samedi 30 novembre 2013

La mort des chiens.


 « Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
 C’est vous qui le savez, sublimes animaux »
Alfred de Vigny.


CPA Auvergne, Le Lioran sous la neige

La mort des chiens.


Sur la montagne Arverne, un soir blême d’automne.
Depuis l’aurore, il neige à flocons lents et drus.
Enfermé dans un parc, le bétail roux s’étonne
De l’immensité blanche où l’herbe a disparu.
L’obscur ressouvenir de l’hivernale étable
Tire des flancs profonds où s’éveille la faim
Des meuglements entrecoupés et lamentables,
Sourds, puissants, révoltés, nostalgiques, sans fin …
L’air glacé semble hostile aux clochettes qui tintent,
La neige atténuant toute sonorité.
Oh ! Que depuis longtemps la splendeur s’est éteinte
Du grand ciel d’or ardent où s’éployait l’été !
L’été… fut-il jamais ? L’été… peut-être un rêve,
Au loin, sur les vallons béants, traîne un brouillard,
Mer grise dont les monts désolés sont la grève…
Et voici justement qu’atterrissent, criards,
Tout près du parc, parmi des roches éboulées,
Des corbeaux…

Le bétail regarde stupéfait,
Puis les cous allongés brament vers la vallée.
Les hommes sont partis en emportant le lait.
Le vacher est allé là-bas quérir des ordres :
Sans doute, on descendra, s’il neige encore demain.
Le pâtre et le valet, sentant le froid les mordre,
Ont gagné le buron, à moitié souterrain,
Et dévoré leur soupe épaisse au pain de seigle.
Ils dorment dans leur trou.

Dormez, dormez en paix !

Sous l’écrasante nuit qui s’abat, comme un aigle
Immense, sur les monts neigeux et les forêts,
Près du parc inquiet où s’agitent les vaches,
Deux chiens veillent, deux maigres chiens, aux yeux perçants.
Ils ne ressemblent pas aux aboyeurs bravaches
Qu’engraisse à ne rien faire un maître complaisant ;
Ils n’ont jamais été gâtés par des caresses.
Leur poil gris, rêche et dur, écarte les flatteurs.
Ils sont accoutumés à toutes les rudesses,
Aux soleils crus, aux froids nocturnes des hauteurs,
Aux rafales de mars, aux ouragans d’octobre.
Ils n’ont pour reposer, ni gîte, ni grabats.

Souffrent-ils de la faim ? On ne sait. Ils sont sobres ;
Ce sont des serviteurs que l’on ne paye pas.
Quand ils ont, tout un jour, avec sollicitude.
Gardés vaches et veaux du gouffre et des torrents,
Cherché les égarés, mordu d’une dent rude
Les mâles acharnés aux jeux exubérants,
Chassé loin du troupeau les bêtes étrangères.
Guidé l’entrée du parc, la marche à l’abreuvoir.
Alors, ceux dont ils font la tâche si légère
Leur jettent, dans du petit lait, quelque pain noir.
Et c’est pourquoi les chiens au troupeau sont fidèles
Et dévoués jusqu’à la mort.

CPA Auvergne, berger et son chien.


Dormez, troupeau.
Pâtre et valet ! Malgré le froid qui les harcèle.
Vos chiens veillent, ayant le devoir dans la peau.
Leurs yeux phosphorescents que les poils embroussaillent,
Ont des regards plus vifs que les regards humains,
Et leur âme, subtile et farouche, y tressaille.
On dirait qu’une angoisse obscure les étreint,
Devant l’inquiétude incessante des bêtes.
Elles sont là, debout et le dos frissonnant !
Eux, font le tour du parc à pas lents, puis s’arrêtent
Pour se coucher, puis se redressent brusquement,
Quand un heurt fait craquer les lattes d’une claie,
Quand gronde un meuglement plus trouble ou plus profond.
Lorsqu’un souffle plus fort s’exhale des futaies,
Dentelle noire au bord du livide horizon…

Tout à coup, dans un coin, le troupeau s’agglomère,
Effaré. Les deux chiens se dressent menaçants,
Côte à côte, et leurs pieds nerveux grattent la terre,
Puis un grand cri sauvage, un brusque et double élan,
Trouant la nuit sinistre, ainsi que deux épées…
Hurlements furieux de rage et de douleur,
Craquements convulsifs de mâchoires crispées…
Près du bétail tremblant, aveuglé de stupeur,
Une hydre a triple corps, roule par les bruyères.
Silence…hurlements encor. Puis un aboi
Plaintif, désespéré, suraigu, solitaire,
Qui veut être un appel, qui veut être une voix.
Puis un râle, un soupire, une ombre qui se traîne,
Puis rien… le vent glacé qui traverse la nuit
Tourmente des chardons flétris et les égrène.

Le lendemain, dès que le petit jour luit,
Les hommes qui sortaient de leur sourde masure
Ayant d’abord glissé sur de sanglants cailloux,
Découvrirent, parmi le flux noir des blessures,
Deux chiens morts, crocs plantés au cadavre d’un loup.

Pourquoi n’a-t-on pas mis dalle, palme, couronne,
Sur le maigre gazon qui recouvrent les os…
De ces deux chiens ?
Seul les pleura le vent d’automne,
Que leur manquait-il donc pour être des Héros ?

(A Henri Pourrat) 
C.Gandilhon Gens-d-Armes.





 Source : texte de Camille Gandilhon Gens-d-Armes, né à Lavigerie (Sancy) en 1871, poète Auvergnat.
               © Alain Michel Regards et Vie d'Auvergne.
 Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne et de ceux qui ne la connaissent pas.






jeudi 28 novembre 2013

Noel d' Auvergne hier.


Mon Noël en Auvergne.

CPA Mauriac, Cantal Auvergne.


(JF.Marmontel , qui vécut au XVIIIè siècle, (1723/1799), fit ses premières études à Mauriac, petite ville d’Auvergne, département du Cantal. Il était logé, comme pensionnaire dans une pauvre famille avec quatre camarades, élèves comme lui du collège.)

   Mes petites vacances de Noël se passaient à jouir, mes parents et moi, de notre tendresse mutuelle, sans d’autre diversion que celles des devoirs de bienséance et d’amitié.

    Comme la saison était rude, ma volupté la plus sensible était de me trouver à mon aise auprès d’un bon feu ; car à Mauriac, dans le temps même du froid le plus aigu, quand les glaces nous assiégeaient et lorsque, pour aller en classe, il fallait nous tracer nous-mêmes, tous les matins, un chemin dans la neige, nous ne trouvions au logis que le feu de quelques tisons qui se braisaient sous la marmite, et auxquels à peine, tour à tour, nous était-il permis de dégeler nos doigts : encore, le plus souvent, nos hôtes assiégeant la cheminée, était-ce une faveur de nous laisser approcher ; et le soir, durant le travail, quand nos doigts engourdis de froid ne pouvaient plus tenir la plume, la flamme de la lampe était le seul foyer où nous pouvions les dégourdir.

   Quelques-uns de mes camarades qui, nés sur la montagne et endurcis au froid, l’enduraient mieux que moi, m’accusaient de délicatesse ; et, dans une chambre où la bise sifflait par les fentes des vitres, ils trouvaient ridicule que je fusse transi et se moquaient de mes frissons. Je me reprochais à moi-même d’être si frileux et si faible, et j’allais avec eux sur la glace, au milieu des neiges, m’accoutumer, s’il était possible, aux rigueurs de l’hiver.

    Je domptais la nature, je ne la changeais pas, et je n’apprenais qu'à souffrir. Ainsi quand j’arrivais chez moi et que, dans un bon lit ou au coin d’un bon feu, je me sentais tout ranimé, c’était pour moi l’un des moments les plus délicieux de la vie ; jouissance que la mollesse ne m’aurait jamais fait connaître.

   Dans ces vacances de Noël, ma bonne aïeule, en grand mystère, me confiait les secrets du ménage. Elle faisait voir, comme autant de trésors, les provisions qu’elle avait faites pour l’hiver : son lard, ses jambons, ses saucisses, ses pots de miel, ses urnes d’huile, ses amas de blé noir, de seigle, de pois et de fèves, ses tas de raves et de châtaignes, ses lits de pailles couverts de fruits.

   -« Tiens, mon enfant, me disait-elle, voilà les dons que nous a faits la Providence. Combien d’honnêtes gens n’en ont pas reçu autant que nous, et qu’elles grâces n’avons-nous pas à lui rendre de ses faveurs ! »

   Pour elle-même, rien de plus sobre que cette sage ménagère ; mais son bonheur était de voir régner l’abondance dans la maison. Un régal qu’elle nous donnait avec la plus sensible joie, était le réveillon  de la nuit de Noël. Comme il était tous les ans le même, on s’y attendait, mais on se gardait bien de s’y être attendu ; car tous les ans elle se flattait que la surprise en serait nouvelle, et c’était un plaisir qu’on avait soin de lui laisser. 

    Pendant qu’on était à la messe, la soupe aux choux verts, le boudin, la saucisse, l’andouille, le morceau de petit salé le plus vermeil, les gâteaux, les beignets de pommes au saindoux, tout était préparé mystérieusement par elle et l’une de ses sœurs.

   Et moi, seul confident de tout cet appareil, je n’en disais mot à personnes. Après la messe on arrivait, on trouvait ce beau déjeuner sur la table, on se récriait sur la munificence de la bonne grand-mère, et cette acclamation de surprise et de joie était pour elle un plein succès.

JF.Marmontel.








Sources: Lectures françaises, R. Bazin, 1923.
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mercredi 27 novembre 2013

Le Sancy, Auvergne.(Poème)

Le Sancy


CPA Le Sancy

Tu portes radieux dans l’azur, Ô Sancy !

Ta cime dominant les cimes des Monts-Dore,

Où quelques points de neige étincellent encore,

Et le soleil joyeux luit dans l’air adouci.


Comme un front rayonnant que voile un noir souci,

Soudain le ciel se ride et puis se décolore

L’éclair brille suivi d’un grondement sonore

Tout devient sombre et noir sous le ciel obscurci.


Mais toi, Sancy, debout au-dessus des vallées,

Des torrents, des grands lacs, des roches désolées,

Tu te dresse toujours majestueusement

Insensible aux fureurs de la foudre qui roule

Avec un formidable et sourd mugissement,

Tel le front du poète au-dessus de la foule.




 
Sources : Poèmes d’Auvergne, Gabriel Marc, Gallica
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lundi 25 novembre 2013

Aidez les oiseaux à passer l'hiver.


L'hiver des oiseaux


cabane à oiseaux, neige et mésange

Les premières neiges et les premiers froids qui arrivent sur l'Auvergne, nous rappelle que dans la nature nos amis les petits oiseaux sont tout à coup désemparés de ne plus trouver la nourriture sur le sol et sur les branches des arbres.
Une simple couche de quelques centimètres suffit à leur malheur, et ils ne tardent pas à se rapprocher des habitations et bâtiments pour y trouver abris et nourriture.
Le froid à lui seul provoque chez eux une grande dépense de calories qui peut entraîner  en une seule nuit la fonte de leur poids de près de 10%, la petite mésange qui pèse environ 10 à 15 grammes doit maintenir son corps à 40°. L'hiver qui commence sera alors bien long pour eux, en attendant le retour du printemps.


Mésanges et boules de graisse

Comment, où et quand :


Alors, comme chaque année, les amoureux de la nature et donc des oiseaux commencent à leur installer des mangeoires en hauteur pour les mésanges, moineaux bouvreuil,  rouge-gorge, et pour les plus gros qui ne s'alimentent qu'au sol des petits tas de graines variées sous les arbres et à l'abri des chats !
Ils adorent les boules de graisse très à la mode, même si on peut déplorer que les petits filets en nylon ne se décomposent pas, et qu'on retrouve ceux de l'an dernier lorsque les branches perdent leurs feuilles. (à améliorer) On leur apporte aussi des graines de tournesol très prisées des merles et étourneaux, ainsi que des grosses graines : cacahuètes non salées, noisettes et noix  cassées.
Il ne faut pas leur donner n'importe quoi, attention au pain sec qui peut gonfler dans leur estomac et les étouffer, pas de lait,  pas de riz non cuit, de graine de lin et ricin,  de mets salés ou sucrés et de reste de nos repas.


Mésange

Attention ne les  nourrissez que par neige et froid,  ils vont vite se fidéliser à votre générosité et reviendront régulièrement s'approvisionner, soyez constant  et n’arrêtez pas brusquement, car ils seraient complètement perturbé et pourraient alors devenir fragiles et donc des proies faciles pour les prédateurs eux aussi en manque de nourriture.

La nourriture est distribuée à des heures régulières, le matin au levé du jour et en fin d'après-midi, ainsi les oiseaux se recharge en énergie pour la nuit.


Fabrication de boules de graisses personnelles:



oiseaux dans la neige500gr de végétaline, beurre saindoux ou margarine.
Mélange de petites graines : millet, avoine, maïs, acheté en sac.
Noix, noisettes, cacahuètes cassées.
Pépins de pommes et poires.
Riz cuit.
Biscottes et gâteaux secs  écrasés.
Pomme de terre cuite.
Gras de jambon.
fruits frais, pommes, poires...


Mélanger la graisse et les graines, former une boule de la grosseur d'une pomme environ, on peut mettre les boules dans des filets, moi je préfère un morceau de ficelle avec deux ou trois nœuds prisonniers dans la boule, que l'on suspendra ou posera dans les mangeoires, les boules ainsi réalisées vont passer une nuit au réfrigérateur pour durcir la graisse. Une astuce : on peut se servir de pots de yaourt, coquilles d’œufs et même de moules à esquimaux avec les bâtons, facile à suspendre et réutilisables.


De l'eau aussi !


Il est aussi important  de leur apporter de l'eau, de pluie si possible, tiède et propre, dans des récipients peu profonds pour leur consommation, mais aussi pour entretenir leur plumage par des bains indispensables. 


haie de buisson ardent

Mais aussi, un abri !


Si on a la chance d'avoir un jardin, on peut aussi les aider en plantant des arbustes à baies dont ils sont très friand, buisson ardent, pommier d'ornement, sureau, sorbier Les haies de troènes et autres sont elles très précieuses pour une multitude d'espèces qui trouve un abri et de la nourriture pour y passer l'hiver, elles sont indispensable pour préserver la biodiversité et la richesse du milieu naturel.

   Voilà, vous aurez le bonheur en plus de les voir de près, ils peuvent même s'impatienter si vous oubliez l'heure et venir frapper du bec au carreau. Mais le plus agréable c'est bien de les revoir au premier signe de printemps en pleine forme chanter et gazouiller dans les arbres voisins comme des amis avec qui vous avez fait un long chemin... 





Sources: photos et texte : © regardsetviedauvergne.fr
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jeudi 21 novembre 2013

Noel en Auvergne.

  Noël Auvergnat

CPA l'Auvergne sous la neige

  Une neige invisible tombe ; l’air glacial siffle et mord. 

CPA l'Auvergne sous la neige

 
  L’odeur d’oignons frits de la traditionnelle soupe au fromage imprègne les ténèbres, autour des maisons.
Des portes s’entre-baillent, le regard jaune des lampes filtre et des ombres imprécises, presque humaines, circulent dans les « charreires », en balançant de-ci, de-là, des lanternes aux lueurs vacillantes. 
La jeunesse du village, en manteaux de bure et en sabots, part entendre la messe de minuit au bourg lointain. 
Les pieds s’enfoncent, jusqu’aux chevilles, dans la neige, le froid brûle les visages et les yeux, qu’aveuglent les flocons, pleurent… 
 Mais le sang  montagnard est vif ! Et filles et garçons, bras-dessus, bras-dessous, barrent la route et marchent en chantant le Noël Auvergnat : 

"Il est né dedans un coin
Dans une étable
Il est né dedans un coin
Dessus le foin…"

Une rafale de vent neigeux emporte les dernières strophes et la nuit, de nouveau solitaire, fait :  Hou ! Hou ! Aux angles des maisons ; dans les chemins déserts.

Autour de la souche qui flambe et gémit, il ne reste plus que les vieux et les tout petits.
Les flammes lèchent la pierre noircie de l’âtre ; esclaves de la chaleur engourdissante, le chat ronronne et le chien dort ; les châtaignes farineuses détonnent sur le gril et les pommes qui jutent sous la dent on un parfum d’automne.

CPA la crêche Auvergnate
Qu'importe la nuit, l’écir, la neige ! Et qu'importe la crèche fleurie, toute illuminée de cierges, qui resplendit dans l’église obscure emplie de senteurs d’encens et de musique d’orgue !
Il fait bon attendre, au coin du feu, l’heure chaude de Noel…
Peu de paroles, le bonheur paisible ne se dit pas, nul geste…Les yeux rêvent et les oreilles écoutent le cri-cri grêle du grillon et les meuglements très doux des bœufs qui veillent dans l’étable comme à Bethléem…
    Minuit sonne lentement à l’horloge de cuivre. Et dans l’air, la voix des cloches chante ; elle dit :

 "Noël ! Noël ! L’enfant est né ! L’année va finir et les peines aussi ; une autre recommence… Joie ! Joie ! Noël ! Noël ! L’Enfant-Dieu est né !"

CPA vieux auvergnats près de la cheminée
  L’aïeul, s’éveillant d’une interminable songerie, se lève du fauteuil que des peaux de moutons recouvrent. Et debout, sous le manteau de la cheminée, retirant de sa tête blanche, le lourd chapeau de feutre noir, il ébauche un signe de croix.
Toute la famille entoure le patriarche et s’agenouille à ses pieds. Et la prière du soir est dite en chœur, à haute voix, avec plus de ferveur que de coutume…

Le village sommeille maintenant toutes lumières éteintes.
Bouches humides entr’ouvertes, les enfants dorment au fond des alcôves en rêvant à des petits Jésus en sucre rose qui fondent sur la langue.
   La vieille souche achève de se consumer sur un lit de cendres. Et tout autour, en ronds jolis, les sabots sages et naïfs épient la visite furtive du Bonhomme à la hotte merveilleuse.
L’écir s’est calmé, la neige ne tombe plus.
Une étoile tremble, au-dessus de la cheminée et sa lueur mystique venue de très loin du fond des âges, baigne de douceur la nuit de Noël.



Sources : Auvergne Littéraire, au pays d’Artense.
                © Alain Michel Regards et Vie d'Auvergne.
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mercredi 20 novembre 2013

Conte de Noël : les Mocassins.

Les Mocassins. (Conte de Noël) 



CPA Noel aux pays Chauds

    Quand il vit que, décembre tirant à sa fin, le ciel restait bleu comme un satin ; que les feuilles ne jaunissaient pas et que même les énormes fleurs, couleur de feu, brillaient dans les arbres ; quand il vit que les oiseaux mouches, des diamants sur la queue et l’or aux ailes, continuaient à bourdonner autour des fleurs, et que les grands aras, s’épluchant avec de maigres cris et semant les gazons brûlés d’une pluie de plumes jaunes et roses, ne songeaient pas à émigrer ; quand il compris enfin qu'en dépit du calendrier, la grande chaleur persistait et que l’hiver ne viendrait pas, alors le petit Friquet fut pris d’ennui, et, s’étant assis au pied d’un bananier d’où tombaient des bananes mûres, sans prêter attention, quoique gourmand, aux larmes de miel roux et parfumé, qui roulaient et se cristallisaient en route le long des hautes cannes à sucre cassées la veille par des singes, il s’écria :

-«  Quel vilain endroit ! Encore une année sans Noël ! » 

Petit Friquet, s’il faut tout dire, était fils d’un pauvre exilé ; qui avait suivi son père en exil, et bien qu’un heureux hasard les eût jetés dans le plus beau pays du monde, ils regrettaient pourtant la France, qui est toujours plus belle que tout. Aux approches de Noël particulièrement, le brave petit Friquet sentait redoubler sa tristesse :

-« Un Noël qui ne souffle pas le froid ; un Noël qui n’amène pas de neige, un Noël, arrivant en plein été, puisqu'ici l’été dure douze mois, ne saurait s’appeler un Noël ! »


CPA Noel aux pays Chauds
   Deux choses d’ailleurs manquaient au Noël de petit Friquet, deux choses rares dans ces climats, où les gens vont pieds nus et ne se chauffent point : une cheminée et des sabots ! Heureusement, il se souvint que son père possédait une paire de mocassins en peau souple, brodés de perles, objets curieux abandonné par un chef sauvage en échange d’une bouteille d’eau–de-vie. Les mocassins serviraient de sabots, le trou pratiqué au faîte de la cabane pour laisser passer la fumée des repas jouerait le rôle de la cheminée.
Le soir venu, petit Friquet plaça donc un des mocassins brodés sous ce trou bleu piqué d’étoiles ; puis, ayant embrassé son père qui, triste aussi, pleurait un peu, il alla se coucher, presque consolé, et le cœur rempli d’espérance.
Oh ! Le bon sommeil et le beau rêve Si loin, si loin de la patrie, petit Friquet se retrouva, sans savoir comment, dans son village, tel qu'il est la nuit du réveillon.
L’étroite rue blanche et solitaire, entre deux rangs de pignons frangés de glace, s’éclairait au reflet joyeux des fenêtres illuminées. Il y avait des chansons dans l’air, une agréable odeur de cuisine et de vin muscat ; et, sur les toits, avec ses bottes qui ne faisaient pas de bruit à cause de la neige épaisse, le bonhomme Noël, du givre à la barbe, passait, regardant par l’ouverture de chaque cheminée, et jetant dedans des joujoux qu'il tirait d’une grande boîte.
Puis le bonhomme Noël s’arrêta, et s’accotant à un tuyau :

-« Allons, voilà ma tournée fine ! Il s’agit maintenant de souffler un peu et de fumer une bonne pipe. »

Mais tout à coup, grattant le bout de son nez que la bise avait rendu rouge :

-« Ah ! Sapristi ! Et petit Friquet que j’oubliais ?...J’ai malheureusement tout distribué ; que diable vais-je fourrer dans les mocassins brodés de perles… ? »

Friquet, de son lit, se disait :

-« Si Noël, puisqu'il n’a plus rien, pouvait seulement m’apporter une belle poignée de neige, de cette neige blanche et froide qui me fait regret tous les ans, volontiers je m’en contenterais : elle me rappellerait la France ! »

Alors, comme s’il eût entendu, le bonhomme ramassa sur la pente du toit une belle poignée de neige, la mit dans sa hotte, alluma sa pipe et partit. La pipe brillait dans la nuit ; des bergers la prirent pour une étoile.

-« Hélas ! Pensait petit Friquet, le voyage est long, le Bonhomme est vieux ; si fort qu'il marche et qu'il se presse sous le soleil brûlant, à travers les déserts, avant qu'il soit arrivé ici, la neige sera fondue. »

CPA Noel
  Et quand le Bonhomme Noël arriva, tout essoufflé, avec sa hotte, un peu de neige restait au fond, mais si peu, à peine gros comme une noisette !
Derrière le trou, sur le toit qu’éclairé un rayon de lune, petit friquet distinctement aperçut le bonhomme Noël en train de secouer sa hotte. Un flocon tomba ; puis un second, puis un troisième, puis cent, puis mille : la hotte semblait inépuisable et tous ces flocons descendaient dans le mocassin. Bientôt le mocassin déborda : la neige envahit la cabane ; alors un coup de vent balaya la neige qui, s’en allant par la porte, et voltigeant sur tout le pays, comme un essaim de mouches blanches, couvrait la montagne et les plaines et suspendait aux épines des cactus, aux guirlandes des lianes, aux palmes découpées des cocotiers, d’immenses draperies d’argent au milieu desquelles éclataient les calices des fleurs tropicales et le plumage multicolore des infortunés aras ébouriffés en boule, silencieuse, la queue pendante et le bec sous l’aile.
La cabane, à présent, avait des vitres, et ces vitres s’étaient couvertes des beaux dessins que fait le givre. Elle avait une cheminée. Sur les landiers de fer, une énorme bûche s’écroulait en braise. Ruisselant de jus, la peau dorée, une dinde rôtissait devant.
Encapuchonnés, de la neige aux pieds et grelottant avec  délices, des voisins, des amis, arrivèrent. On eut très chaud, on se serra. On entendait, bien à l’abri, souffler la bise. Ce fut un joyeux réveillon, un vrai réveillon de Noël !
Et même au dessert, petit Friquet, que le bien-être ne rendait pas égoïste, voulut ouvrir la fenêtre à un oiseau-mouche transi qui cognait du bec sur les vitres.
Par exemple, quand arriva le matin, la cabane était redevenue cabane. Au-dehors, plus  trace de neige : un ciel bleu, un soleil brûlant ; les oiseaux mouches bourdonnaient toujours, les grands aras criaient toujours dans les arbres.
Seulement, petit Friquet retrouva tout humides ses mocassins brodés de perles… mais, ce pouvait être la rosée de la nuit...

-«  Et cela est vrai ? »

-"Pourquoi pas ?"

 Surtout quand il s’agit du bonhomme Noël, j’avoue avoir foi aux miracles. Petit Friquet, lui aussi, croit à la réalité de son aventure. Il me l’a sérieusement et fort gravement racontée. 
 Petit Friquet est ici, avec son père revenu d’exil et c’est chez eux que, cette année, j’ai promis de faire réveillon. 


Paul Arène.









Sources : Contes de Paris et de Province, Paul Arène, 1887.
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lundi 18 novembre 2013

La chanson du Pastour.


Le pastour, chanson d'Auvergne.

CPA Berger Auvergnat et ses moutons

C’est le soir, à l’heure où l’on danse,
Où l’on danse dans le hameau ;
Le pastour de ces lieux s’avance,
S’avance avec son chalumeau.
C’est un fils de l’Auvergne, un fils de la montagne,
Le bonheur l’accompagne,
Le bonheur et l’amour.
Il chante chaque jour, sous ce riant bocage,
Vous qui passez par le village
Écoutez le chant du pastour.

CPA Auvergnats danse de la Bourrée

Verts sommets, roches magnifiques,
C’est vous, que célèbrent mes chants ;
Et vous, forêts mélancoliques,
Et vous ruisseaux retentissants.
C’est l’Auvergne en un mot, mon Auvergne chérie,
C’est ma verte prairie,
C’est mon humble séjour,
C’est de l’enfant des monts le sublime courage.
Vous qui dansez sous cet ombrage,
Écoutez le chant du pastour.

CPA Auvergnats danse de la Bourrée

Quand je parcours de nos montagnes
Les sentiers émaillés de fleurs,
Je vois à mes pieds les campagnes,
Et des cieux je touche aux splendeurs,
Je vois ce ciel si pur, où dans mon saint délire,
Ma pensée a su lire ;
Je chante avec le jour,
Je chante avec la voix des vents et de l’orage ;
Vous qui rêvez sous le feuillage,
Écoutez le chant du pastour.




Sources : Chanson et musique : Deezer, Jean Cambon, Bal Auvergnat.
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vendredi 15 novembre 2013

Anecdotes au château de Randan, Puy-de-Dôme.


Le château de Randan, Puy-de-Dôme.

Château de Randan

   Voici deux petites histoires anecdotiques qui se sont déroulés en Auvergne, précisément au domaine Royal de Randan (Puy-de-Dôme). Elles sont tirées du livre : Mémoires des Autres de la Comtesse Dash.  De son vrai nom : Gabriella Anna de Cisternes de Courtiras, vicomtesse de saint-Mars (1805/1872) elle fût la collaboratrice d’Alexandre Dumas, on lui doit aussi de nombreux romans dépeignant la vie et les mœurs de la bourgeoisie : La Marquise sanglante, Le salon du Diable, Les aventures d’une jeune mariée… Mais revenons en Auvergne :

Le Domaine Royal de Randan.   « Randan était alors à Mme Adélaïde, sœur du roi, c’est une splendide demeure historique. Il a appartenu aux comtes d’Auvergne, à la famille de la Rochefoucauld, aux comtes de Foix, au fameux duc de Lauzun qui y enferma sa famille, aux ducs de Lorge et enfin, après bien des péripéties, à la maison d’Orléans. On y montre encore la fenêtre qu’escaladait le chevalier Bayard pour venir voir sa mie, la dame de Randan (Ndlr Anne de Polignac).
 D’autres furent, en revanche, des modèles de fidélité et d’amour conjugal. On cite une comtesse de Foix  qui, après la mort de son mari, se couvrit d’un tel deuil, renonça si bien à toutes parures, qu’elle fît ôter tous les miroirs du château et cessa de se regarder.
Plus de trente ans après, elle fût obligée d’aller à la cour pour un de ses petits-enfants qui s’était mis dans la disgrâce royale. Elle marchait dans une galerie du Louvre et aperçu de loin une vieille dame qui venait vers elle. En approchant, comme elle lui trouvait un fort grand air, elle lui fît la révérence, pensant que c’était sans doute une princesse de sang, qu’elle ne connaissait pas.
La révérence lui fût rendue et la dame avançait toujours. Elles arrivèrent nez à nez. La comtesse trouva peu polie cette manière de rester en face d’elle et de lui boucher le chemin. Elle avança la main pour l’écarter, impatientée de cette impertinence, et rencontra une surface unie et froide, ce qui la fît reculer. Elle crut d’abord au sortilège, mais en regardant mieux, elle découvrit que c’était une glace et qu’elle voyait sa propre image. Elle ne s’était pas reconnue, ridée et avec les cheveux blancs, elle qui s’était laissée jeune et belle…



Le Domaine Royal de Randan.
L’ancien château était d’une grande ancienneté, on l’a rebâti presque en entier au temps de la Renaissance. Ses murs sont en briques arrangées en mosaïques blanches et rouges. C’est bizarre. Ses appartements du rez-de-chaussée, formant premier sur le jardin, étaient très simplement meublés en acajou du temps de l’Empire, avec des rideaux en coton. La terrasse domine une de ces magnifiques vues d’Auvergne qui se ressemblent toutes. La chapelle rappelle celle du Palais-Royal.



Le Domaine Royal de Randan.
Les nouvelles salles à manger, construites par la princesse, sont élégantes et riches en même temps. Nous avons passé la journée à Randan et nous y avons rencontré M. d’Argoult, ce qui nous a procuré une réception princière. On nous  servit des fruits d’une telle beauté, que je n’ai jamais rien vu de semblable. Si nous fussions venus la veille cependant, nous eussions vu bien autre chose. Il s’était passé une chose assez comique dont on eût pu faire une pièce pour Arnal.


    Mme Adélaïde avait annoncé à ses gens la visite du ministre, en leur recommandant de le recevoir comme elle-même et, sans donner aucuns détails. Elle indiqué un jour et, dès le matin, les cuisiniers étaient à l’œuvre, on cueillait les plus belles fleurs et les plus beaux fruits.



Le Domaine Royal de Randan.Vers midi, un courrier en riche livrée entra dans la cour, précédant une voiture à quatre chevaux. Aussitôt, chacun se précipite, on court au-devant de l’Excellence, pour lui offrir l’hospitalité au nom de la princesse. Un homme de trente à trente-six ans sort de la calèche.
-« Mon Dieu ! Pensent-ils, qu’il est jeune ! Il faut que ce soit un grand génie pour être parvenu si vite.
Autre étonnement, il donne la main à une belle et fraîche dame, éblouissante d’attraits et de parures.
-« C’est Mme la Comtesse ! Qu’elle est aussi jeune, et qu’elle est jolie !

Le Domaine Royal de Randan.
Et l’on s’empresse, et on conduit dans les jardins, la magnifique forêt, avec des révérences, des courbettes. M. le Comte par-ci, Mme la Comtesse par-là. Ils acceptent tout, et daignent manger le splendide déjeuner d’abord, la friande collation ensuite, ils remontent enfin dans leur somptueux équipage et s’éloignent accompagnés de hourras comprimés par le respect.
C’était tout bonnement le comte et la comtesse de Saint-Cyran, très connus par leurs opinions légitimistes, n’allant pas à la cour et se trouvant dans la dernière surprise d’être accueillis ainsi dans une terre de la maison d’Orléans. Ils étaient loin de se douter de l’erreur dont ils profitaient.
Le lendemain, M. d’Argoult arriva dans une mauvaise carriole, sans tambours ni trompettes, il fut reçu comme un malotru, et fut obligé de se nommer, sans quoi on ne lui aurait pas offert un verre d’eau. Vous jugez de la désolation des gens ! 

Heureusement, il était homme d’esprit, et il prit la méprise en riant de tout son cœur. » (Fin de l’extrait)




Sources : Mémoires des Autres par la comtesse Dash, souvenirs anecdotiques sur le règne de Louis-Philippe.

               Photos:© Alain Michel Regards et Vie d'Auvergne.

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jeudi 14 novembre 2013

Les Monts Dômes. (Poème)

Le Puy-de-Dôme et les Monts Dômes

Le Puy-de-Dôme et les Monts Dômes


Énergiques et forts au-dessus de la plaine,
Courbes nettes brodant au midi l’horizon,
Les Dômes bleus font voir, dans la belle saison,
Leur variété sobre et leur grâce hautaine.

Mais, avec sa rondeur majestueuse et pleine,
Le Puy de Dôme, ainsi qu’un maître en sa maison,
Commande aux puys mineurs prosternés à foison
Devant sa pyramide auguste et souveraine.

Contemporains des jours où les laves tombaient,
Ils gardent, ces vieux monts dont  les cimes flambaient,
La gravité de ceux qu'a meurtris une épreuve.

Je goûte à vous revoir un plaisir infini,
Dômes que l’on contemple au loin de Villeneuve,
Calmes sur votre socle austère de granit.

Septembre 1918, Camille Barse.






Sources : texte : Camille Barse.
                Photo : © regardsetviedauvergne.fr
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mercredi 13 novembre 2013

Les deux billets de Ninette. (Poème)

Ninette.

CPA rose

Au seuil de la maisonnette,
Dans son rosier tout en fleur,
Ninette,
Qu'a-t-elle vu, la fillette,
Qui fait battre ainsi son cœur ?
Ce qu’elle a vu, l’enfant charmante ?
Deux billets en secret glissés…
Mais ce qui plus fort la tourmente
Et tient ses jolis yeux baissés,
Faut-il le cacher ou le dire ?
Ninette, hélas ! Ne sait pas lire !



Comment de l’ami qu’elle aime,
Distinguer, en ce moment
Suprême,
Le doux billet, ici-même,
Du billet de l’autre amant ?
L’un, séducteur de haut parage,
Sans façon se croit adoré ;
L’autre, est un garçon du village,
Timide et pourtant préféré…
Tendre Ninette, ah ! Quel martyre !
Pourquoi d’instinct ne sait-on lire !



Dans la  gêne enchanteresse
Dont le trouble gracieux
L’oppresse, 
Son œil contemple l’adresse
Des billets mystérieux…
L’un, de musc au parfum splendide
Embaume l’air émerveillé ;
L’autre, révèle, encore humide,
Une larme qui l’a mouillé…
Ninette alors, prompte à s’instruire,
Choisit le bon… sans savoir lire !





Sources: Poésies et Mélodies, Hippolyte Guérin de Litteau.
              © Alain Michel Regards et Vie d'Auvergne.
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