant. 


(Fin de la première partie)


Lien vers la partie 2 : Minuit dans les campagnes, c'est le repas de Noël.

Sources: Le sabot de Noël, Aimé Giron, 1895, gravure Léopold Flameng.
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