samedi 13 avril 2013

L'église saint-Jean d'Ambert en Livradois, Puy-de-Dôme.

Ambert, l’église Saint-Jean, des fondations au clocher.


église saint Jean d'Ambert.
Eglise saint Jean d'Ambert, Puy-de-Dôme.

   En général, les gens  pensent qu’en Auvergne les églises sont noires et salles, réactions naturelles, car taillées souvent dans la lave grise locale de Volvic, voici pourtant un parfait exemple du contraire, un monument digne des plus grandes villes. L’église Saint-Jean d’Ambert dans le Puy-de-Dôme, magnifique par ses proportions et son élégance lumineuse, attire le regard comme une perle de granite.
Le texte qui suit et tiré d’un ouvrage assez ancien de  l’abbé E. Desribes : « Histoire de l’église d’Ambert en Livradois (1874) ».
(Afin d’en faciliter la lecture et la compréhension, mais surtout  l’adapter aux exigences et limites de ce blog, seuls des extraits sont relatés. La rédaction)
 

 
église saint Jean d'Ambert.
D’après les titres les plus anciens, et comme l’atteste explicitement un « Factum concernant le Livradois », la paroisse d’Ambert aurait possédé primitivement deux églises, dont l’une située dans la partie haute de la ville (à la place du Pontel), et l’autre non loin de l’emplacement de l’église actuelle (en allant de la Grand-rue à la rue du Château).
La première, peu considérable, n’était qu’une chapelle à Notre-Dame, et finit par tomber en ruines.
  La seconde, véritable église paroissiale, et placée sous le vocable de Saint-Jean, remontait à une époque très reculée, peut-être même à la propagation de la foi chrétienne dans le pays…On en conserve encore des restes assez remarquables, où le style Roman se révèle avec des détails et des symboles très curieux.
Cette église qui était basse, massive, construite en bois, selon le mode antique et national devint bientôt insuffisante pour le nombre de paroissiens considérablement accru.
Le moment désiré par tous était donc venu, on allait voir se réaliser dans la ville d’Ambert, le spectacle édifiant d’une nouvelle église aux vastes proportions.
Et comme il est dit dans le projet d’exécution tracé par les contemporains,
« Les habitants, pour remercier Dieu de sa bénédiction sur leurs terres et leur commerce, firent dessein et entreprise de construire une église à l’instar de la grande Notre-Dame de Paris. » Dans le même plan on ajoute :
« Quand le temple sera en sa perfection, il deviendra le premier, ou au moins le second de la province d’Auvergne…Il aura 32 colonnes de 60 pieds, avec huit chapelles et sacristie ; un grand et solide Remenclari, où seront enfermés les trésors, reliquaires, objets précieux gardés avec chaînes, serrures et porte de fer. On y verra grandes et belles fenêtres, et, sur une d’icelles plus grande encore, un jugement dernier sera présenté en vitres brillantes comme l’arc-en-ciel des airs…Enfin trois grands « clochiers » avec galeries, balustres, cordons et armes du Roy et de la ville ».
C’est donc à la fin du XVème siècle que la piété publique dans le Livradois se mit à l’œuvre pour « bastir son temple en recognoissance à Dieu de la bonification des héritages du païs, en suite d’années de grand travail. »
Et le 9 avril 1471, fut posée la première pierre de l’église.
Qu’on se figure ce grand nombre d’ouvriers accourus de toutes parts, tous enfants du Livradois, réclamant à l’envi l’honneur de participer à cette croisade de patriotique dévouement. Que de durs et pénibles travaux, que de privations et de sacrifices ils vont s’imposer à partir de ce jour où la première pellée de terre fut remuée pour devenir une poussière sacrée !
Les voilà donc, ces chers aïeux, devenus les ouvriers du Seigneur ; les voilà armés de longues pioches, munis de lourds chariots, creusant déjà, creusant longtemps des fossés qui devront être larges et profonds : «Car le monument sera tout de granit et s’élèvera à une hauteur prodigieuse » les voilà plongés dans l’humidité et la boue, ouvrant d’énormes tranchées à huit mètres de profondeur. Ah ! Que de découragements secrets peut-être, lorsque, après une longue et dure journée de quinze heures, ces travailleurs se retiraient, pour le plus grand nombre, dans les pauvres et chétives maisons de la partie vieille de la ville surnommée si piteusement «Ambert-le-Sale ! »

Voici en quelles conditions de vie ils vivaient :
église saint Jean d'Ambert.
« Les travailleurs de Saint-Jean gagnaient sans doute quelques livres d’argent et plusieurs mailles et piches en chaque jour mais ils solvoient en semaine l’équivalent de vingt sols de notre monnaie, en une hôtellerie sise au bas de la rue du Château (maison Midroit), moyennant quoy ils étaient couchés et on leur trempait la soupe trois fois par jour ».
Et, au milieu de cette pénible et sobre vie, quel esprit de foi, quelle soumission à la discipline de l’Eglise ! Car il est dit que « On leur offrait la soupe, ou simplement au sel et au beurre, ou bien à la graisse et viande selon les jours maigres et gras. Que ce spectacle réjouissait le ciel ! »

  
église saint Jean d'Ambert.
Et quelle joie pour tous quand on vit les fondations s’élever au-dessus du sol, les contreforts apparaître et se dresser de tous côtés pour appuyer et étreindre l’édifice qui s’élèvera plus tard vers les nues !
En attendant, admirons le courage si héroïque et si chrétien de nos pères, dans l’immense apprêt des matériaux de toute sorte, et surtout des blocs de granit qui vont composer le monument, apprêt grandement difficile  « Tant par la rudesse de la pierre taillée y employée que pour l’incommodité des chemins, pour l’avoir conduite à travers champs, de trois ou quatre lieux loing ; et jointe ensemble la pauvreté du pays, car, pour telle entreprise, les habitants ne furent aydés aucugnement, ni du Roy, prince, évesque, seigneur quelconque, ains de leur seul charité et dévotion »

   Tous, ouvriers, conducteurs et architectes, se dévouèrent avec la plus courageuse persévérance pendant six ans pour conduire leurs travaux, des fondations jusqu’au portail, et pendant près de quarante ans pour élever la construction jusqu’au sommet de la voûte. Ainsi l’indiquent les vers ou plutôt les trois inscriptions gravées en lettres gothiques : l’une sur le trumeau de droite, l’autre sur le trumeau de gauche du portail de l’église, et la troisième enfin incrustée dans le mur à côté.

« Des biens donnés par le commun,
Mil quatre cent septante-un, (1471)
Neuf vième d’avril, feut mise en terre
De ce temple la première piarre »
 
« Lorsque la terre si fort triblait (tremblait)
Et que le monde en date comptait
Mil quatre cent septante-sept, (1477)
Ce portail’cy commensait. »
 
« L’an de grâce de Jésus –Christ
Mil cinq cent et dix-huit, (1518)
Septième d’aoust feut mise
La dernière piarre de cette église. »

église saint Jean d'Ambert.   Les constructions furent alors interrompues, et probablement jusqu’après les désastres du Roi de France, en 1525.
(Ndlr: une grande partie des fonds collectés pour la construction furent distraits et versés dans les caisses du trésor royal pour payer la rançon du dauphin et d’Henry de France détenus en Espagne… Plus tard, un jubilé fut ouvert pour toutes les paroisses du Livradois : à cette occasion un tronc à trois serrures fut conduit partout dans le pays et au-delà  pour y collectés de nouveau fond afin de  reprendre les travaux )
   Aussitôt semble-t-il, le clocher a été entrepris et conduit d’abord à la moitié de sa hauteur, jusqu’à un point où nous distinguerons plus tard un changement de style.
 
église saint Jean d'Ambert.
L’église Saint-Jean est parfaitement orientée, c’est-à-dire que, conformément aux plus anciennes traditions et à toutes les règles de l’art, son chevet se trouve à l’orient. Les hébreux, prosternés dans la prière, portaient leurs regards vers le temple de Jérusalem ; les Chrétiens, recueillis aux pieds des autels, inclinent leur face vers l’orient, pour adorer le divin messie !
Mais tournons-nous vers le bâtiment, examinons le d’abord à l’extérieur. On distingue trois entrées : l’une au nord, l’autre au couchant, et la troisième au midi.
 La première au nord est entièrement dépourvue d’ornementation. Cette porte est encore surmontée d’une aiguille verticale, en forme de pédicule, destinée à recevoir une statue.

église saint Jean d'Ambert.   La seconde entrée, au couchant, est ordinairement la principale comme étant à l’axe de l’église, et apparaît partout ailleurs plus magnifiquement ornée que les portes latérales placées aux extrémités du transept ; A Ambert, elle n’offre presque pas de décorations, sauf une voussure assez profonde dont les arcs reposent sur des colonnettes ayant à leur petit chapiteau des feuilles d’acanthe, de chêne, de chou frisé. Trois grandes fenêtres occupent la largeur de la façade. Celles des côtés, d’une hauteur de vingt-cinq pieds, s’élèvent entre les deux contreforts de droite et ceux de gauche, et éclairent les nefs latérales, celle du milieu dans l’axe de la porte, beaucoup plus large, à trois divisions verticales, éclaire la grande nef et est dominée par un grand arceau ogival dont le sommet va atteindre une tribune extérieure. Cette entrée a deux grands battants, qui s’ouvrent et retombent sur un pilier central. Au-dessus de ce pilier s’élevait, sur un grand modèle, la statue en granit de Saint-Jean-Baptiste, patron de l’église.

église saint Jean d'Ambert.   Enfin, l’entrée méridionale, surmontée d’une grande rosace aux douze lobes, se terminant au centre par une petite rose à quatre compartiments ; et le tout, rosace et portique, est couronné d’un pignon garni de crochets, et s’élevant avec grâce au-dessus des balustrades du grand comble, en forme de pyramide triangulaire à jour.
Comme on le voit, dans cette façade, les plus grands ornements furent réservés à cette magnifique entrée où la pierre semble n’avoir opposé aucune résistance aux moindres inspirations du sculpteur. Aussi quelle impression devant ce portique ! Et quel effet grandiose digne de la majesté du monument.
Enfin, aux divers couronnement de l’édifice, on distingue, saillantes et légères, de nombreuses gargouilles, servant à l’écoulement des eaux pluviales et dont le symbole fut toujours si frappant. Monstres et chimères de toute sorte, horriblement contournés, hérissant tous les angles et rebords du monument. Parmi les gouttières sculptées, on aperçoit des lions, des sphinx, des griffons, et surtout la très belle salamandre de François 1er, qui s’élance, furieuse, d’une arête du clocher.

église saint Jean d'Ambert.Le clocher : étudions maintenant ce grand objet, orgueil de notre ville. C’est d’abord une tour carrée, bâtie en granit de nos montagnes voisines. Le clocher se dresse, imposant, à droite de la façade occidentale, comme le gardien séculaire du monument. Il est soutenu à chaque angle par deux contreforts en pilastres rectangulaires, lesquels sont décorés, sur toute la hauteur, de fleurons gothiques dans la partie inférieure, de fleurons composites ou Toscans à la partie supérieure. Couronnés par huit obélisques très-élancés, ces contreforts sont gracieusement coupés à des points égaux par trois cordons formant revers d’eau et indiquant les retraites ou diminutions successives.

Mais constatons ici un fait déjà annoncé. Au milieu du XVIe siècle, le mépris de ce qu’on appelait alors le « goût gothique », fit qu’on négligea la méthode si logique et si précieuse des restaurations antiques. On vit trop souvent que, lorsqu’un édifice menaçait ruine, ou qu’il était incomplet dans l’une de ses parties, on y appliquait sans scrupule des raccords, ou même des constructions entières dans le « goût Italien ou Roman ». Or voilà ce qui eut lieu pour le clocher d’Ambert : à partir de la seconde galerie, on distingue la « soudure » la plus parfaite des deux ordres. Là, l’ogive laisse la victoire définitive à la Renaissance. Aussi, à la  hauteur de l’emplacement des cloches, s’ouvrent déjà, et sur les quatre faces du clocher, de grande fenêtres géminées, à anse de panier, et ornées dans le style Roman. Et, de tout côté, l’ordre ionique et Corinthien appelle ici l’attention. Il s’y montre sur des pilastres avec colonnes saillantes, à piédestal, fût, entablement. Sur les frises et piédestaux à caissons sont sculptés diverses figures de personnages, parmi lesquelles on signale et on reconnaît facilement le profil de Léon X avec la calotte dite « Clémentine », la physionomie de François 1er, dont les traits de la toque sont devenus historiques.
Les corniches et tous les autres couronnement du clocher, en dehors des obélisques, sont surmontés de vases en forme de flacons et d’un galbe le plus élégant.
Enfin, de la troisième terrasse, ou dernière galerie, à l’angle sud-est, s’élève encore la tour de l’horloge. Munie de plusieurs gargouilles, elle est ronde, et mesure 1m90 de diamètre, sur 14 m de haut. La hauteur du clocher est de 50m.

église saint Jean d'Ambert.
La voilà  cette flèche aérienne qui porte, à travers les nues, jusqu’à la plus sereine région du ciel,  la prière et l’espérance des cœurs chrétiens du Livradois !


Comme on le voit l’ogive est le cachet dominant de tout l’édifice, malgré de nombreuses irrégularités, de fréquents mélanges et une bizarre superposition de styles ! C’est donc à l’élargissement des ouvertures, aux minutieux détails des piliers, à l’abondance des figures symboliques, aux innombrables faisceaux de nervures saillantes et de colonnes sans chapiteaux, qu’on distingue, ici, les caractères de la troisième période Gothique. Voilà pourquoi, au simple aspect extérieur, on n’hésite pas à classer l’ensemble de l’église Saint-Jean comme un type remarquable du style ogival tertiaire ou flamboyant ; réservant toutefois la partie supérieure du clocher, et quelques autres constructions secondaires et postérieures, à la première période de la Renaissance..
( Fin de citation.)




Source : Histoire de l'église  d'Ambert en Livradois, E. Desribes, 1874.
                © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.   
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