samedi 30 mars 2013

La Foire d'Aurières, Puy-de-Dôme.

l église d Aurières

Aurières, l'église.



    Aurières, comme beaucoup de villes et de villages, doit son nom à l’or que les Romains avaient peut-être trouvé dans la Sioule qui coule non loin de là. Le fond de la rivière scintille au soleil, mais ce sont des parcelles de mica et maintenant personne ne se préoccupe d’aller chercher  fortune au fond du ruisseau.

   Les Auvergnats, gens pratiques, utilisent un grand pré bordé d’arbres pour une foire, connue de Vic-le-Comte à Bourg-Lastic, le 27 aout, la plus grande le 27 septembre : la foire du chien, ainsi nommée parce-que, raconte l’histoire, une fois y vint seul…un chien.
De loin, on voit le clocher pointu et les toits d’ardoises à mi-chemin entre les Dômes et les Monts-Dores, dans cette plaine balayée par les vents d’ouest, chaque hiver, dit-on, meurt un homme perdu dans la neige. Que l’on vienne de Clermont, où que l’on arrive par la route qui descend du lac Servière, le village affiche toujours une impression de tristesse désolée. Pays de prédilection de la foudre ; même par beau temps, le ciel resté gris fait craindre l’orage, la pluie, les trombes d’eau.

    Dès le lever du soleil les carrioles se pressent sur les chemins, petites voitures nommées très justement « tape-cul », où l’on tient quatre dos à dos dans une caisse posée sur deux roues. Une vieille sorcière, gros tas noir accroupi, se fait traîner par un âne minuscule. Un paysan tire par la longe un veau qui résiste en beuglant ; un autre, pousse devant lui, dix moutons marqués de croix bleues et rouges. Quelques femmes, suivant l’ancienne coutume, vont toutes droites, un panier posé sur la tête.
A l’entrée du village, des autos, des voitures, les brancards levés vers le ciel, bordent la route. Une rue boueuse, étroite, passe entre les maisons, semble sans issue, puis tout d’un coup débouche en plein champ de foire.
La foule sombre remplit les intervalles des tentes rouges. Les croupes jaunâtres arrondies des « Monts Dores » semblent proches derrière la ligne d’arbres. Chaque marchand s’installe où il veut, c’est un désordre extraordinaire.
   Au centre, un semblant de rue traverse les étalages, aboutit sur le marché aux bestiaux où les belles vaches de « Salers » se touchent en une mer de dos rouges frisés et de cornes. Bêtes nerveuses, maigres, bien cornées, moins stupides que les vaches blanches du Nivernais, moins massives que les Charolaises, et plus vives que les Bretonnes.
   Un veau ficelé au ventre de sa mère meugle sans arrêt. Deux paysans la main tendue pour toper l’accord discutent un rabais de 20 francs sur une bête de 3.000. A côté des porcs sont entassés entre des cloisons de bois. Une femme, grande de deux mètres, en tire un par les pattes de derrière, à la mode, avec la taille sous la poitrine, sa grande jupe noire qu’elle relève d’une main et son corsage de soie bleue plissée à longues manches.
    Un gros chignon brun sort sous son chapeau en paille jaune. Elle rit en montrant des dents de cheval au marchand qui la plaisante. Plus loin, un paysan, pour payer de la boucherie, pose une couronne de pain sur un veau coupé en deux. Mangera-t-il ce pain taché de sang frais ?
    Les poulets attachés par les pattes, les canards, les oies, crient dans un brouhaha général que dominent les hurlements d’un chien qui a reçu un coup de pied. Un peu à l’écart, un marchand vend un vieux lit de bois sans style, un autre des chaînes, des courroies. Un camelot, plein de verve, propose : 
« Quatre couteaux de la célèbre marque Pradel de Thiers pour six francs ».
 Les paysans font cercle, muets, tendent leur argent, empochent les couteaux et s’en vont vite avec l’idée confuse d’avoir roulé quelqu'un qui va se raviser et faire payer plus cher.
Un photographe livre dans les cinq minutes un portrait. De jeunes villageoises posent, l’air un peu niais dans leur robe à fleurs, un beau chapeau à cerises sur la tête, le sac pendant au bout de la main ; un sourire prétentieux orne leurs figures boutonneuses.
 
Aurières
La Foire d'Aurières

Attraction :
 « Mac Néro, champion du monde des buveurs d’eau. Entrée deux francs, toujours trente-cinq minutes de spectacle ».

    Vers onze heures, la fatigue pèse aux jambes. Un peu ivres d’avoir trop crié et plaisanté les hommes se dirigent vers les auberges où se concluront encore quelques marchés le verre en main. Les repas sont longs, on se bourre de viande, dédaignant les légumes. A trois heures, on en est aux liqueurs, et le soir, près des villages, des voix avinées chantent dans la nuit : c’est le retour de foire.


Henri Ogier.

Sources: © Alain-Michel, Regards et Vie d'Auvergne.
              Le blog de ceux qui aiment l'Auvergne, et de ceux qui ne la connaissent pas.

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