mardi 30 juillet 2013

La soupe aux choux.


La soupe aux choux des Auvergnats.


CPA la soupe aux choux  Auvergnate


Ô bonne soupe aux choux, odorante et bien chaude,


Plus douce à regarder qu’une jeune Brayaude,

Dans ton mélange exquis, j’ai planté ma cuiller

Et je vais te manger bientôt, sans sourciller.

En attendant un peu que tu sois refroidie,

Mains jointes, devant la soupière rebondie.

CPA la soupe aux choux Auvergnate


J’aspire à nez ouvert ton fumet sans pareil.

Sur ton bouillon doré par les feux du soleil,

Je vois nager le lard et les pommes de terre.

  Ô soupe du pays au parfum solitaire !

Laisse-moi bien longtemps te regarder encor.

A travers ta fumée aux tons de perle et d’or,

Je crois voir ma maison que la prairie embaume,

Et mon petit verger et mon grand Puy-de-Dôme.

CPA la soupe aux choux Auvergnate








Sources : Poèmes d’Auvergne, Gabriel Marc, 1882, Gallica
              © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
          Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne, et de ceux qui ne la connaissent pas.




Chanson : la noce de l'Auvergnat.

La noce de l'Auvergnat.



(Air de la gueule à quinze ans.)

CPA Mariage Auvergnat
Mariage Auvergnat

J’vas donc pour mon compt’ me marier, chette fois,
J’veux créer un’ Madame Eujtache,
J’épouj’ devant l’ maire Ijabelle Franchois
Qui m’apport’ chon cœur et cha vache ;
Je commenche à prendre en horreur ;
Le chot plaisir d’être garchon d’honneur ;
Enfin, par acte notarié,
Ch’est à mon tour d’être l’marié.

CPA Mariage Auvergnat


J’veux qu’on chonn’ les cloches auchi fort qu’à Paris
Pour que chacun ch’mette à la f’nêtre,
J’aurai l’air chi fier qu’tous les gens du pays
Verront bien qu’ch’est moi qui vais l’être…
J’mettrai des rubans en chatin,
Rouges, bleus, verts punaij’s et couleur ch’rin ;
Comme un arc-en-chiel j’ch’rai varié,
Ch’est à mon tour d’être l’marié.

CPA Mariage Auvergnat

Quand nous chortirons de chigner l’conjungo(1).
J’ch’rons préchédé par une mujette ;
J’veux qu’un gros joufflu, chouffle à tir’Larigo
Pour qu’on chach’ bien qu’nous chomm’s de fête :
C’hlui qui ne trouv’ra pas d’amujement,
Aura le plaijir, de s’embêter gaiment ;
Il s’ra content d’s’être ennuyé,
Ch’est à mon tour d’être l’marié.

CPA Mariage Auvergnat

J’commench’rons l’diner par une choupe aux choux,
Avec du lard, ch’est chalutaire ;
La cuiller debout ch’tiendra d’dans comm’ chez nous
Enchuite, un plat de pomm’s de terre ;
Lapin, poichon…Dans les gigots
Je défendrai d’mettre des haricots,
J’veux pas qu’perchonn’ choit achphyxchié,
Ch’est à mon tour d’être l’marié.

CPA Mariage Auvergnat

Après le diner, un inchtant nous chant’rons,
Nous entendrons ma tante Adelaïde ;
Ell’ chant’ faux, ch’est vrai, comme plusieurs jetons,
Mais ronfle comme un ophicleide(2)
Au r’fraint nous f’rons du bacchanal
Et nous aurons, chi nous chantons tous mal,
L’plaisir d’avoir bien crié…
Ch’est à mon tour d’être l’marié.

CPA Mariage Auvergnat

Le bal commench’ra, mais tout bon cavalier
Doit porter d’la chauchure ferrée,
Une livre de clous au moins par chaqu’ choulier,
Afin de bien dancher la bourrée.
J’frapp’rons à grands coups de talon
Tant qu’il faudra que le plancher du chalon
A l’avance choit étayé ;
Ch’est à mon tour d’être l’marié.

                              Gustave Leroy



1- Conjungo : mariage
2-ophicléide : instrument à vent (serpent à clefs)



Sources : Trésors des chansons joyeuses et populaires, 1860, Gallica
© Alain Michel Regards et Vie d'Auvergne.
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lundi 29 juillet 2013

Histoire d'un vieux berger du Puy de "Pariou".

Le Pariou et le berger.  


CPA le puy de Pariou
 
   Parmi l’antique "Chaîne des Dômes", à côté de la masse imposante qui le domine, il est un puy plus modeste : le "Pariou" (1) est son nom. Il n’accroche pas les nuées aussi bien que son voisin le Puy-de-Dôme, mais son cratère est parfait.
Imaginez au sommet d’un cône tronqué une ample cuvette de gazon où les grands vents viennent mourir en zéphir, et qui emmagasine pour le soir la chaleur du jour.
Jusqu’à ces dernières années, vous auriez pu voir sur les pentes du mont le père Liard. C’était un octogénaire d’une pauvreté extrême. Les gens de Sauzade, le hameau voisin, lui confiaient leurs vaches, mais seulement ceux dont l’étable était peu remplie et qui n’avaient pas de serviteurs.

CPA berger Auvergnat
   Et tous les jours, sauf pendant la mauvaise saison, le vieux gardait son troupeau pacifique. Drapé dans une limousine couleur d’automne, immobile le plus souvent et appuyé sur son bâton, on eût pu le prendre pour le génie du puy mystérieux. Sa taille élevée se voûtait, et sa figure parcheminée par les autans était effrayante. On n’y voyait que des méplats et des trous d’ombre comme sur le visage de la Camarde. (2)

   Le Pariou reçoit durant l’été quelques touristes intrépides, ceux que l’ascension du Puy-de-Dôme n’a pas suffisamment fatigués, mais après septembre, c’est l’absolue solitude qui l’environne. Le vent s’engouffre autour des montagnes, il tourbillonne et gémit avec des plaintes de détresse, auxquelles répond seulement le glapissement aigu du goupil.

Un jour de novembre, où le soleil par intermittence dorait encore d’une caresse ultime les pentes roussies du Pariou, sans souci de l’aigre bise qui soufflait furieusement dans les ravines, deux silhouettes menues se lancèrent à l’assaut du mont. Il est particulièrement audacieux en Auvergne, de tenter les escalades à la fin de l’automne, car les brouillards arrivent en traîtres. Lorsqu’il n’y a même pas de sentier tracé, c’est téméraire.

Depuis le début du mois, le père Liard avait dû renoncer à conduire ses vaches sur les pentes. Les jours s’écourtaient et les brumes denses ne s’élevaient que trop rarement. Désœuvré, le vieux ne savait que faire, et pour peu que le temps le permît, il montait au Pariou où il trouvait toujours des brindilles à glaner.
Il connaissait si bien la piste de ses bêtes, dont il avait la sagesse de ne pas s’éloigner, qu’il était sûr  de se retrouver malgré le brouillard.

 
CPA Pâtre Auvergnat
    En ce jour de fin novembre, tandis que la bise cinglait les puys millénaires où s’attardait le soleil, le père Liard grimpait pour rechercher le rayon oblique et jaune qui lui donnerait l’illusion de la saison clémente. Tout en ramenant sur son corps squelettique les pans indociles de sa limousine, il regardait, intrigué, les deux enfants qui approchaient lentement. Car c’était des scouts, de ces gamins au grand chapeau et au foulard écarlate, qui préfèrent coucher sous la tente que dans le logis douillet de leurs parents, pensait le vieux. Et le pauvre homme qui traînait avec lui le maigre fagot qui réchaufferait sa veillée solitaire, maugréait contre ce qui était pour lui un sacrilège : ne pas profiter des biens que le Bon Dieu vous octroie.



  Les deux silhouettes se confondaient maintenant avec la « cheire »(3) fauve, s’évanouirent même tout  à fait. Le vieux berger les guetta longtemps parmi les pacages où il s’attendait à les voir réapparaître, et finit par s’inquiéter.

Avec précaution, il dévala la pente à travers les noisetiers dénudés. A proximité d’un énorme rocher, le seul qui déchire les flancs du puy, le vent plus vif lui apporta des sons de voix. Malgré son grand âge, le bonhomme s’engagea sur une étroite plate forme, et découvrit dans l’excavation au-dessous les deux imprudents garçonnets. Ils avaient roulé là avec des fragments de pierre, et, bien qu’indemnes à quelques éraflures près, ils commençaient à s’inquiéter et ne savaient comment sortir en dépit de leur agilité.
L’apparition du père Liard les combla d’aise, et devant ses bonnes intentions, ils furent tout ragaillardis. Le vieux s’était avancé sur le pointe extrême du roc pour les mieux guider, car il fallait une vue d’ensemble de l’excavation pour en diriger l’escalade assez périlleuse au milieu des scories qui s’éboulaient. Enfin, ils furent hors de danger et de sa voix forte encore, le berger continua à les orienter tant qu’ils cherchèrent l’issue du taillis.

Longtemps il les suivit des yeux, et les deux enfants reconnaissants se retournaient pour lui faire des signes d’amitié. Le père Liard, ne sentait pas la bise glacée, et ne fut tranquille, qu’ayant aperçu les deux petits sur le ruban noir et lustré de la grand-route.

La nuit arrive vite en montagne. L’ombre envahissante s’élevait des creux et un vilain nuage que le mont venait d’accrocher s’y balançait indécis.
Une angoisse étreignit le vieillard lorsqu’il embrassa du regard la corniche rocheuse sur laquelle il était engagé, et qu’il fallait de nouveau parcourir en sens inverse. Le froid l’avait engourdi, et ses jambes lui semblaient deux blocs lourds et malhabiles. Les rafales redoublaient de violence et ramenaient des effilochures grises de la nuée qui descendait.

Le père Liard n’avançait presque plus : il craignait de s’égarer quand la brume par instant masquait le vide qu’il côtoyait. Loin de son chemin habituel à travers les pacages, il se sentait désemparé. Le rocher hostile s’effritait sous son pas hésitant, et les broussailles qui l’égratignaient semblaient l’enserrer dans un réseau méchant. Une humidité froide le pénétrait. D’une main, il se cramponnait à son bâton, et de l’autre s’évertuait à retenir la limousine gonflée qui l’entraînait.

A demi-courbé, arque bouté contre une faille de basalte qui l’abritait un peu, le père Liard lutta de toutes les forces défaillantes de son pauvre corps usé, et de toute l’énergie de son âme.
Le nuage de suie s’insinuait partout. Une nuit dense comme on n’en voit qu’en montagne, épaisse et noire ainsi qu’une coulée d’encre, finit par s’abattre sur les grands Dômes. Une nuit de deuil, ou le vent hurlait la mort. Toutes les heures atroces des ténèbres, que lançait le clocher aigu de Sauzade étaient répercutées sur les laves sonores. Et ce ne fut qu’après les douze coups de minuit, que l’éclair rouge de la congestion abolissant la volonté, mit fin à cette agonie.

   Au printemps suivant par un de ces jours radieux et bénis de mai où la montagne, libérée enfin de l’étreinte des neiges se revêt d’or, on découvrit dans la grande cassure du Pariou, à demi-retenu encore par les dernières glaces, le vieux berger miraculeusement conservé. Son visage reposé, moins effrayant peut-être que jadis, ne révélait rien de l’horrible tragédie dans le froid et dans la nuit.

Un cortège funèbre s’improvisa. Sous un ciel fin où quelques blancs cirrus se pourchassaient allègrement, l’haleine des Dômes faisait vibrer les fleurs des genêts. Elle détachait les pétales jaunes qui s’envolaient comme des papillons de lumière, pour apporter la première caresse du printemps au vieux pâtre, qu’avant de le reprendre à jamais, la montagne ramenait au jour pour la dernière fois.

Jacques Lerta



1) le Pariou : volcan de la Chaîne des Puys d'Auvergne, à 1209 m.
2) la camarde : représentation de la mort sous la forme d'une tête de squelette.
3) la Cheire : coulée volcanique  de scories.
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Sources : Auvergne littéraire, 1931.
               © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
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Le fabliau du conteur du Roi.

Le conteur du Roi.


 

   Un Roi avait un conteur de fabliaux qui l’amusait beaucoup. Un soir qu'il était au lit, il le fit venir, et lui demanda un conte.
Celui-ci, qui mourait d’envie de dormir, fit tous ses efforts pour s’en dispenser ; mais il eut beau faire, il fallut obéir. Il prit donc son parti, et commença de la sorte :

-" Sire, il y avait un homme, qui avait cent sous d’or. Avec son argent il voulut acheter des moutons ; et chaque mouton lui coûta six deniers ; il en eut deux cents ; et il s’en revint à son village avec ses deux cents moutons, et il les chassait devant lui.

Mais en revenant à son village, il trouva que la rivière était débordée ; car il avait beaucoup plu, et les eaux s’étaient répandues dans la campagne ; et il n’y avait point de pont ; et il ne savait comment passer avec ses moutons… !
Enfin, à force de chercher, il trouva un bateau ; mais ce bateau était si petit, si petit, qu’il n’y pouvait passer que deux moutons à la fois…"

Alors le conteur se tut.

-"Eh bien ! Quand il eut passé ces deux-là, dit le Roi, que fit-il ? "

-" Sire, vous savez que la rivière est large, le bateau fort petit, et qu'il y a deux cents moutons. Il leur faut du temps ; dormons un peu… tandis qu'ils passent ; demain, je vous raconterai ce qu'ils devinrent…"






Sources : Fabliaux du Moyen-Age : Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, 1845
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Le retour du soudard de guerre.

Le soudard.



 
    Quand le soudard (1) de guerre revint tout mal chaussé, tout mal habillé, il entra à l’auberge et dit à l’hôtesse :

-« Dame l’hôtesse, tirez du bon vin blanc pour le soudard qui n’a pas d’argent ! ».


Et le soudard se mit à table, se mit à boire et à chanter et l’hôtesse à pleurer.

-« Que pleurez-vous dame l’hôtesse ? Vous pleurez votre vin blanc… »

-« Je ne pleure pas le vin de ma cave, je pleure la mort de mon mari… Comme vous lui ressemblez ! »


Alors, le soudard se leva et regardant l’hôtesse en pleurs qui serrait contre elle ses quatre enfants, il s’écria :

-« Qu'as-tu fais méchante femme ! Je t’avais laissé deux enfants en partant et j’en vois quatre à présent ! »

-« Hélas, mon ami ! On m’a écrit de fausses lettres, on m’a dit que tu étais mort et enterré… je me suis remariée…


-« Femme, femme, faisons partage ! Garde les deux petits, moi je prends les deux grands et je m’en retourne au régiment. Je trouverai bien des jeunes filles comme tu as trouvé des amants !


 (Récit de folklore recueilli en Artense)


1) Soudard : homme endurci par la guerre.




Sources : © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
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vendredi 26 juillet 2013

Le Festival 2013 de musique Country, de Craponne sur Arzon , Haute-Loire.

   Craponne sur Arzon, Haute-Loire.

Festival de Craponne sur Arzon, affiche 2013



     Petit village d'Auvergne  en Haute-Loire, Craponne sur Arzon devient le temps de son festival de musiques et danses country, le lieu de rencontre privilégié de tous les amateurs et amatrices du genre.



Festival de Craponne sur Arzon,


De Nashville à Memphis en passant par Craponne sur Arzon il n'y a qu'un pas de danse, en santiags bien-sûr, HiHaaaa !

Pour la 26 ème édition





Sources: Dailymotion, France 3 Auvergne, Laurette Canyon.            © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.            Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne, et de ceux qui ne la connaissent pas.

mercredi 24 juillet 2013

Photos d'insectes d'été.

Insectes d'été en Auvergne.


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été : coccinelle


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été abeille


Insecte d'été sphynx colibri


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été


Insecte d'été




Source: photos : © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
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mardi 23 juillet 2013

Les bois d'Auvergne.

 Les bois en Auvergne.

 CPA forêt d Auvergne
Forêt d'Auvergne.
   
« Ses petits yeux fouillaient la profondeur des taillis,
mesuraient la hauteur des sapins,
cubaient le volume de leur lisse colonne.
Les geais d’octobre se querellaient sur les clairières ».

   Il y en a qui ont des bois à deux pas de chez eux, faciles à soigner, et qui ne s’en occupent pas plus que vous. Les épines, au beau milieu, vous montent aux genoux. Les arbres s’abiment dans ce tas et ne peuvent pas profiter…

   Si vous n’avez pas peur des mauvais chemins, je vous ferai voir, sur l’autre versant, un morceau qui est mien, où sont placés des épicéas comme vous n’en avez peut-être jamais plus vus. Je ne dis pas qu’on n’en trouverait pas de pareils, Non !... Mais, il faudrait assez battre le pays. Des fûts qui montent droit comme un cierge…Oh , le beau bois !...Et pas de ceux qui sont mangés d’airelles ; mais un bois de mousse qui est très joli à voir avec ses chapeaux de champignons tout rouge à l’arrière-saison.

  Les champignons je sais que ça se ramasse. Moi, je les laisse tranquilles. Ma bourgeoise en a peur. Un jour, j’étais à la chasse. Je n’avais rien tué, ni poil, ni plume. En me rendant chez moi, je trouve de ceux-là, qu'on appelle des chevaliers ; un Parisien m’avait appris à les connaître ; il y en avait ! Il y en avait ! Sous des petits genêts, le long d’un labour ! J’en remplis mon carnier ; ceux qui me voyaient passer, avec le sac qui gonflait sur mon échine, pensaient :

« Il en a tiré un gros, le père François ! »

J’arrive chez moi :

« Femme, je n’ai point descendu d’oiseaux, mais je porte quelque chose de bon à manger, tout de même !... » 

Je sors ça sur la table de la maison.
Quand elle le voit :

« Moi vivante, votre poison ne touchera pas le fond de mes casseroles !... »

On a tout jeté sur le tas de fumier…

   Pour en revenir à ce bois, ce bois a un ennui. Il est mal partagé du côté des chemins. Le terrain pend tellement que la pluie entraîne tout. Les vaches s’abiment à tirer les arbres coupés là-dedans. J’ai vu des chars lever les roues et se coucher sur le côté…Si vous ne savez pas  prendre vos vaches par les sentiments, vous ne pouvez pas en venir à bout.
   A la cime de cette montagne, il y a un château des seigneurs de dans le temps. Ça tombe. On y trouve des serpents gros comme le bras, enroulés autour des pierres, dans les places de soleil. Ce n’est rien du tout, maintenant, mais le père de mon père avait vu ça debout et m’en parlait quand j’étais gamin : quatre murs fermés, huit tours, la maison au milieu.

   Il faut dire que les terres d’ici appartenaient à quelques particuliers qu’on appelait les seigneurs. C’était des gens qui passaient leur temps à se batailler entre eux pour essayer de se détruire. Les paysans n’avaient, pour eux, que leur misère ; ils étaient les domestiques des seigneurs.
Avec les révolutions de la République, tout ça a changé. Ces gens ont passés chacun de leur côté et leurs châteaux n’ont pas duré longtemps du jour où la première pierre a été partie. Quand les hommes du village ont voulu bâtir des maisons, ils sont venus se servir au tas.

   Par temps doux, vous irez voir les caves de la Patience. C’est leur chemin souterrain qui sortait là, dans un fond de gorge noir comme le derrière du diable, entre les rochers hauts comme des maisons. Un endroit déplaisant, où on n’aime  guère  passer la nuit. 
   Vous faites vingt-cinq, trente mètres dans ce tunnel où les "rates-volages"(Chauve-souris) vous passent leurs ailes bourrues en travers de la figure. Après c’est éboulé…
On dit, mais on dit tant, que ce chemin coupait le dessous de la montagne et s’en allait sortir au ruisseau de Sumantargues. On dit, croyez le si vous voulez, qu'en s’en allant, les seigneurs auraient laissé un trésor par-là, leur argent, pour ainsi dire. Ce trésor se trouverait en dessous d’une pierre qui porte une « boucle ». Mais allez la chercher la boucle ! Des vieux du village, disaient l’avoir vue en revenant des foires ; ils s’étaient même essayés après : tire, tire, tant que tu peux, rien ne bougeait ! Ils marquaient bien l’endroit dans leur idée et quand ils revenaient : tourne, tourne et cherche ton saoûl, pas plus de boucle que sur mon chapeau !

   Dans les veillée, on racontait qu’un garçon de Charrier aurait soulevé cette pierre en allant à la messe de Noël. Il aurait si bien remplit ses poches, là-dessous, qu’au premier coup de la mi-nuit il aurait manqué de rapidité pour se mettre à l’arrière et la pierre lui serait descendue sur les reins.
Ma tante disait qu’en ramassant des airelles à cet endroit, un jour de Notre-Dame d’Août, qui était sa sainte patronne, elle avait entendu une voix qui lui disait :

« Oh ! Pauvre Marie ! Venez m’aider à lever la pierre, j’étouffe dessous et je ne peux pas la bouger tout seul ! » 

Cette femme s’est plantée et c’est mise à courir comme si le diable la suivait…
Seulement, ne croyez pas ça ; ce que je vous en dit, c’est pour passer le temps. Cette femme a dû faire un petit sommeil et le rêver…

CPA forêt d'Auvergne    

  Quand il fait bien chaud, si vous vous arrêtez un moment sous les arbres, le dormir à vite fait de vous prendre… J’aime bien faire la pause au milieu des sapins que j’ai plantés.
Dans mon jeune âge, j’ai beaucoup planté. Mais vous pouvez dire que je n’ai pas perdu ma peine. J’ai vu cette montagne nue comme ma main. Des gens dans le besoin avaient fait là des coupes de bois, pour se faire de l’argent. Il n’y restait rien, pour bien dire. Ce détruit valait une poignée de sous ; j’achète ce détruit. Je le replante ; voyez ce que c’est devenu !...

   Les arbres, c’est comme les personnes : ça commence petitounet et ça grandit, ça grandit tout doucement. Comme nous ; c’est sujet à la misère et aux maladies. Un mauvais entourage étouffe un arbre, il ne réussit que s’il est bien avoisiné. C’est pour cela qu’il faut y avoir l’œil… quand j’ai un moment, je viens faire un tour sous les branches…

   S’occuper des bois, ce n’est pas un travail, c’est un amusement.






Sources : l’Auvergne, Artistique et Humoristique, 1934, Marguerite Sapy .
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lundi 22 juillet 2013

La légende des bœufs de Chamalières en Haute-Loire.

Chamalières, Haute-Loire.



CPA de Chamalières, Haute Loire


Chamalières est un village du Velay, situé sur la rive droite de la Loire.
 
 
CPA de l église de Chamalières, Haute Loire 

   Il est bâti autour d’une église romane que desservait un prieur dépendant de l’abbaye du Monastier. Une légende raconte ainsi la part que prirent les animaux à la construction de l’église.
 
 

 
   Quand on la bâtit, on allait chercher la pierre dans une carrière de la montagne d’Archiac (Artias ?).
    Une grande mule et deux bœufs blancs, attelés à un char, transportaient cette pierre. Ils faisaient le trajet sans conducteur. Ils montaient d’eux-mêmes de Chamalières à Archiac, et, la pierre chargée, ils descendaient sans guide d’Archiac à Chamalières. Ils firent ainsi jusqu’à ce que l’église fût achevée.
 
 



Sources: Littérature orale de l'Auvergne, Paul sébillot
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vendredi 19 juillet 2013

L'Artense, en Auvergne.

L'Artense, Cantal.

CPA Antignac, Cantal.

   Sur les confins du Puy-de-Dôme, du Cantal et de la Corrèze, entre Rhue et Dordogne s’isole, à quelques neuf cents mètres d’altitude, l’Artense : le plus étrange plateau qui puisse se voir.

  Peu de régions peuvent être comparées à l’Artense pour l’âpreté, la désolation, le charme vieillot des paysages.
Sur un socle primaire de granit, les basaltes dressent leurs dykes (1), leurs orgues sombres et, de place en place, des coulées de lave pétrifiées submergent gneiss (2) et schistes (3).
   Les rivières de Rhue et de Dordogne, les torrents de Cabacut, du Torrons, de la Tarentaine, entaillent profondément ce plateau rocheux et s’échappent en grondant par des chutes, des cascades, des gorges noires, sous un dais de sapins tristes.
Pressées entre des forêts dantesques, Algères, Maubert, Gravières, Bois-des-Gardes, les landes se déroulent dans un décor d’abîmes, de cavernes, de rocs, d’eaux écumantes.
Les fougères et les genêts, genévriers et les bruyères, tournent autour des « suqs », des bois inquiétants de fayards et de chênes et cernent une multitude de mares et d’étang rouillés, de lacs tranquilles d’une limpidité d’eau de roche comme celui de la Crégut.

Trémouille

   De pauvres pâtis spongieux, de maigres champs de seigle et de sarrasin rudement ébouriffés par les grands vents sont perdus dans ces solitudes ; ils se cachent derrière les murs de pierres sèches aux mines d’estropiés, sans voir jamais dans les lointains bleutés la silhouette puissante du Mont-Dore et celle hardie du Cantal.
   Les routes et les voies ferrées n’errent pas sur ce plateau inclément et l’Artense, repoussée du monde, conserve en dépit des siècles son immuable physionomie de sauvageonne, rude, ténébreuse comme ces visages des Vierges noires de la primitive Auvergne.

Les villages sont plus que centenaires et il n’est point besoin de lire les dates vénérables, inscrites dans le granit au-dessus des portes, pour en connaître l’âge.
   Depuis toujours, des « charreires » raboteuses, bordées de murs de pierres sèches, de frênes et de noyers, conduisent, de loin en loin, à des hameaux en basalte, grossièrement crépis à la chaux, dont les toits de chaume sont de la couleur des vieilles mousses.

CPA Bagnol

  
  Les églises romanes, les calvaires de granit aux saints usés par les ans et les croix de bois des missions qui gardent les carrefours, donnent à ce terroir le caractère mystique de quelque continentale Bretagne.
Une race vigoureuse de paysans et de bûcherons, sobre, dure au travail, âpre au gain, violente après boire, hantée encore par d’antiques croyances, vit sur ces terres froides ; loin des villes, elle se conserve pure, indépendante sous un ciel changeant, dans le vent fort du plateau et les fauves parfums des genêts et des fougères.

CPA Larrode

  
  Et dans les villes, c’est vers cet humble coin d’Auvergne, mélancolique et désolé où les choses et les êtres paraissent plus vieux que partout ailleurs, que partent mes regrets.

1) Dykes: filon de roche magmatique recouvrant et remplissant une fissure existante dans d'autres roches.
2) Gneiss : roche métamorphique, contenant du quartz, mica en paillettes.
3) :Schiste : roche  feuilletée, pouvant renfermer du gaz.





Sources : Auvergne littéraire : au pays d’Artense, Léon Gerbe, 1932.
              © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne. 
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lundi 15 juillet 2013

Les épis de blé. (Morale)

Les épis de blé.


Blé


   Un villageois, désireux de visiter l’état de son champ s’était fait accompagner de son fils, le petit Tobie, et examinait si son grain serait bientôt mûr.


« Regardez, papa, dit l’enfant, dépourvu d’expérience, plusieurs de ces tiges sont penchées, tandis que d’autres lèvent hautement la tête, elles sont apparemment les meilleures et les autres sont d’inférieures qualités ? »


« Combien tu te trompes, mon fils, lui dit le père, froissant entre ses mains quelques épis. Regarde : ceux qui se tiennent si droits sont tout à fait vides, et ceux que leur poids fait incliner sont remplis de grains bien nourris. »


Moralité :


Le vrai mérite est humble, et toujours la hauteur

Marque un petit esprit et non point un grand cœur.






Sources: Morale Enfantine, A. Bordot, Gallica
                © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
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