jeudi 29 mai 2014

Des lanternes des morts en Auvergne.



Lanterne des morts de Culhat, Puy-de-Dôme.
Lanterne des morts de Culhat, Puy-de-Dôme,
Dans son écrin de verdure (45.867639, 3.335014)

Les Lanternes des Morts:


  On n'en trouve à peine plus de cent-cinquante en France, construites plus particulièrement dans l'ouest : les Charentes: saint Pierre d'Oléron, Pranzac,   Cellefroin, Fenioux et le centre du pays, Ciron, la Berthenoux dans l'Indre ainsi que de nombreuses dans le  Limousin  en Creuse: saint Goussaud, Croze, dans la Vienne : Moussac, Château Larcher et Haute-Vienne : Rancon, Coussac-Bonneval.

Lanterne des morts de Culhat, Puy-de-Dôme.
Culhat, Puy-de-Dôme, détail.
  Les aménagements modernes des cimetières et des places de nos villages ont été fatals à un très grand nombre d'entre elles. Certaines plus chanceuses ont été tout simplement déplacées pour des raisons de commodité ou d'esthétisme. Devenant rares, elles sont heureusement le plus  souvent inscrites au titre ou même pour les plus remarquables classées aux Monuments Historiques, bénéficiant ainsi de travaux et d'entretien garantissant leur protection et leur sauvegarde.
Notre patrimoine Auvergnat en possède encore quelques-unes.  Dans le département du  Puy-de-Dôme à Culhat près de Lezoux, une autre à Cébazat et à Montaigut en Combrailles et Valbeleix, une à Mauriac dans le Cantal et dans l'Allier on en trouve deux à Gannat et Estivareilles.

L'Histoire:

   Leurs rôles exact n'est pas vraiment connu malgré de nombreuses recherches.
  Lampions, tournièles, Lampiers   ou encore fanaux de cimetière ces mystérieuses petites constructions  de pierre ont depuis longtemps fait naître des interrogations quant-a leur signification exacte et leur utilisation dans les temps jadis.
Au moyen âge, l'usage voulait que soit entretenue une lumière constamment allumée  du moment du  décès jusqu’à  à l'enterrement. Tout comme cette lumière sacrée toujours présente dans le chœur des églises.

Leur construction:

Lanterne des morts de Cébazat, Puy-de-Dôme.
Cébazat, lanterne transformé en cheminée,
ou cheminée en lanterne...
   Tours de pierre creuses composées d'une ou plusieurs colonnes, ou simples lanternes qui étaient parfois creusées dans les fûts des croix ou même directement nichées dans les murs des églises, sur un petit pilier comme  celle de Mauriac dans le  Cantal.  Le plus souvent elles étaient placées au milieu de vastes cimetières longés par des routes de grande communication. Leur hauteur variait de plus de vingt mètres pour les plus grandes à deux ou trois mètres pour les plus modestes. Construites généralement en pierre de la région, granite, arkose, calcaire, vers le XI ou XII ème siècle ces petites tours pouvaient être rondes, carrées ou même octogonales, elles étaient  surmontées d'un lanternon percé de quatre à huit trous, parfois une petite porte près de la base permettait  d'y introduire la lampe à huile et il y avait un  système de corde et poulie pour la hisser au sommet. Certaines plus grandes possédaient un petit escalier interne et d'autres une pierre plate, une table, comme un petit autel. Toutes reposent sur un perron ou un soubassement, leurs toits sont coniques ou pyramidaux surmontés d'une croix de pierre ou de fer forgé.

Rites et coutumes:

- Cette flamme était le symbole de la lumière, de la vie, et de l'âme des défunts. C'était l’emblème de la lumière éternelle qu'on souhaite aux morts dans l'office funéraire. Elle rappelait aux chrétiens vivants que si leur dépouille charnelle est périssable, leur âme est éternelle. Ils pouvaient ainsi venir se recueillir la nuit en priant pour les âmes des disparus.

- Des rites religieux très anciens des celtes voulaient que la lumière signe de vie émise par ces lanternes rassurait les vivants et chassait la mort pour qu'elle ne vienne rôder près de ses futures victimes.

- D'origine très ancienne ces lanternes des morts auraient servi à éclairer les scènes de danses mystiques et sacrées qui se déroulaient parfois selon des coutumes païennes remontant aux celtes. Ces danses ou les hommes et les femmes se livraient à des gestes de débauche et à toutes sortes d'abus, furent interdites plus tard.

- On a aussi évoqué leur présence pour protéger et préserver les villageois de la peur des revenants et des mauvais esprits ténébreux. "La lumière, l'encens et l'eau bénite servaient à repousser la puissance des diables."

- Pour certains, ces lanternes servaient aussi de repères la nuit car, souvent installées à des carrefours, notamment sur les chemins fréquentés par les pèlerins de Compostelle, ou les fidèles allant aux offices de nuit, assez hautes elles étaient visibles de loin.

- Une autre utilisation possible, lors des grandes maladies épidémiques et contagieuses  elles auraient permis de conserver un feu permanent et entretenu, à la disposition des habitants de la paroisse contraints de venir chercher là leur propre feu et lumière,  pour alimenter leurs foyers domestiques, discrètement pour se tenir  à l'abri des contagieux.




Description par Pierre le Vénérable:


Pierre de Monboissier, dit Pierre le vénérable, Auvergnat et  9 ème abbé de Cluny en 1122, fait une courte description:  des lanternes des morts:

    "Ce qui occupe le milieu du cimetière, c'est une construction en pierre. elle comporte en son sommet une cavité pouvant contenir une lampe qui, en l'honneur des fidèles qui reposent là, éclaire toutes les nuits ce lieu sacré.
Il y a aussi des degrés par lequel on monte sur un espace suffisant pour que deux ou trois hommes se tiennent debout ou assis..."



  Aujourd'hui, ironie de l'histoire et du temps, ces lanternes qui devaient apporter la lumière gardent encore hélas,  dans la pénombre le secret de leur utilisation. Elles sont les dernières à se dresser encore parfois au milieu d'anciens cimetières, de terrains aujourd'hui désaffectés et dépourvus de tombes ou ré-installées près d'une église, pourtant elles attirent toujours de loin le regard du promeneur et suscitent son interrogation.






Sources: Photos et texte: © Alain Michel Regards et Vie d'Auvergne.
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