vendredi 9 août 2013

La religion.

La religion.

dessin de l'église de chateldon, puy-de-dôme
Eglise de Châteldon, Puy-de-Dôme.

    "La religion se perd… Vous ne m’ôterez pas de l’idée que c’est à cause de toute cette instruction qui casse la tête du monde !

    A part le catéchisme de la première communion, on ne prend rien de bon dans les livres ; je tiens cette crainte de ma pauvre mère, elle jetait dans son feu tout le papier qui avait des lettres dessus.
De mon temps, on savait ses prières ; on savait compter de tête et sur ses doigts ; on savait mettre son nom au bas d’une feuille, à cause des ventes qu'on pouvait avoir à faire devant le notaire.
Oh ! C’était tant qu'il en fallait pour gagner son pain et suivre sa droite route dans la vie de ce monde… !
    Il faut dire qu’on écoutait les curés, de ce temps. Si un homme manquait la Sainte-Messe trois fois l’an, il avait défense de gagner ses Pâques. Et le monde d’alors aurait préféré perdre sa récolte que de manquer les Pâques.
   Quand une femme avait eu un petit, c’était une affaire pour remettre les pieds chez le Bon Dieu. On allait l’attendre sur le chemin du bourg en procession, avec des cierges allumés, en disant des prières ; on l’emmenait pour la faire bénir, sur les marches devant le portail, et le mimi dans ses bras. C’était de bonnes coutumes, voyez-vous. Mais ça s’est perdu.

   Aujourd’hui, si les prêtres en demandaient tant, ils videraient leur église du premier coup… !
Je me rappelle le temps, ce n’est pas si vieux, où vous n’auriez pas vu une place vide dans les bancs des familles entre le chœur et le bénitier. C’était au temps de monsieur le curé Fayet, celui qui avait tant de goût à la chasse.
 Oh ! Je vous dis, si ce prêtre entendait des chiens mener quelque lièvre pendant l’élévation où on fait un silence, c’était plus fort que lui. Il en sautait la moitié de son latin ; le chantre ne pouvait pas le suivre tant il se pressait. Il tournait, virait sur les marches, d’une façon si dégagée qu'on n’avait pas le temps de le voir. Se dépêcher comme ça le menait vite au dernier signe de la Croix ; alors il courait dans la sacristie, tirait ses ornements, sautait sur son fusil qui était toujours dans un coin, par-là, et il filait par des chemins qu'il savait, pour attendre le lièvre juste à l’endroit où ses oreilles pointeraient. Il ne se trompait  jamais… Nous autres, en revenant par nos sentiers, nous entendions pété le coup :

-« Allons ! Monsieur le curé aura son civet ! » Nous disions nous. C’était son plaisir, à cet homme. Et quand même il aurait eu ce travers, on pouvait bien ne pas y faire attention, à cause de toutes ses qualités. Il savait trop bien attirer son monde. Une pleine église, je vous dis, même l’hiver, quand la bise nous retournait le bord des coiffes, comme si elle voulait les emporter à travers pays
.
 
paysan semeur
  Les dimanches et les fêtes, le monde d’aujourd’hui tourne le foin dans les prés et lève la gerbe comme si c’était la semaine. La cloche peut bien sonner son saôul dans le clocher du bourg ; ça ne les dérange pas plus que si je cassais mon sabot. Les femmes vont à la messe parce-que c’est leur habitude ; les filles pour s’habiller proprement. Les hommes ? Oh ! Foutre ! Ils ont bien trop peur que le clocher leur tombe dessus, pour passer la porte de l’église. Ils restent sur la place et disent leur messe à l’auberge, autour de la bouteille…

   J’ai la souvenance des Carêmes de l’ancien temps, où tout le monde jeûnait, sans œufs, sans graisse et sans avoir peur de s’abîmer la santé. Oh ! Bonne-Mère du ciel ! On travaillait autant, on élevait davantage de petits, on soignait moins ses malaises et on devenait plus vieux…Entendez-le comme vous voudrez…


chapelle de Notre dame de Lourdes
     Et la jeunesse, qu’elle était aimable, dans ce temps ! Des traînées, des riens du tout, il n’y en avait point dans les campagnes pour courir après les garçons et déranger les hommes mariés. Ou, si on en connaissait une, on en avait honte et l’on l’avait en crainte comme l’Antéchrist.
Il faut vous dire que dans ma jeunesse, on faisait le mois de Marie, ça retenait bien nos filles, tous ces chapelets. Les gros villages avaient une chapelle avec la statue de Notre-Dame de Lourdes sur un autel avec des bouquets dorés, des garnitures en dentelle, des chandeliers, enfin tout ce qu'il fallait. Oh ! Que c’était joli à regarder tous les soirs du mois de mai ! On allumait les chandelles qui éclairaient les pots sous les « Aimez-Moi », c’est la fleur de la Sainte-Vierge ; les filles chantaient des cantiques de toute leur voix. Il faisait peine de s’en aller quand c’était fini…

   Les garçons nous faisaient bien des misères dans ces mois de Marie. Ils lâchaient, tout d’un coup, deux ou trois douzaines de meuniers entre les bancs, et toutes ces bêtes se mettaient à ronfler en secouant leurs grosses ailes marron autour des bougies. On ne s’entendait plus répondre aux « Je vous salue Marie ». D’autres fois, ceux de la classe mettaient les barres après la porte et nous fermaient dedans. Mais c’était pour rire et on ne pouvait pas le prendre en mal. On sortait par les fenêtres en criant après eux. Ça les faisait se tordre de rire voir les vieilles manquer de dégage et s’embarrasser les pieds dans leurs jupons pour enjamber cette fenêtre…
Le mois de la Sainte-Mère et toutes les pratiques de la religion, maintenant, ça se néglige. C’est changé de mode. J’en ai vu se rire de moi, quand je me signe devant les croix des chemins…
dessin d'une croix de chemins des Rogations
      Allez voir la procession des Rogations, pour les biens de la terre. Derrière le curé, vous trouverez quelques béates comme moi et c’est tout… Que le Bon-Dieu fasse encore pousser leur herbe, leur seigle, leurs pommes de terre, ça passe mon entendement. Se voir servi comme il est, le pauvre ! Et leur donner quand même sa pluie et son beau temps !

Allons, vous comprenez bien qu'il faut être le Bon-Dieu, pour fermer les yeux sur la mauvaise conduite des gens et faire comme si de rien n’était !!! "






Sources :Extrait de  Auvergne Littéraire, Artistique et Humoristique, 1934.
                © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
                Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne, et de ceux qui ne la connaissent pas.


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