samedi 29 juin 2013

Histoire vraie d'une vache appelée : La Mourette.

La mourette.

   
Vache

La Mourette.

  Je ne sais pas si c’est ce qu’on appelle une légende, ma dit Guiral, c’est en tout cas une tradition dans ma famille de conserver le souvenir de la Mourette.
 Ma grand-mère m’a cent fois conté son histoire.







   C’était à l’époque du grand Empereur. On se battait en ce temps là. Nous nous plaignons d’une pauvre petite guerre qui a duré quatre ans, celles de Napoléon ont duré tout le long de son règne, c’est à dire plus de douze ans. C’était un homme celui-là. A lui seul il tenait tête à l’Europe entière. Aussi lui fallait-il des soldats comme de juste. On les recrutait partout et de tout âge. Mon grand-père était parti à seize ans.
  Ses parents habitaient cette maison que vous connaissez et qui est la mienne, perdue dans la montagne, plus isolée encore qu’elle n’est aujourd’hui de tout commerce avec le reste du monde.
Mes arrières-grands-parents exploitaient eux-mêmes leur ferme, d’une dizaine de vaches. Mais le départ du fils les avait obligés à prendre un vacher. C’était un vieil homme que l’on disait un peu sorcier. Plusieurs le redoutaient. Vous souriez, vous ne croyez pas aux sorciers ?. Vous savez pourtant qu’il en existe encore, et je pourrais vous en citer plus d’un qui a fait des cures plus merveilleuses que beaucoup de vos docteurs. Celui-ci était bien tranquille, parlait peu et jamais on ne lui avait vu faire aucune chose extraordinaire.

   Il y avait plus de cinq ans que mon grand-père était parti. Les premiers temps on avait eu à peu près régulièrement de ses nouvelles. Il se battait en Allemagne, en Espagne, un peu partout. Puis un jour, ce diable d’Empereur s’était imaginé d’aller attaquer les Russes jusque dans leur pays, une trotte. Les trains n’existaient pas en ce temps là. Il fallait aller sur ses jambes, et tous ceux qui partaient ne revenaient pas. Les lettres, on n’en recevait plus, c’était trop loin.
    Aussi y avait-il des mois et des mois que mon grand-père n’avait plus donné signe de vie. Ses parents, pour sûr, se faisaient bien du chagrin, parfois ils le croyaient mort et ils pleuraient. Mais comme rien d’officiel n’était venu confirmer leur crainte et que l’espoir est tenace, surtout dans le cœur d’un père et d’une mère, ils espéraient encore son retour. Si le chien aboyait, si le vent poussait la porte, si une ombre se profilait au loin sur le chemin de la côte, c’était mon grand-père qui revenait.
    Le soir, à la veillée, on parlait de lui et de cette interminable guerre qui se passait si loin, qu’à part ceux qui en souffraient, elle n’intéressait plus personne.
   L’hiver était venu de bonne heure cette année-là, aussi les vaches ne donnaient-elles plus guère de lait. Il n’y avait que la Mourette que l’on trayait encore. La Mourette, mes enfants, c’était une vache comme on n’en voit plus : elle donnait son plein « sillou » de lait deux fois le jour. Ce soir-là, c’était en novembre, la neige n’avait pas cessé de tomber depuis la veille. 
 La Mourette avait donné son lait comme d’habitude et le vacher venait de remettre à mon arrière-grand-mère le " sillou "  plein jusqu’au bord.
   Elle le tenait encore, lorsque la porte s’ouvrit sous une poussée vigoureuse, et un homme tout couvert de flocons vint s’ébrouer au milieu de la salle. Sa mère ne mit pas longtemps à le reconnaître :

  « Pierre, cria-t-elle, et elle saisit son fils dans ses bras ».

 Naturellement elle lâcha le seau qui s’en alla rouler au loin en se vidant de son contenu.
  Il n’est pas besoin de vous dire quelle fête on fit à mon grand-père. On l’embrassa mille fois, on le fit asseoir près du feu, on lui posa tant de questions qu’il ne pu répondre à aucune, enfin on le mit en quelques mots au courant de ce qui était survenu durant son absence. Puis, la première émotion passée on s’aperçut qu’il fallait songer à le réconforter, car il était pâle et tremblait de froid. Voulait-il de la soupe, du vin, du lard, du fromage ? Tout l’ oustal  fut à sa disposition.

Ma foi, dit-il, une chopine de lait ne me ferait pas peur, voilà bien longtemps que je n’en ai bu ».

On se regarda consterné, tout le lait gisait à terre. Mais le vacher qui était un peu sorcier, je vous l’ai dit, ramassa le " sillou "  tombé, et dit gravement :

« Pour le retour du fils, la Mourette donnera bien un autre seau de lait.»

   Et dix minutes plus tard, il rapportait à nouveau le seau plein jusqu'au bord.

Et, ce qu’il y a de plus fort, dit Guiral,... c’est que c’est une histoire vraie.


Par Simone d’Arverne.

 

Sources: Auvergne Littéraire, 1932, BNF
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               Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne, et de ceux qui ne la connaissent pas.



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