jeudi 25 avril 2013

Organisation économique de l'habitat rural Auvergnat.

 l'habitat Auvergnat.


La maison Auvergnate
   Après l’homme, la maison ; après la maison, le village. Commençons  donc par la maison. S’il te venait jamais fantaisie de venir visiter l’intérieur, le « home » de mon paysan, tu vérifierais l’exactitude de l’inventaire suivant :
La maison Auvergnate   A gauche, en rentrant, le dressoir où s’étale une bonne douzaine d’assiettes en grosse faïence, à fleurs rouges ou bleues, et à peu près autant de couverts en fer ou en plomb ; au-dessous sur un banc de pierre, une cruche de grès se versant dans un seau destiné à recevoir les eaux ménagères ; toujours  à gauche, au milieu de la pièce, un large foyer garni d’une lourde crémaillère, et de deux grosses pierres servant de chenets ; autour de l’âtre, trois escabeaux en bois et deux petits bancs adossés au mur dans la largeur de la cheminée ; au fond, le lit à baldaquin, à colonnes torses pour les riches et garni de serge verte ; sur le mur, près du chevet, le crucifix, le bénitier et la branche de buis bénit ; en face, l’armoire en bois de frêne ou de noyer, très-convenablement garnie, l’abondance du linge étant, en Auvergne, le signe le plus certain de l’aisance ; après l’armoire, et à droite, une longue table garnie d’un tiroir profond où se dépose le pain de la semaine ; sur des rayons disposés au-dessus de la cheminée, des « paillasses »(vastes corbeilles en osier), du lard, du salé, du jambon pour l’approvisionnement de l’année ; plus loin, des pains énormes du poids de vingt-cinq livres environ, destinés à défrayer le mois courant ; enfin, au-dessus de la table, et contre le mur, des estampes coloriées représentant le bienheureux Saint Benoit avec sa légende, les quatre fils Aymon et un Napoléon équestre.

La maison Auvergnate
  La maison est ordinairement entourée d’une enceinte en pierre, à hauteur d’homme, ou d’une haie vive.
   Le jardin, qui fait suite à l’habitation, s’étend sur la droite. Les bâtiments se composent : 1) d’une chambre à feu où se tient la famille ; 2) d’une grange, 3) d’une étable qui, en hiver, sert de dortoir ; 4) d’un grenier. La grange est éclairée par des trous pratiqués dans la toiture ; les autres pièces ne reçoivent de jour que par la porte, notre paysan, qui est son propre architecte et assez souvent, son propre maçon, ignorant encore le « luxe » des fenêtres. Les toits sont d’ailleurs invariablement en chaume.
    En face du jardin, à côté du fumier et de la mare fétide que le paysan entretient sous le nom d’abreuvoir, est une petite maisonnette percée d’un jour au levant, et d’où sort un douloureux et continuel grognement ; c’est là que s’engraisse une des spéculations du paysan, qui, deux fois l’an, conduit au marché un porc vigoureux, à la hure puissante, à la membrure énorme.
   Au premier étage de la maisonnette habite, la nuit, sous la protection d’une porte à coulisse, le harem du roi de la basse-cour.

  Dans nos montagnes, l’existence de la maison se rattache intimement à celle du village, par l’application à certaines dépenses du principe de l’association. Ainsi, chaque ménage cuit son pain à un four commun, moyennant une redevance en blé au propriétaire qui se charge des réparations, du chauffage, et de la surveillance qu'exige la cuisson. Les lessives se font également dans une cuve commune, et chacune contribue, dans une proportion fixée d’avance, à la fourniture des cendres.
  
La maison Auvergnate
Enfin la conduite du bétail aux pâturages du Puy de Dôme, où il doit séjourner plusieurs jours, est organisée d’après le même système. Chaque maison doit, à tour de rôle, se charger, sous sa responsabilité, de cette conduite, qui exige, de la part du berger, une attention continuelle, des jambes de fer et une connaissance parfaite des localités sur lesquelles le troupeau devra être dirigé. Le matin du jour fixé pour le départ, le berger, son havre-sac blanc sur l’épaule, le manteau de laine sur le bras, un long bâton à la main, se place au milieu du « Coup-d’Air », et pendant dix minutes environ, crie de sa plus  forte voix :
-«  Mèna lu biu, mena lu biu, lascia la vacha ! »(Menez les bœufs, lâchez les vaches !)
  
La maison Auvergnate
Dans cet intervalle, on voit sortir de chaque maison, pour venir se rallier autour de leur guide et entreprendre avec lui un voyage de plusieurs lieues, tout le bétail que ne réclame pas le travail des champs et que le laboureur veut laisser reposer. Arrivé, à la chute du jour, au pied du Puy de Dôme, le berger choisit les pâturages où il pourra parquer le plus sûrement son troupeau pour la nuit, puis il va chercher un gîte dans une de ces cabanes de paille et de branches d’arbre qu'entretiennent à frais communs, sur le versant de la montagne, les villages qui envoient aux mêmes pacages.



 Sources: Les Français peints par eux-mêmes, 1841.
                  © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
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