vendredi 31 mai 2013

"Graisser" La patte. (Fable)



Graisser la patte.. (Fabliau du moyen-âge)


 

   Une vieille dame avait deux vaches qui la faisaient subsister. Elles entrèrent un jour dans les pâturages du seigneur, et y furent saisies par son prévôt.
La bonne femme à l’instant courut au château supplier cet officier de les lui rendre. Il fit entendre qu’il lui fallait de l’argent, et celle-ci, qui n’avait rien à donner, s’en revint désolée.

  En chemin elle rencontra une de ses voisines qu’elle consulta sur son malheur.
 
  " Il faut en passer par ce qu’il demande lui dit l’autre, et vous résoudre à lui graisser la patte."
   La vieille, qui était fort simple, n’y entendit pas finesse ; prenant le conseil à la lettre, elle mit dans sa poche un morceau de lard et retourna au château.
Le seigneur se promenait devant sa porte, les mains derrière le dos. Elle s’avance doucement sur la pointe des pieds et lui frotte les mains avec son lard. Il se retourne pour lui demander ce qu’elle fait :
 
   « Ah ! Monseigneur, s’écria-t-elle en se jetant à genoux, le prévôt a saisi mes deux vaches dans votre prés, et l’on m’a dit que si je voulais les ravoir il fallait lui graisser la patte. Je venais pour cela, mais comme je vous ai vu à la porte et que vous êtes son maître, j’ai imaginé que vous méritiez bien mieux qu’on graissât la votre !

   Le seigneur rit beaucoup de la naïveté de la vieille, il lui fit rendre ses vaches, et lui donna même, pour les nourrir, le pré dans lequel elles avaient été saisies.





Sources :Les fabliaux du Moyen-Age, Jacques Loiseau, gallica
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                © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.


 

Le vieux père Jean. ( Patois Auvergnat)



Lou Vé Piare Juan

  
CPA vieux paysan Auvergnat
Le père Jean
Judà d’uen grifou de sorto
Lou vé Juan s’is vengu seta
Au souleu endavans sa pouorto ;
Raseba mai se vet cata
Soun chi que branlo no quoua  torto

Que trasse d’ome ragani
Retrais ‘no garoulo d’és doro,
Ouonte pus grand-cad li demoro
Ma tapau de rucho en defouoro
De soun cadabre digarni.


Quant a ? Quatrevient…mai beliau :
Un bounichou de lano muso
Que nen sourtis de ralipiau :
No brayo vel janu qu’ils vueo
E petassado en de mourciau.


D’uen é las viso pé la liuènto
Ouont, dau biais que fason vès nous,
An cacha lous proumeis planjous,
E, biauseni, io se souvènto
Quouro se mai fasio missous.

Es sous vient ans se tourno vire,
(Ce que devenon menimi !)
Gas que boujavo dau chami
Lous que li troubavon à dire…
Ho ! li valio mai ètre ami.

Ero le plus fouort que lhi’aguèsse
Mai que dès lègas, pèr ma fe !
Pas’ nautre gas que le tenguèsse…
Io levavo en quen lio siguèsse
Un char de douas motras de fe.

Quand èro tèms de la sejado
Cé n’avio pas uen pèr acai,
Coumo se, pèr le cop de dai :
Vesion ma l’erbo pé la prado
Que voulavo…e re pus pas mai !

Brave paret pé le vialage,
Se e sa fénno, la Françon
La pauro, anu davans Diu siage !
Quouro , le jour dau maridage,
Musicavo lou Catillon.

Davans se vet chès la Gratouno
CPA vieux paysan Auvergnat
le père Jean et la Françoise.
Ouont vengué, pèr fare l’amour,
Eufri un riban de coulour
Embei sa drolo, la Françouno,
Que tritous voulion diens le bourg.

  E dire, en la tira de caire
 «  Pèr quet riban… chau doux poutous ! »
Mas, Juan, aco se diéut pas faire..
Dé basto, dermissio la maire,
E nen prengué prou mai que dous !

Le tèms fussis nadas pèr nadas
Coumo fussis l’aigo dau riéu :
Un cop l’eivar, un cop l’eitieu
D’a-pèr- teiro fan liours passadas
En nous biela chacu co sièu…


Tourno de flours totas las primas ;
Prè’vi pleugu co s’eiclargis.
Prè de penas an de plasis,
E de reire sét de lagrimas…
De jouinessou ? nen tourno gis !

…E Juan fa le tour de sa vido,
Coum’aco, en se souventa
Dipus le cop que se marido
Juco anu sa pauto eimarfido
Que le pouot quasi pus pourta.


Mentre, le souleu, dès la pouorto
S’is divira tot bellamèn.
Ouro, le sero qu’is pus liuen,
Juan se draisso padidamèn
E Labri sét’bei sa quoua torto.



     Le Vieux Père Jean. (Traduction)                                                                                                 
Aidé d’un bâton de houx pour cet usage,   
Le vieux père Jean a voulu s’asseoir
Au soleil sur le devant de sa porte ;
Tout près aussi, se vient accroupir
Son chien qui agite une queue tordue.

Ce petit homme ratatiné
Rappelle une vieille souche d’arbre des bords de la Dore,
Où plus grand-chose ne reste
Qu’un peu d’écorce rugueuse à l’extérieur
De son corps vidé.

Quel âge a-t-il ? Quatre-vingt ans…peut-être plus ;
Un petit bonnet de laine brune
Dont il s’échappe de rares cheveux ;
Un pantalon usé vers le genou,
Et rapiécé avec des morceaux.

D’un œil fatigué il scrute le lointain.
CPA vieux paysan Auvergnat
Le père Jean
Où, à la mode de chez nous
On a dressé les premières meules de gerbes ;
Et le pauvre, il se rappelle
Lorsqu’il faisait lui aussi les moissons.

Vers ses vingt ans il se revoit,
-Oh ! (Comme on devient tout de même !)
Gars qui « ôtais » de son chemin
Ceux qui voulaient le contredire…
Certes, il valait mieux être son ami.

C’était le plus fort qu’il y eut !
A plus de dix lieues, par ma foi !
Aucun autre gars qui pût en venir à bout…
Il soulevait, aussi engagé qu’il fût,
Un char de deux montres de foin.

Lorsque c’était le temps de la fauchaison,
Il n’en était aucun aux environs
Comme lui pour « lancer » le coup de faux :
On ne voyait plus que l’herbe dans le pré 
Qui volait…je ne vous dis que ça !

Joli couple au travers le village,
Lui et sa femme, la Françoise,
Que la pauvre, aujourd’hui, devant Dieu, soit !
Lorsque, le jour de leur mariage
Les menait en musique le Catillon !

Un peu avant, il se voit chez la mère Gras,
Où il vint, pour faire sa cour,
Offrit un ruban de couleur,
A sa fille, la jeune Françoise,
Que tous convoitaient dans le bourg.

Et lui dire, en la prenant à part :
 Pour ce ruban…il faut deux baisers ! »
-« Mais Jean ! Cela ne se doit pas faire… »
Bah ! La mère dormait…
Et il en prit, bien plus de deux !

Le temps fuit années par années
Comme fuit l’eau du ruisseau :
Tantôt l’hiver, tantôt l’été
Régulièrement accomplissent leurs périodes
Nous apportant chacun ce qui lui est particulier.

Il revient des fleurs tous les printemps ;
Après avoir plu, le temps s’éclaircit.
Après des peines, on a des joies,
Et du rire, suit des larmes…
De la jeunesse ?... Il n’en revient pas !

…Et Jean, fait la revue de son existence
De cette manière en se remémorant
Le jour où il se marie
Jusqu’à aujourd’hui que sa jambe raidie de froid
Ne le peut presque plus porter.

Pendant ce temps, le soleil, de la porte
S’est éloigné lentement.
Maintenant que le soir n’est plus loin
Jean se relève péniblement
Et le Labri le suit avec sa queue tordue.


R. Michalias, Juin 1910.




Sources : Au Pays d'Artense, Léon Gerbe,
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La légende des Boeufs d'Auriol, Haute-Loire.



Auriol, Haute-Loire.

CPA La Tour d'Auriol, Haute-Loire
La Tour d'Auriol.


Près de la vieille tour d’Auriol était, dit-on, un ermitage où vécut et mourut Saint-Simon, qui fut enterré au pied de la tour.

La possession du corps du Saint excita la convoitise des habitants d’Aurec, bourg des bords de la Loire, qu’une montagne sépare d’Auriol.
  Le seigneur d’Aurec voulut enlever le corps du Saint et le faire transporter dans son église. Il envoya des hommes et un char attelé à de forts bœufs.
 Les hommes ouvrirent la fosse, en retirèrent le corps et le fixèrent sur le char.





CPA Aurec sur Loire, Haute-Loire
Aurec.
  Quand tout fut prêt, les bœufs se mirent en marche. Ils allèrent sans   difficulté tant qu’ils aperçurent la tour d’Auriol, mais dès qu’ils la perdirent de vue, ils s’arrêtèrent.
  On les excita de la voix, de l’aiguillon, on les frappa. Peine inutile ! Les bœufs restèrent immobiles. Ils semblaient pétrifiés.

    On comprit qu’ils refusaient de transporter le corps en dehors du domaine qu’embrassait la tour d’Auriol, au pied de laquelle le Saint avait été inhumé.

Ils obéissaient à l’inspiration du Saint qui ne voulait pas quitter le lieu où il avait jusque-là reposé.
   Le char revint sur ses pas et les hommes du seigneur d’Aurec remirent le corps où ils l’avaient pris…






Sources : Littérature Orale de l’Auvergne, Paul Sébillot.
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jeudi 30 mai 2013

Nos Monuments Aux Morts : Le Puy-de-Dôme.



Monuments aux morts d'Auvergne, Puy de Dôme.


CPA monuments aux Morts du Puy-de-Dôme, Aigueperse
Aigueperse

CPA monuments aux Morts du Puy-de-Dôme, Ambert
Ambert

CPA monuments aux Morts du Puy-de-Dôme, Apchat
Apchat

CPA monuments aux Morts du Puy-de-Dôme, Arconsat
Arconsat

Nos monuments aux morts de l'Allier.



Monuments aux morts de l'Allier.

CPA monuments aux Morts, Montvicq, Allier

Montvicq


CPA monuments aux Morts de l'Allier, Montaiguêt

Montaiguêt


CPA monuments aux Morts de l'Allier, Chantelle

Chantelle


" Les Fiancés d'Auvergne " par André Verchuren.



" J'ai quitté mon cher pays

Mais j'ai laissé mon cœur

Dans mon Auvergne jolie

Parmi les bois, les monts, les vallées et les fleurs,

Car je pense chaque jour,

A celle qui m'attend

Elle me garde son Amour,

Et nous nous marierons dès le prochain printemps ....



Indémodable : "Fiancés d'Auvergne" par André Verchuren de 1961, paroles de Guy Favereau.


 



Sources : You Tube.
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mercredi 29 mai 2013

La vieille locomotive.




Locomotive du Puy de Dôme.


Vieille locomotive. 

 
Son long cou piqué sur son ventre rond,
Nez culotté, fort tapageuse,
Elle conserve en son giron
L’ardent foyer de sa jeunesse heureuse.
En soupirant sur son chauffeur,
Il faut bien, hélas ! Le reconnaître,
Son vieil amant noir et velu
En vérité, ne pense plus
Qu'au coup de blanc, l’infâme traître !
 
CPA Locomotive
-« Regarde, lui dit-elle, mon long corps
Qui se tord
Au flanc de la vallée…
Oui, je sais bien, je suis un peu hâlée,
Mais rappelle-toi mes cheveux
Qui, t’enlaçant quand tu le veux,
Se gonflant et s’étirent
Pour rire… »
-« Ta noire cheminée
Qui se croit 
Comme un roi
Dignement couronnée
N’est qu’une torche de fer
Qui répand dans les airs
Ses flocons roulants de fumée.
Crois-moi, c’est le dépôt qu'il te faudrait,
Allons ! Quitte cet air canaille,
Car ta vieille ferraille
N’a plus pour moi d’attrait ».

CPA Locomotive
Alors, infiniment lasse, elle souffle…
Et s’essouffle,
Crachant son dépit, haletant
En montant.


Louis Gardet. 







Sources : Louis Gardet.
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Visitons l'Auvergne : Salers, le Guéry, Orcival.



L'Auvergne dans toute sa beauté, une nature riche et chaleureuse,

voilà une balade parmi les plus beaux sites de la région,

Salers perle du Cantal, le lac de Guéry, la Bourboule,

Orcival et sa Basilique... en route !  



Sources Watt.                © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.                Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne, et de ceux qui ne la connaissent pas.  

Le sentier de la passerelle, en Patois Auvergnat de Lezoux.



   La passerelle de lezoux.


Lou santié de lo passarello.                    Le Sentier de la Passerelle.                                                
 Lou santié de lo passarello                       Le sentier de la passerelle.
 Qui bourdount lous solis oumbrus          Que bordent les saules ombreux
 Eï counigu dous amourus                         Est bien connu des amoureux.
 Qu’en nus revèn lo Tourtorello.               Quand nous revient la Tourterelle.

Les Gentianes.



 Les Gentianes.


 
photo de Gentiane
La Gentiane.

D’un seul jet, vous fusez dans l’éclat des lumières
Sur les monts où le vent élargit ses assauts,
Et le hérissement de vos rudes faisceaux
Contient à l’infini la houle des bruyères. 


Surtout, lorsque midi vibre au cœur des clairières
Et couche, autour des burons calmes, les troupeaux.
Vous puisez votre force aux laves des plateaux 
Et votre ivresse en la splendeur des cimes fières.


Je vous vénère, ô sœurs des étés souverains, 
Qui dans vos feuilles, comme en de larges écrins, 
Déployez le trésor des floraisons prospères ;


Et parce que mes vers ont pris aux mêmes seins
La même ivresse et les mêmes sèves amères
Ils sont, ainsi que vous, magnifiques et sains.

Raymond Cortat.


 
 

Sources: Les Gentianes de R.Cortat
               © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
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La légende de la souris reconnaissante.



La souris reconnaissante.




   Un pauvre marchand colporteur  s’en allait à pieds dans les montagnes de la Bohème, la bourse vide. Il était loin encore de toute habitation, et il n’avait plus qu’un petit morceau de pain épargné sur son dîner de la veille.
Il s’assit près d’une fontaine et commença son frugal repas sans savoir s’il pourrait en faire un second dans la journée. Pendant qu’il était là, une souris s’approche de lui et lève la tête d’un air suppliant, comme pour lui demander l’aumône.

-« Pauvre petite bête !  Dit le marchand, tu es donc encore plus malheureuse que moi. Voilà tout ce qui me reste. Mais je ne mangerai pas sans toi ! »

A ces mots, il émiette son pain et le pose à terre devant elle. Son pauvre déjeuner fini, il va boire à la fontaine, et, en revenant, que voit-il ?

La petite souris qui apportait une à une… des pièces d’or près de son bissac*. Elle en  avait déjà apporté trois, et elle allait chercher la quatrième.

   Il la suivi, élargit le trou par lequel elle entrait, et trouva … un trésor !




*Bissac : sorte de sac, cabas, besace fendu au milieu et fermé aux deux extrémités.







Sources : Arbre de Noèl, contes et légendes, X. Marmier, 1873.
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mardi 28 mai 2013

Visitons l'Auvergne : Le Falgoux , Cantal.



  Ce petit village est  situé dans le Cantal, dans le canton de Salers, au pied du Puy Mary. 
  Entouré de hautes montagnes, d'un cirque glaciaire, agrémenté de nombreuses cascades, de chemins de randonnées, le GR400.
   Voilà un site formidable pour les amoureux de l'authentique, de  nature sauvage et protégée, dans de grands espaces riches en faune et flore.

Bonne promenade.




Les communes du Cantal : Le Falgoux (15380) par cantal15m
Sources :  Dailymotion,                     © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.                Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne, et de ceux qui ne la connaissent pas.  

Visitons l'Auvergne : le Pays de Tronçais, Allier.



Le Pays de Tronçais.

Promenons nous en Région Auvergne, au programme visite de quelques sites incontournables.
Dans le département de l'Allier, avec la remarquable Forêt  domaniale de Tronçais.








Sources: Youtube, Arte.
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La chanson de Ninon.



Ninon.

Ninon la bergère.
Je suis le chasseur
Du voisinage,
Je suis le chasseur,
Le beau danseur.
Surpris par l’orage,
Je viens sous l’ombrage.
 
Bergère, pourquoi
Cet air sauvage ?
Bergère, pourquoi,
Ce doux émoi ?
Nanette ou Nanon,
Ma bergerette,
Nanette ou Nanon,
Oh ! Le doux nom !
Ta brune chevrette
Mord la pâquerette.
Reçois de ma main
Cette fleurette,
Reçois de ma main
Ce blanc jasmin.
Ma belle, un baiser ?
-"Oui, mais je n’ose."
Ma belle, un baiser ?
-"Faut-il oser ?"
Sur la lèvre rose
Ma lèvre se pose.
Nanette, au revoir,
A la nuit close,
Nanette au revoir,
Près du lavoir.

Sources : Poèmes d’Auvergne, Gabriel Marc, Gallica     
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dimanche 26 mai 2013

Fête des Mères.



Fête des Mères, Photos de Roses

Fête des Mères, Photos de Roses


Bonne fête aux mamans.


Fête des Mères, Photos de Roses

Fête des Mères, Photos de Roses

Fête des Mères, Photos de Roses





Sources: Photos © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
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vendredi 24 mai 2013

Villages. (Récit)



Villages d'Auvergne, Aydat.

Villages d'Auvergne.


Villages d'Auvergne   Ils se ressemblent  tous les vieux villages de chez nous. Les uns s’allongent près du ciel sur des plateaux bourrus où passent des vents vierges ; les autres se blottissent au creux des vallées qu’ombragent les sapins ; certains s’accrochent aux pentes des volcans parmi les herbages et la pierraille.
Mais, en dépit de  cette diversité d’allures, ils restent frères par le visage et par la couleur. Ils sont tout gris, couleur du temps, car ils n’ont pas d’âge les vieux villages…ils sont tout gris, couleur du sol aussi : fauves comme les granits et noirs comme les basaltes.
Leurs maisons sont taillées dans des blocs volcaniques que lie une chaux blanche à gros grains, et les villages se confondent, de loin, à la terre où ils s’écrasent, aux rochers qui les cernent, aux murettes  en pierre sèches qui les protègent contre les vents et d’invisibles dangers.
Les toits larges et bas, coiffés de chaumes, lamés d’ardoises, ou ployant sous de lourdes tuiles, émergent à regret des vergers et des " horts " clôturés de planches, des noyers dorés, des frênes  clairs, des châtaigniers penchés le long des prés, au bord des chemins.

Villages d'Auvergne    Sous le couvert des murs ventrus et tors, croulants et festonnés de ronces et d’orties, les chemins  millénaires, usés par les chars, marchent vers les hameaux.
Aux carrefours, marquant l’entrée d’un signe pieux, se dresse, presque toujours, une croix de bois grise qui tend ses deux bras branlants avec des gestes familiers.
 Ils ont un bel air d’indépendance, nos villages : ils reflètent l’humeur des habitants.
Au mépris des servitudes urbaines, des disciplines de l’alignement et de la symétrie, les maisons, toutes de guingois, sont accroupies à la diable, çà et là. 
 Ce libre désordre est la marque d’un esprit très particulariste et très propriétaire, et nulle part, mieux qu’en Auvergne, le paysan est « chez lui » dans sa maison.
Le logis communique avec l’étable et la grange. Sans sortir de sa demeure, le paysan vaque à ses occupations et, tel un capitaine sur son navire, commande et dirige en maître  bêtes et gens.

    Du pas de sa porte, il surveille tout son bien : le verger odorant avec le four tout rond dans un coin," l’hort " bigarré avec ses légumes, des fleurs et son parfum de miel, les ruches bourdonnantes, en coiffes de paille, sagement alignées contre le pignon tapissé de vignes et ruisselant de soleil, le hangar en planches abritant les chars, le tas de bois broussailleux en bas de la « levée » de grange et plus loin, derrière les murettes, les maisons voisines qui ressemblent à la sienne comme des sœurs…
Les générations passent mais les villages restent : une vie monotone comme l’éternité les anime. Les mêmes bruits, les mêmes gestes, les mêmes circonstances et rien ne laisse prévoir que cette continuité pourrait cesser demain.

Villages d'Auvergne   
 Les villages s’éveillent à l’aube aux cocoricos des coqs, aux caquètements des poules, aux aboiements des chiens, aux claquements des portes et des fenêtres que l’on ouvre, aux battements clairs des sabots sur les chemins, aux accents rudes du patois d’Oc.
Les cheminées vétustes fument comme la veille, et les villages reprennent leur rythme quotidien.




 
Villages d'Auvergne, moutons de Charbonnières les Vieilles.    Les ruelles s’emplissent de troupeaux : vaches rouges que de jeunes pâtres, pieds nus, poussent à coups " d’aiguillade ", aidés dans leur besogne  par des chiens féroces, tout en crocs ; moutons à l’odeur de suint, et chèvres capricieuses que de vieilles bergères, la quenouille sous le bras, vont garder sur la lande.
 Tout cela passe dans un sourd piétinement coupé de cris, de longs beuglements, de bêlements plaintifs, d’abois rageurs, et tout cela s’éteint, meurt, disparaît au détour du chemin dans une poussière blonde fleurant la bouse.
Les villages retombent alors dans un quasi silence. De grands chars gémissants roulent aux pas lents des bœufs courbés sous le joug ; des tombereaux crottés jusqu’au timon, passent chargés de fumier.
L’heure est matinale et la journée est longue ; devant maintes portes ouvertes, les conducteurs arrêtent leurs attelages ; du milieu du chemin on échange des bonjours, on suppute le temps d’après la forme des nuages et on parle de l’état des travaux.
Les femmes restent à la maison et s’occupent des soins domestiques.
 Par bandes, jeunes et vieilles vont chercher l’eau à la fontaine ; la source sourd de la montagne et l’eau coule en chantant dans le vieux bac moussu creusé à la hache dans le tronc d’un sapin ; en suivant les chemins pierreux, les porteuses reviennent avec un seau de fer débordant d’une eau fraîche et pure, pendu à chaque bras ; le fardeau est lourd, les langues sont alertes et la fontaine est loin !
   
Villages d'Auvergne, les moissonneurs
   L’après-midi, un lourd silence pèse sur les villages. Tous les gens sont aux champs et dans les « charreires » où brûle le soleil, la chanson du grillon sous le chaume, le gloussement des poules qui picorent dans les cours, le bourdonnement des ruches dans les jardins, troublent seuls cette paix écrasante.
Une vie étrange grouille au cœur des murs penchants : les lézards gris, menus et vifs tracent, un peu partout, de craintives arabesques ; les gros lézards verts et or dorment, les yeux grands ouverts, sur les pierres éclaboussées de soleil ; quelques couleuvres paresseuses déroulent silencieusement, à travers les trous innombrables, leurs anneaux de chair aux reflets métalliques.
L’ombre corsaire d’un milan plane sur les basses-cours.
Les villages somnolent…il fait bon attendre le soir sous les tilleuls où tricotent les bonnes vieilles…
Le crépuscule s’avance à pas de loup, et dans la pénombre bleue, sous le ciel piqué d’étoiles, les troupeaux rentrent portant dans leurs pelages et leurs toisons l’odeur des bois, des près et des bruyères.

     Les chars parfumés, chargés de gerbes ou de foin regagnent les granges suivis de la silencieuse procession des travailleurs las d’une fatigue heureuse.
Les bruits s’apaisent peu à peu, les chaumières s’illuminent. Et après la soupe, assis sur les bancs massifs, devant les portes, on rêve dans la douceur du soir.
 
Villages d'Auvergne, la chouette
    La chouette hulule dans les bois, alentour.
 Des bruits furtifs montent des chemins déserts : les crapauds pustuleux se traînent le long des murs, sans crainte de la couleuvre avaleuse, et, comme des sons de flûte, leurs chants sonores et tristes alanguissent la nuit.









Sources: Au Pays d'Artense, Léon Gerbe, illustrations Emile Rollier.
                 © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
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